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    Québec: une campagne électorale marquée par le désenchantement

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    Jérôme Blanchet-Gravel
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    Le Québec est à la veille d’élire un tout nouveau gouvernement. Depuis le 23 août, les partis politiques multiplient les promesses et les engagements. Quels sont les faits saillants de cette campagne électorale? Sputnik dresse le bilan d’une campagne marquée par le désenchantement.

    Le 1er octobre mettra un terme à une campagne électorale assez tiède au Québec. En effet, peu de grands enjeux ont retenu l'attention des partis politiques. Si des thèmes majeurs comme l'immigration ont tout de même été abordés, les chefs des grands partis ont d'abord choisi d'être vus comme des gens «pragmatiques». Comme des leaders politiques capables d'améliorer concrètement la vie des Québécois.

    Des promesses de plus en plus concrètes

    Chacun leur tour, les chefs des quatre partis dans la course ont tenté d'interpeller la population avec des propositions qu'ils voulaient très concrètes. Malgré leurs profondes divergences sur bien des sujets, le Parti libéral du Québec (PLQ), la Coalition Avenir Québec (CAQ), le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) ont rivalisé de «concrétude» pour séduire l'électorat.

    La lutte oppose toujours principalement la CAQ et le PLQ comme nous l'avions déjà annoncé en début de campagne. LA CAQ récolte entre 30 et 31.5% des appuis tandis que le PLQ en récolte entre 29 et 30%.

    Si la tendance se maintient, la Coalition Avenir Québec devrait former un gouvernement minoritaire le 1er octobre. Ce qui veut dire que la CAQ ne disposerait pas d'une majorité de sièges à l'Assemblée nationale. Pour gouverner, elle devrait donc faire des compromis ou nouer une alliance avec une autre formation, ce qui est moins probable. Il s'agirait du premier gouvernement de la CAQ dans l'histoire du Québec.

    Vers un tout premier gouvernement de la CAQ?

    De toutes les promesses «concrètes» des quatre partis dans la course, voici celles qui semblent avoir le plus retenu l'attention. Le PLQ a proposé de rendre gratuit les transports en commun pour les personnes âgées et les étudiants, s'écartant de sa traditionnelle droite économique pour embrasser une vision plus socio-démocrate.

    La CAQ s'est démarquée en proposant de bonifier l'allocation accordée aux familles tout en promettant de réduire la taille de l'État. Beaucoup plus à gauche sur le plan économique, le PQ a proposé de libérer les parents de la préparation des déjeuners des enfants pour l'école. Enfin, QS a proposé que soit instaurée une assurance dentaire publique et universelle. Cette dernière proposition est d'ailleurs ressortie comme l'une des plus populaires dans la Belle Province.

    Dans son essai Bienvenue au pays des gens ordinaires, l'essayiste Mathieu Bélisle a décrit cet appel de la «vie ordinaire» qui caractérise la Belle Province. Le slogan de campagne du PLQ, l'actuel parti au pouvoir, est venu confirmer ses hypothèses. Ce slogan, qui est «Pour faciliter la vie des Québécois», laisse entrevoir une vision strictement gestionnaire de la politique.

    L'une des controverses de la campagne est très révélatrice de l'emprise de ces petits thèmes économiques. Le Premier ministre sortant, le libéral Philippe Couillard, a affirmé à la radio qu'une famille d'un adulte et deux adolescents pouvait correctement s'alimenter pour 75 dollars canadiens par semaine (50 €). Une affirmation qui a été tournée en dérision, car jugée complètement déconnectée. Certains parlent de la pire erreur de la campagne. Une erreur qui pourrait écarter le Parti libéral du pouvoir.

    Une vision gestionnaire de la politique

    C'est l'un des traits caractéristiques du Québec moderne: la recherche effrénée d'une meilleure qualité de vie par ses habitants. Ce qui a souvent pour effet d'éclipser des enjeux que d'aucuns jugent plus importants. Mais ce n'est pas toujours le cas: en 2014, la dernière élection a surtout porté sur un grand projet de loi sur la laïcité. La campagne de 2014 a été suivie de près par la population.

    Les Québécois ne sont donc pas totalement dépourvus d'idéaux. L'idéal d'indépendance et son adversaire, le fédéralisme, ont longtemps animé ce peuple. Depuis toujours, ou presque, le Québec cherche à définir ou à redéfinir son identité.

    C'était d'ailleurs la première fois en 40 ans que la campagne ne portait pas au moins en partie sur la souveraineté. Seul Québec solidaire, un parti très à gauche, en a vraiment parlé. L'absence d'indépendance semble avoir créé un immense vide dans la vie politique québécoise. Un vide ressenti par plusieurs analystes politiques.

    Le journaliste Antoine Robitaille a parlé d'une campagne non «existentielle» dans le Journal de Montréal. Plus que jamais, les Québécois s'intéressent en priorité à leur vie quotidienne. Cette dernière campagne électorale incarne un peu la victoire de l'individualisme sur les grands projets collectifs.

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    partis politiques, gouvernement, campagne électorale, Canada, Québec
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