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    Les Corses réfléchissent à la régulation des flux touristiques. À qui le tour?

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    Oxana Bobrovitch
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    Dans le sillage de plusieurs sites emblématiques, comme Barcelone, Venise ou l’Île de Pâques, la Corse entame une réflexion pour trouver des solutions aux nuisances causées par le tourisme de masse. L’occasion pour Sputnik de vous proposer un état des lieux de ces mesures pour limiter l’invasion touristique en Europe.

    Les vignes s'habillent de rouge, les lambeaux de brouillard recouvrent les champs fanés, les terrasses des cafés s'encombrent de chauffage… la saison touristique est finie. Finie la course enfarinée pour charmer le «consommateur de produits touristiques», fini les solutions innovantes et les boutiques des souvenirs de bord de mer, les derniers vacanciers rentrent chez eux, secouent leurs espadrilles pleines de sable et rangent leurs serviettes de plage…

    Pourtant, il y a des sites qui n'en peuvent plus de voir les touristes arpenter leurs rues! «Le tourisme est l'industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux, dans des endroits qui seraient mieux sans eux,» disait Jean Mistler. Il a de plus en plus de réfractaires au tourisme dans le monde… Florilège:

    Corse

    Tout début septembre, le mouvement nationaliste Corsica Libera a émis l'idée de mettre en place de quotas de fréquentation touristique pour les sites sensibles. Les îles Lavezzi avec leurs 350.000 personnes par an, «dont environ 45.000 sur la seule première quinzaine du mois d'août», sont l'exemple flagrant de ce phénomène. Pour les politiques, ce flux touristique massif dans la zone pose des problèmes environnementaux.
    La proposition a créé un véritable choc chez les admirateurs de l'île de Beauté. Rien n'est décidé encore, mais plusieurs collectivités, mairies, conservatoires du littoral, parcs naturels régionaux ou collectivités de Corse réfléchissent à la façon de mieux canaliser le «surplus» de touristes. Résultat: vers la fin de septembre, l'Assemblée de Corse demande à l'Office de l'Environnement de la Corse et le Parc naturel de Corse «d'entamer une réflexion» pour proposer les solutions.

    ​Cette proposition ne suscite pas l'unanimité sur l'île. Jean-Charles Orsucci, Maire de Bonifacio n'hésite pas à donner son avis, en relativisant l'étendu du problème et optant plutôt pour la modernisation des infrastructures.

    ​Mais le temps que les élus statuent, les professionnels préparent déjà la saison prochaine, sans oublier le tourisme durable:

    ​Venise

    Cela fait un moment que Venise «cherche un équilibre» face à la fréquentation touristique grandissante. Près de 30 millions de touristes se rendent à Venise chaque année et, sur la lagune, les prix explosent. Les rues sont envahies de touristes, les actes d'incivilité se multiplient, les commerces de proximité ont été remplacés par des boutiques de souvenirs. Du coup, étant donné qu'instaurer le quota touristique équivaudrait à tuer la poule aux œufs d'Or, la municipalité cherche une solution en élargissant l'offre touristique en direction de Mestre, ville-jumelle de la Cité des Doges. En décembre, on inaugure ici un musée présenté comme «entièrement multimédia»: le M9. Il est désormais plus facile de trouver un logement «sur le continent», puisque l'offre AirBnB s'y développe à pas de géant. Même les populations locales et les visiteurs du centre historique ne restent pas indifférents, en multipliant les initiatives pour rendre à Venise sa vie de tous les jours, comme le fait, par exemple, Kateřina Šedá, une Vénitienne d'adoption:

    ​En plus, il y a à peu près un an, la municipalité a pris la décision de tenir les grands paquebots de croisière à l'écart:

    ​On attend que la Sérénissime respire!

    Barcelone

    Si Venise semble sortir de l'impasse, la capitale catalane souffre toujours de la surpopulation due aux bateaux de croisière. Les habitants de la ville ayant fait leurs armes dans les manifestations indépendantistes sont descendus cet été dans la rue pour scander le slogan-choc «Tourists go home, refugees welcome». Environ 500 personnes ont manifesté dans le quartier côtier de la Barceloneta fin août, même un groupe du rap en vogue a participé au mouvement:

    ​Avec sa population de 1,6 million d'habitants, Barcelone accueille 32 millions de touristes par an, de quoi bonder à craquer les sites les plus fréquentés tels que la Rambla, le parc Gouel ou La Sagrada Família. Visiblement, certains citadins craignent les touristes presque plus que les islamistes, puisque le slogan « tourists you're the terrorists» s'est également fait entendre.

    ​La mairie se défend comme elle peut, gouvernée par l'ancienne militante du droit au logement Ada Colau. Il y a déjà trois ans déjà, la municipalité a interdit l'ouverture de nouveaux hôtels dans le centre-ville. Mieux encore, elle a instauré une sorte de «quota déguisé»: les hôtels qui souhaitent réaliser des travaux de rénovation doivent diminuer leur nombre de chambres. Les leaders du logement alternatif, Airbnb et HomeAway, ont dû payer des amendes de 600.000 euros pour avoir accepté des annonces d'appartements qui n'avaient pas la licence nécessaire. Ce qui n'empêche pas à ces plateformes de réservation d'élargir leur champ d'action et d'engager de «jeunes cadres dynamiques» pour ce faire:

    ​C'est bien là que réside le problème principal: un excès de touristes empiète sur la vie des citadins… À qui ils donnent du travail.

    Dubrovnik

    Et puis, il y a cette petite ville croate, prisée depuis des décennies, ravagée par la guerre, comme un phénix, ressuscitée de ses cendres… mise en danger par une autre «guerre», fantastique cette fois-ci. Lieu de tournage important de Game of Thrones, Dubrovnik fait les frais du tourisme de masse. 4,2 millions de touristes par an emplissent des ruelles étroites de cette ville, où les 43.000 habitants ne savent plus où donner la tête.

    ​Et si les agences de voyages et les médias font leur beurre sur le dos des fans de la série culte, l'Unesco menace de retirer son patronage à la Perle d'Adriatique si les autorités locales ne plafonnent pas les entrées quotidiennes. Cette missive a poussé le maire Mato Frankovic à reprendre ses esprits et à annoncer son intention d'abaisser le quota à 4.000 personnes par jour. Comment va fonctionner ce système? À coup de portes, de fortifications et de pont-levis? 

    Les navires de croisière —toujours eux- hormis les taxes portuaires, n'apportent que des miettes à l'économie locale. Effectivement, les clients de ces expéditions gigantesques et «all-inclusive» dépensent très peu dans les restaurants ou les magasins sur place. Et si la ville pourrait un jour retrouver un semblant de calme, ce sera peut-être grâce à la limitation du nombre de touristes, débarqués des grands paquebots:

    ​Chaque jour, seuls 5.000 d'entre eux peuvent désormais profiter de l'hospitalité de Dubrovnik.

    À partir de l'été 2019, le Mont-Blanc n'accueillera que 214 alpinistes par jour. Amsterdam augmente les taxes de séjour jusqu'à dix euros par nuit et interdits les hôtels flottants. À Venise, on a installé au pied de deux ponts du centre historique deux portiques pour contenir le flux des touristes (démontés aussitôt par les activistes). Santorin limite la fréquentation à 8.000 touristes par jour, sous contrôle de caméras. Et l'Île de Pâques interdit aux touristes de passer plus de trente jours sur place.

    Alors, arrivera-t-on à endiguer la frénésie touristique? Notre frénésie touristique? Et si on imaginait une sorte de l'« éducation touristique » pour là aussi, changer les habitudes de consommation?

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    Tags:
    régulation, sites touristiques, tourisme, Corse
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