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    «Pas de crise entre la France et l’Algérie»…mais juste: œil pour œil et dent pour dent

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    Safwene Grira
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    L’Algérie fait partie des rares pays de la région à pouvoir imposer un principe de réciprocité parfait à la France, notamment sur l’octroi des visas. Comment expliquer cette singularité algérienne ?

    Le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, a nié, samedi, l'existence de toute crise politique entre son pays et la France.

    Les relations entre les deux pays sont « normales », quoique non moins empreintes de «problèmes», a affirmé le président du RND, parti de la majorité présidentielle, à l'occasion d'un meeting politique sur des sujets d'actualité.

    L'officiel algérien revenait sur une interview controversée donnée par l'ancien ambassadeur français à Alger, et non moins ex-patron de la DGSE, Bernard Bajolet. Le 20 septembre, l'ancien diplomate français signalait, au Figaro, un « problème de génération » en Algérie, en affirmant que « le Président Bouteflika (était) maintenu en vie artificiellement ».

    « Je tiens à vous dire que nous n'avons pas de crise dans les relations algéro-françaises. Il y a une règle qu'ils connaissent bien, avec les Algériens, et c'est la réciprocité diplomatique. Ils se sont conduits, avec nous, d'une certaine façon au sujet de la sécurité de notre ambassade (à Paris), nous avons agi de même. Ils sont en train d'agir d'une certaine façon pour les visas, si ça continue, on va agir de même. La réciprocité, ils connaissent ça très bien, depuis 1962», a affirmé Ahmed Ouyahia.

    Le 19 septembre, les autorités algériennes ont décidé de priver de protection policière toutes les représentations diplomatiques françaises en Algérie. Une mesure qui répond, d'après Alger, au retrait des policiers présents devant la résidence de l'ambassadeur d'Alger à Paris.

    Les conditions d'octroi de visas d'entrée en France connaissent, depuis quelques mois, un certain durcissement. L'ambassadeur français à Alger, Xavier Driencourt, a dû s'en expliquer, plus d'une fois, et les autorités algériennes n'ont pas manqué de relever leur agacement. La dernière déclaration de Ouyahia sonne, dès lors, comme un ultimatum, avant de faire jouer la réciprocité.

    Au Maroc, comme en Tunisie, pays qui vivent en partie du tourisme, les ressortissants français, comme la plupart des Européens, sont dispensés de visa pour les séjours inférieurs à trois mois. Les voyageurs en groupe se rendant en Tunisie ne sont même pas obligés de présenter un passeport, une simple carte d'identité, avec un carnet de voyage délivré par l'agence de tourisme, suffisent. La mesure a été abrogée au Maroc, qui exige, depuis juin 2015, et quelque soit la formule ou la durée du séjour, un passeport en cours de validité.

    Si Alger peut se permettre d'appliquer la réciprocité, en toute circonstance, avec la France, cela tient à un certain nombre de raisons historiques, psychologiques et géopolitiques, d'après la chercheur Leslie Varenne, dans une interview avec Sputnik.

    «L'Algérie a fait une longue guerre de libération qu'elle a gagnée, militairement, et dans la douleur. Contrairement à des pays africains subsahariens, l'indépendance algérienne n'était pas accordée, mais arrachée, au prix du sang. Cela a imprégné de façon indélébile l'ADN algérien qui se refuse, aujourd'hui, de compter sur quiconque. On l'a constaté pendant la décennie noire, et plus récemment, en 2013, dans la résolution de la prise d'otage d'Aïn Amenas, mais aussi tous les jours puisque l'Algérie n'est pas dépendante de l'aide étrangère», affirme la présidente de l'Institut de veille et d'étude des relations internationales et stratégiques (IVERIS), basé à Paris.

    Les richesses, en termes d'hydrocarbures, dont dispose le pays n'ont pu que renforcer la tendance «souverainiste», même si elles ont accouché, plus tard, d'une maladie hollandaise. L'ADN algérien, c'est aussi le « nif » (fierté, en langue dialectale algérienne) légendaire, symbolisé, au lendemain de l'indépendance, par l'interdiction des yaouleds, ces petits cireurs de chaussures, dans les rues d'Alger. Mais la vicissitude de la fierté, c'est aussi une forme d'autarcie…et le prétexte d'un verrouillage au niveau du régime politique.

    Au-delà des considérations génétiques, l'analyse de la relation —compliquée- avec la France, ne peut faire l'économie de la question des Français d'origine algérienne. Au-delà de la question de l'existence d'un « lobby algérien en France », l'influence d'Alger n'est pas négligeable, d'après Varenne, auprès des «Français d'origine algérienne, qu'ils soient de première, de deuxième ou même de troisième génération, et qui peuvent se montrer particulièrement sensibles à la position algérienne». En outre,

    «L'Algérie est incontournable au Sahel, une zone où elle est très influente et qui soulève des défis sécuritaires pour la France. A ce titre, les Français n'avancent pas en terrain conquis dans la zone parce qu'ils doivent souvent composer avec les susceptibilités d'Alger», ajoute la chercheur française.

    Le 14 février dernier, à la veille d'un raid français qui devait cibler des terroristes en territoire malien, près des frontières algériennes, le général de corps d'Armée Ahmed Gaid Salah, vice-ministre de la Défense et chef d'état-major de l'Armée, reçut la visite de l'Amiral Bernard Rogel, chef d'état-major particulier d'Emmanuel Macron. Objectif officieux de la visite: informer le numéro 1 de l'armée algérienne de l'offensive qui allait être menée dans la nuit même.

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    Tags:
    relations, visas, Algérie, France
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