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Les vieilles rivalités de la Guerre froide resurgissent parfois là où on ne les attend pas. Après la course à la lune dans les années 1960, les Etats-Unis et la Russie s’affrontent pour savoir qui des deux sera le premier à cloner un mammouth laineux.

Les avancées technologiques en biologie et l'amélioration des connaissances en génétique ont permis de caresser du doigt le rêve de ressusciter un animal disparu depuis près de 4 000 ans. C'est d'ailleurs le but affiché du World Mammoth Center inauguré en 2016 à Iakoutsk, dans la région de Sibérie où près de 80% des restes du pachyderme ont été découverts.

Dans ce complexe qui regroupe un musée et un «centre paléogénétique de classe mondiale» rattaché à l'université fédérale du Nord-Est, une équipe russo-coréenne travaille à ramener à la vie le mammouth laineux d'ici à 2020.

Mais pour arriver à obtenir un embryon de mammouth viable, plusieurs obstacles demeurent. Même si les 18 spécimens retrouvés jusque-là dans le pergélisol ont permis de séquencer l'ADN du pachyderme disparu, les cellules retrouvées sont endommagées par le temps et le froid et ne contiennent que des fragments qui doivent être «réorganisés».

Les scientifiques, dirigés par Semyon Grigoriev et Hwang Woo-Suk, explorent deux pistes distinctes pour arriver à cette prouesse scientifique. D'un côté, l'équipe est à la recherche d'une cellule de mammouth encore vivante après avoir mis à jour une cellule intacte (morte, mais non dégradée) en étudiant le corps de Khroma, un bébé mammouth de 40 000 ans extrêmement bien préservé.

Les chances sont minces, pour ne pas dire infinitésimales; c'est pourquoi l'équipe de Semyon Grigoriev travaille à explorer une seconde voie, celle de la synthèse d'un ADN artificiel en «recollant» les fragments mis à jour pour recréer l'ensemble du génome du mammouth laineux en laboratoire.

Mais le clonage de ce pachyderme préhistorique n'est pas l'apanage des russes. Les américains développent eux aussi un programme de clonage du mammouth, dirigé par le généticien George Church à l'université de Harvard. Et le but est d'y arriver avant l'équipe russe.

«Nous n'y sommes pas encore, mais cela pourrait arriver dans deux ans», expliquait le généticien en février 2017.

Le programme, baptisé Wooly Mammoth Revival, ambitionne de créer non pas un clone d'un mammouth ayant vécu il y a plusieurs dizaines de milliers d'années mais plutôt de créer un embryon hybride entre un mammouth laineux et un éléphant d'Asie, leurs plus proches cousins encore vivants.

En utilisant l'outil CRISPR, un genre de «couper-coller» de l'ADN, l'équipe américaine veut intégrer 4 types de gênes spécifiques au mammouth dans une cellule d'éléphant d'Asie. Ces gênes spécifiques concernent l'adaptation des pachydermes au climat sibérien, comme une couche de graisse sous-cutanée, une fourrure, des oreilles plus petites et des globules rouges plus performants, permettant un meilleur acheminement de l'oxygène vers les organes.

Depuis le clonage de la brebis Dolly en 1996, les techniques se sont perfectionnées. Pour autant, cloner un animal disparu représente encore un défi technologique dans un champ, celui de la génétique, où de grandes avancées sont possibles et où beaucoup de choses restent à découvrir.

Et la Russie, qui a annoncé soutenir politiquement la recherche en paléogénétique en plus d'investir 400 millions de roubles dans le World Mammoth Center, compte bien remporter la course à la résurrection du mammouth laineux.

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Tags:
génétique, mammouths, clonage, Russie, États-Unis
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