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    Les problèmes de General Electric vont-ils déclencher une nouvelle crise mondiale?

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    L'une des plus grandes entreprises du monde est au bord de la faillite: la capitalisation marchande du géant industriel General Electric est pratiquement deux fois inférieure au montant de ses dettes. Les analystes sont convaincus que la chute des actions de GE se poursuivra et y voient le présage d'un nouveau cataclysme économique mondial.


    Le défaut de paiement du géant américain General Electric pourrait-il faire entrer le monde dans la phase aiguë d'une nouvelle crise?

    Une avalanche de pertes

    Le candidat principal au rôle de «nouveau Lehman Brothers» vient d'être désigné. Rappelez-vous: c'est l'annonce de la faillite de cette banque d'investissement, l'une des plus grandes du monde, qui avait marqué le départ de la crise de 2008.

    Aujourd'hui, la débâcle de Lehman Brothers vient frapper un autre géant américain, General Electric, dont les actions ont chuté de 11% en une semaine seulement — et de 56% depuis le début de l'année. A l'heure actuelle, GE vaut trois fois moins qu'en 2007.

    Au troisième trimestre, la compagnie a annoncé des pertes de 23 milliards de dollars, soit le tiers de sa capitalisation marchande. En 2017, elles ne s'étaient chiffrées «qu'à» 6 milliards de dollars.

    Aucune reprise n'est à prévoir pour l'instant. De plus, les experts prédisent des pertes au moins pour ces deux prochaines années.

    «Les revenus de la compagnie affichaient ces derniers temps une dynamique inférieure aux prévisions pratiquement sur tous les fronts. Sur huit segments de GE encore rentables il y a deux ans, en 2020 six seront à peine amortis, voire seront dans le rouge», indiquent les analystes de JP Morgan.

    La cause principale des problèmes de General Electric serait la faible demande en turbines à gaz, le produit principal de la compagnie. Cependant, les prémisses de l'effondrement actuel ne datent pas d'hier.

    Une descente en flèche

    Fondée en 1878 par le célèbre inventeur Thomas Edison, General Electric fait partie des plus anciennes compagnies américaines.

    Pendant plusieurs décennies, l'entreprise a élargi ses secteurs d'activité et diversifié sa production. A la fin du XXe siècle elle avait des divisions pour la construction de locomotives, de moteurs d'avion, d'armes, d'équipements médicaux, de turbines à gaz et d'équipements électriques.

    Sans compter les services pour la vente d'électricité, la production pétrolière et gazière et deux filiales financières: GE Capital, gérant les prêts et les assurances, et GE Equity, chargée d'acheter d'importants paquets d'actions d'autres compagnies.

    General Electric était la plus grande compagnie du monde jusqu'à la crise mondiale de 2008, qui fut un coup dur pour elle. La compagnie avait failli sombrer à cause de sa filiale financière GE Capital ayant accumulé une multitude de crédits hypothécaires et de produits dérivés à découvert.

    Mais le coup final a été porté par les hauts responsables de la compagnie, qui ont gaspillé des forces et du temps pour persuader le gouvernement français de vendre le segment énergétique de la compagnie Alstom pour 10,1 milliards de dollars.

    Les responsables de GE comptaient sur cette transaction pour éliminer un sérieux concurrent et renforcer leurs positions face à l'allemande Siemens. Mais les analystes ne partageaient pas leur optimisme.

    «Cette transaction aurait été positive il y a 10-20 ans, mais aujourd'hui l'énergie éolienne et solaire est comparable en termes de coûts aux turbines à gaz et à charbon, d'autant que c'est un secteur très concurrentiel. GE a commis une erreur assez commune en confondant la taille actuelle du marché et sa future croissance», analyse Kingsmill Bond, expert du fonds d'investissement Carbon Tracker Initiative dans un article du Financial Times.

    Et en effet, les actifs acquis par GE n'ont entraîné que des pertes.

    «Les investissements inopportuns et les suppositions optimistes sur la croissance du marché ont laissé la compagnie avec un excès structurel de capacités dans le secteur énergétique, pétrolier et gazier, ainsi que dans le domaine des transports», a constaté JP Morgan en été 2017.

    La suite est pire. Cette année a commencé pour GE par une enquête de la Securities and Exchange Commission pour «pratique financière inappropriée»: profitant d'une notation de crédit élevée, GE empruntait de l'argent pratiquement à taux zéro, ce qui permettait non seulement de faire des acquisitions irréfléchies, mais également de payer des dividendes pour un montant dépassant le flux monétaire net.

    En septembre, la compagnie a connu un nouveau coup dur: plusieurs centrales américaines ont dû suspendre leur travail à cause d'un défaut de fabrication des turbines construites par GE. «Le département énergétique s'est retrouvé au seuil de la mort», s'est exprimé Scott Davis, analyste de la société de conseil Melius Research.

    Dimanche dernier, le nouveau directeur général de GE Larry Culp a déclaré que la compagnie avait l'intention de vendre 20 milliards de dollars d'actifs d'ici un an afin de réduire sa dette. Le premier pas vient d'être fait: ce 14 novembre, GE a annoncé la vente de sa filiale d'assurance Baker Hughes.

    Après cette annonce, les actions sont remontées pendant un certain temps, avant d'entamer une nouvelle chute. La dette de GE dépasse 115 milliards de dollars, par conséquent 20 milliards de dollars ne sauveront personne.

    «Le cours actuel des actions de General Electric ne reflète pas suffisamment la dégradation fondamentale qui se présage pour la compagnie», indiquent les analystes de JP Morgan Chase.

    Ces derniers estiment en effet les actions de GE 6 dollars de moins (un quart) que le cours actuel.

    «Suivre GE c'est comme observer le crash d'un train au ralenti», a constaté Scott Davis sur CNN.

    Des obligations dangereuses

    Mais les obligations de GE préoccupent davantage les analystes que le prix des actions. En octobre, l'agence Moody's a réduit leur note de deux niveaux. Formellement, les obligations conservent leur note d'investissement, mais sur le marché elles sont déjà vendues au prix des «obligations pourries» (junk bond).

    Dans les 18 mois à venir, GE devra honorer les remboursements les plus élevés parmi toutes les compagnies ayant la même note de crédit.

    Étant donné que la cote de GE est aujourd'hui 50% inférieure au montant de sa dette, il existe un sérieux risque de défaut.

    Or un tel scénario provoquerait une panique sur les marchés et la vente massive des obligations de la compagnie, dont la position réelle ne correspond pas à leur notation relativement élevée.

    «Les agences de notation réagissent avec un certain retard à la détérioration de la note de crédit des compagnies. C'est pourquoi de nombreuses compagnies connues aujourd'hui ne correspondent pas à la notation qui leur est attribuée», indique Forbes.

    Les analystes utilisent même le terme spécial de «BBB-compagnies» pour désigner les entreprises avec une note de crédit au niveau d'investissement BBB mais qui éprouvent de sérieux problèmes pour honorer leurs dettes.

    Outre GE, cette catégorie regroupe les géants automobiles Ford et General Motors, ainsi que de nombreux autres représentants de l'«ancienne industrie».

    La dette totale de ces BBB-compagnies est estimée à 2.500 milliards de dollars. Si GE déposait le bilan, tout cela se transformerait d'un coup en «actifs pourris».

    Cela entraînerait la faillite non seulement des émetteurs, mais également de nombreux détenteurs d'actifs, notamment les fonds de pension et de placement, ce qui découlerait sur une nouvelle crise financière d'une ampleur supérieure au cataclysme mondial de 2008.

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    crise, General Electric
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