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    EXPO 2025: comment Ekaterinbourg veut séduire l’Afrique et l’Amérique latine

    © Sputnik . Alexeï Koudenko
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    Dimitri Boschmann
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    Un directeur charismatique avec un passé latino-américain, une logistique peu onéreuse et un financement direct des délégations: la candidature russe à l’accueil de l’Exposition universelle 2025 cherche le soutien des pays émergeants. Revue de détail.

    La ville d'accueil de l'Exposition universelle de 2025 sera élue ce vendredi 23 novembre à Paris. Les délégués des pays africains, d'Amérique du Sud et centrale constituent près de la moitié des délégués qui participent au vote qui doit départager Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan, Osaka, au Japon et Ekaterinbourg, en Russie. Cette dernière fait tout pour séduire les représentants des pays émergents. Avec quels atouts?

    L'argument économique pourrait être l'essentiel lors du vote déterminant la ville hôte de l'Expo 2025. Ainsi, la Russie a garanti le soutien financier à cent pays, qui devraient toucher 170 millions d'euros pour l'aménagement des pavillons et l'accueil de leurs délégations.

    D'ailleurs, les trois villes candidates ont annoncé un soutien aux pays en voie développement. Bakou promet 136 millions et Osaka devance un peu Ekaterinbourg, en promettant 187 millions d'euros.

    Or, les interlocuteurs de Sputnik proches du comité de candidature russe affirment qu'à Ekaterinbourg, les participants à l'Exposition universelle en auront bien plus pour leur argent, grâce aux prix très bas des services locaux. L'hébergement, la nourriture, les distractions et les transports seraient ainsi meilleur marché dans la ville de l'Oural que chez ses concurrents.

    Nous avons essayé de comparer quelques dépenses de base. Ainsi, Uber propose-t-il un trajet de l'aéroport au centre d'Ekaterinbourg pour 7 euros, ce qui correspond aux prix dans la capitale azerbaïdjanaise où, de plus, le site de l'exposition est prévu à proximité immédiate de l'aérogare. À Osaka, Uber ne fonctionne pas et les tarifs des taxis indiqués sur le site de l'aéroport international de Kansai démarrent à 130 (!) euros.

    La situation est à peu près identique en ce qui concerne l'hébergement. Si on réserve une chambre pour juin 2019 sur booking.com, Osaka offre 91 possibilités d'hébergement évaluées à moins de 50 euros. À titre de comparaison, Bakou propose 302 logements dans cette gamme de prix et Ekaterinbourg, 684. 

     

    Bakou

    Ekaterinbourg

    Osaka

    0€-50€

    302

    684

    91

    50€-100€

    400

    175

    534

    100€-150€

    137

    98

    505

    150€-200€

    56

    83

    370

    200€ et plus

    68

    449

    416

    Nombre total de chambres

    963

    1.489

    1.916

    Source Booking.com réservation du 1er au 8 juin 2019


    En plus des dépenses touristiques, il faut prendre en compte les tarifs des prestataires locaux que les délégués (qu'ils profitent de subventions ou se chargent eux-mêmes des frais) seront obligés d'embaucher pour aménager les pavillons: de la polygraphie au chantier. Selon Artem Goldman, le fondateur de la startup Visabot, un jeune entrepreneur cité dans la liste de Forbes under 30, Ekaterinbourg devance ses concurrents dans ce domaine également.

    Ainsi, Goldman évoque-t-il le salaire moyen du concepteur de sites Internet: 1.500 dollars par mois, alors que la rémunération de son collègue à San Francisco ou à Londres est de près de cinq fois supérieure. Ekaterinbourg est devenue, grâce aux tarifs accessibles et au potentiel d'enseignement, l'un des centres de délocalisation numérique pour les startups de la Silicon Valley.

    L'Amérique latine à Ekaterinbourg?

    Lorsque nous avons rencontré à Paris Alexandre Chernov, le directeur de la candidature russe, il fredonnait une chanson en espagnol («Es la Historia de un amor…»). Pas étonnant, car comme nous l'avons appris par la suite, Chernov avait travaillé pendant plusieurs années au Panama comme correspondant de l'agence TASS. Plusieurs membres de son équipe parlent couramment espagnol.

    Pourtant, cette empreinte latino-américaine se retrouve bien au-delà du comité de candidature, jusque dans la ville d'Ekaterinbourg. Des dizaines de milliers de supporters latino-américains de la Coupe du Monde de football ont visité la ville l'été passé. Trois sélections, l'uruguayenne, la péruvienne et la mexicaine, ont en effet joué dans cette ville. 

    L'ex-footballeur de la sélection française David Trezeguet, qui s'est rendu à Ekaterinbourg pendant la Coupe du monde a d'ailleurs été impressionné par l'abondance de Latino-Américains, qui étaient plus nombreux en Russie que les Européens. Un ressenti confirmé par les chiffres: la France, sacrée championne du monde ne s'est même pas classée dans le Top 10 des pays en nombre de fans présents en Russie, devancée par le Mexique, l'Argentine, le Brésil, la Colombie et le Pérou.

    Les supporters n'ont pas apprécié que la compétition, mais aussi la ville, au point que certains d'entre eux sont restés après la Coupe du Monde. Ainsi, le Mexicain Carlos, venu pour assister au match de la sélection de son pays, a profité du régime d'exemption de visas pour les supporters pour ouvrir un bar latino-américain à Ekaterinbourg, comme nous l'apprend la presse locale.

    L'Afrique hésitante

    Si Alexandre Chernov compte séduire les pays d'Amérique latine par sa connaissance de la région, il compte en faire de même avec les délégués africains, ayant arpenté le continent en long et en large: «Il me reste la Centrafrique, le Soudan du Sud, la Somalie, le Tchad et le Sahara occidental, qui ne votera pas».

    Selon Chernov, les Africains traitent la candidature russe avec pragmatisme:

    «L'Afrique a des choses à nous offrir et nous avons de quoi profiter et vice-versa. L'EXPO offre aux pays africains la possibilité d'accès au business, au commerce, à la solidité politique, à la responsabilité sociale. Vous êtes venus chez nous. Nous voterons pour votre candidature et qu'est-ce que nous recevrons en échange? Une approche purement pragmatique.»

    «Certains pays ont soutenu officiellement Ekaterinbourg après notre visite. D'autres ont dit: "Bravo, bon courage, mais nous ferons un autre choix".», a précisé le directeur de la candidature russe, en ajoutant qu'une telle position n'était pas toujours due à la qualité de la candidature.

    Ainsi, une source anonyme au sein du gouvernement tunisien a déclaré à notre correspondant sur place que sur le plan technique,

    «la candidature russe était particulièrement adaptée, par son format, aux exposants tunisiens»

    Or, le choix, qui ne relève pas que de considérations techniques, n'est pas encore fait. La Tunisie a en particulier attribué une grande importance à la visite du vice-ministre japonais du Commerce, qui a personnellement présenté la candidature de son pays et a profité de l'occasion pour envisager le développement des liens bilatéraux entre Tunis et Tokyo.

    De fait, le Japon est le principal concurrent de la Russie sur le continent africain. Ainsi, ce pays a-t-il activement fait du lobbying en faveur de la candidature d'Osaka lors du forum nippo-africain à Johannesburg, en mai 2018.

    Les petits États des Caraïbes

    Plusieurs délégués des petites îles caribéennes ont assisté à la présentation de la candidature d'Ekaterinbourg à Paris, en octobre. Leur intérêt pour cet événement n'est pas l'effet du hasard. Grâce aux organisateurs qui leur apportent traditionnellement leur soutien, les petits Etats insulaires de cette région comptant à peine 17 millions d'habitants ont envoyé huit délégations à la dernière Exposition à Milan dans le cadre du pavillon intégré de la CARICOM. Le BIE compte au total 12 pays membres caribéens ayant le droit de vote, une force en mesure d'influer sur le bilan du vote final. 

    Cependant, le mystère sur leurs préférences restera entier jusqu'à vendredi… et même au-delà, puisque, quelle que soit la ville choisie, nous ne saurons pas quels pays ont soutenu l'une ou l'autre candidate, le vote se déroulant à bulletins secrets.

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    Tags:
    Expo-2025, Osaka, Bakou, Amérique latine, Afrique, Ekaterinbourg, Russie
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