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    Salome Zurabishvili

    Détente ou durcissement entre la Géorgie et la Russie? Une Française va en décider!

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    Elliot Lelievre
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    La Géorgie a élu sa première Présidente, et c'est une Française! Salomé Zourabichvili remporte les élections avec 59,7% des voix et va devoir affronter le défi de renouer le dialogue avec la Russie, puissance incontournable du Caucase. Mais le discours de l'ancienne diplomate vis-à-vis de Moscou est complexe. Explications.

    Une Française vient d'être élue présidente de la République… de Géorgie! Salomé Zourabichvili, ancienne ambassadrice de France dans la petite république du Caucase a remporté le deuxième tour des élections avec 59,7% des voix le 28 novembre dernier et devient le sixième chef d'État géorgien depuis son indépendance en 1991.

    Le récent regain de tensions entre l'Ukraine et la Russie, causé par le déploiement de navires militaires ukrainiens dans les eaux territoriales de la Crimée, amène à s'interroger sur la politique que va mener Salomé Zourabichvili vis-à-vis de Moscou, elle qui aura brièvement occupé le poste de ministre des Affaires étrangères au sein du gouvernement de Saakachvili entre 2004 et 2005.

    Depuis cette période, la position de Salomé Zourabichvili à l'égard de la Russie n'a pas fondamentalement changé, mais elle s'est progressivement durcie, jusqu'à reprendre à son compte une rhétorique violente contre Moscou lors de la campagne présidentielle qui l'a menée à la victoire:

    «La Russie est un agresseur et un occupant, ce que je pourrais répéter sans fin…», a déclaré la candidate à la présidence de la Géorgie le 17 septembre dernier, deux mois avant de remporter les élections.

    Pourtant, à son entrée en fonction aux Affaires étrangères géorgiennes, la diplomate de formation s'était montrée particulièrement mesurée dans ses propos sur le grand voisin russe.
    Le pragmatisme politique dont elle a fait preuve en tant que responsable de la politique étrangère géorgienne lui a permis d'obtenir plusieurs succès, dont le principal reste la signature, en mai 2005, d'un accord de retrait des bases et troupes russes en territoire géorgien dans les trois ans, avec comme contrepartie l'engagement de ne pas accueillir de bases militaires étrangères. Un texte qualifié «de succès majeur pour la diplomatie géorgienne» par Plamen Rachlev, de l'Institut des études régionales et internationales.

    «Le seul exemple de dialogue réussi avec la Russie [la fermeture des bases militaires russes en Géorgie] est associé à moi!», rappelait Salomé Zourabichvili dans une interview au média géorgien Tabula en 2013.

    Deux ans après avoir quitté ses fonctions, en 2007, l'ancienne ministre des Affaires étrangères s'est intéressée à la crise au Kosovo. Dans un article publié sur le site russe Global Affairs, Salomé Zourabichvili a décrit la position russe comme «semblable à l'argument d'un enfant capricieux» et a affirmé:

    «Nous, les Géorgiens, verrons toujours dans chaque manœuvre russe une tentative de soutenir les forces subversives et destructrices de la région, afin d'affaiblir et de miner notre indépendance et notre intégrité territoriale».

    Mais, paradoxalement peut-être, lorsqu'a éclaté la crise géorgienne de 2008, Salomé Zourabichvili n'a pas été la première à condamner Moscou. Au contraire, elle a été l'une des seules à mettre en cause le comportement des autorités géorgiennes, qu'elle a accusé d'avoir «cédé aux provocations». Des déclarations qui lui avaient valu l'ostracisme et sur lesquelles elle est revenue au cours de la campagne présidentielle.

    «Nous avons cédé aux provocations de la Russie [en 2008] et nous nous sommes retrouvés impliqués dans les hostilités. C'est la Géorgie qui a lancé cette partie des hostilités […] C'est une version officielle qui a été confirmée par l'Union européenne. La tragédie de la guerre est notre tragédie», a-t-elle déclaré le 6 août 2018.

    Malgré une rhétorique parfois violente, la nouvelle Présidente géorgienne prône tout de même un dialogue avec Moscou, sans toutefois ne rien céder sur le fond des revendications:

    «Le ton qui était dominant pendant la période Saakachvili était la confrontation et il a été remplacé par un ton plus modéré, mais le contenu en soi n'est pas très différent», expliquait Salomé Zourabichvili dans un entretien à The Economist en janvier dernier.

    Un apaisement serait bienvenu dans le Caucase, où Russes et Géorgiens n'entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 10 ans. L'avenir nous dira si Salomé Zourabichvili sera, une fois de plus, associée au dialogue entre les deux pays. En tant que Présidente cette fois.

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    IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques), relations bilatérales, relations diplomatiques, élection présidentielle, The Economist, Tabula, Plamen Rachlev, Salomé Zourabichvili, Mikhaïl Saakachvili, Sergueï Lavrov, Tbilissi, Caucase, Moscou, Géorgie, Paris, France, Ukraine, Russie
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