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    Bruxelles, Belgique

    Pourquoi la crise gouvernementale belge est un coup dur pour… Macron

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    Maxime Perrotin
    Polémique autour du Pacte de Marrakech (29)
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    La coalition au pouvoir en Belgique est dans la tourmente après la démission du Premier ministre. Au-delà d’une énième crise gouvernementale dans laquelle tombe le royaume, pour Emmanuel Dupuy, cette démission pourrait «rebattre les cartes» à l’approche des Européennes, portant un coup dur aux plans d’Emmanuel Macron pour les Européennes.

    Le 18 décembre, le Premier ministre belge Charles Michel a présenté au Roi sa démission et celle de son gouvernement, fragilisé par le départ de cinq ministres du N-VA (Nouvelle Alliance flamande), le 9 décembre. Un départ motivé par les divergences concernant le Pacte mondial pour les migrations, sûres, ordonnées et régulières. Première force politique à la Chambre des députés, avec 31 sièges sur un total de 150, ce parti nationaliste flamand était le poids lourd de la coalition et du gouvernement Michel — au pouvoir depuis octobre 2014 — son retrait lui a ainsi porté un coup fatal.

    «Mon appel n'a pas été entendu. Je prends donc la décision de présenter ma démission et mon intention est de me rendre chez le roi immédiatement», a déclaré Charles Michel devant le Parlement.

    Habituellement dénommé «pacte de Marrakech sur les migrations», il a été signé le 10 décembre dans la ville marocaine à l'occasion de la Conférence Internationale sur la Migration (CIM 2018), avant d'être ratifié lors de l'Assemblée générale de l'ONU, le 19 décembre. Rappelons que la signature de ce traité international par la Belgique s'est faite avec l'aval du Parlement.

    C'est donc après avoir plaidé sans succès en faveur d'une «coalition de bonne volonté», en appelant au soutien de l'opposition, que le Premier ministre belge a finalement décidé de renoncer à son mandat. Et pour cause, avant même de poser sa démission, les socialistes (PS/SPA) soutenus par les écologistes ont déposé une motion dite «de méfiance» afin de le renverser. Pour l'heure, le roi Philippe «tient sa décision en suspend», réfléchissant à quelle suite lui donner.

    Le royaume se dirige-t-il vers une nouvelle crise gouvernementale, comme il en a connu en 2007-2008 puis 2010-2011 avec respectivement 194 et 541 jours passés sans exécutif? 

    Les législatives étant prévues le 26 mai, soit le même jour que les élections régionales et européennes (rappelons que voter en Belgique est obligatoire), la piste aujourd'hui avancée dans les médias est que le roi puisse demander au gouvernement d'expédier les affaires courantes jusque-là.

    «Vraisemblablement, il n'y aura pas de capacité à former un nouveau gouvernement d'ici les législatives. Ces élections législatives risquent, in fine, d'être potentiellement anticipées», estime à notre micro Emmanuel Dupuy, Président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE).

     Une analyse qui ne s'est pas vérifiée, vient-on d'apprendre, puisque la Belgique a décidé de ne pas organiser d'élections anticipées. Emmanuel Dupuy tient par ailleurs à souligner que la signature du pacte de Marrakech par la Belgique n'est pas la principale cause de l'explosion de la coalition, mais une «goutte d'eau qui fait déborder le vase».

    Pour notre intervenant, la Belgique était déjà dans la crise politique, évoquant un «profond hiatus» provoqué au sein de la majorité par le projet de loi «ardemment discuté au parlement belge» visant à renforcer les prérogatives de la police dans la lutte contre l'immigration illégale ou encore l'épineux dossier du rajeunissement de la flotte de l'armée de l'air belge, actuellement constituée de F-16 américains vieillissants.

    «Il y a eu des oppositions internes au gouvernement — qui ont laissé des traces- entre les Flamands qui privilégiaient la formule du F-35 américain et le Premier ministre d'une part, et son vice Premier ministre et ministre des Affaires étrangères qui, dans une logique et une cohérence à l'aune des élections législatives et des élections européennes, privilégiaient davantage la piste européenne.»

    Après une crise politique, provoquée par certaines affirmations du ministre de la Défense, le flamand Steven Vandeput (N-VA), la Belgique —pays vivant au rythme de l'Union européenne- a ainsi décidé le 25 octobre de confier, pour les quarante prochaines années, l'entretien de ses forces aériennes à l'américain Lockheed Martin en favorisant l'achat de F-35. Exit donc les alternatives européennes comme le Typhoon du consortium Eurofighter ou même le Rafale du constructeur français Dassault.

    Un choix — pressenti — qui avait fait grand bruit, notamment parce que le cahier des charges contenait «des demandes très particulières pour des avions de l'Otan, que seuls les Américains peuvent faire» avait indiqué à nos confrères des Échos Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation. D'ailleurs, Paris n'avait pas été dupe, décidant de court-circuiter ledit «appel d'offres» en proposant un accord de partenariat intergouvernemental.

    «Tout cela montre qu'il y avait moult sujets d'opposition —fondamentaux — entre les différents partis au gouvernement de centre droit libéral. Ceux-ci soulignent, du reste, le hiatus économique entre une Flandre où le faible taux de chômage et le dynamisme industriel diffère d'une Wallonie, plus à la traîne économiquement», insiste Emmanuel Dupuy.

    Mais au delà des questions migratoires et de souveraineté européenne, cette défection du Premier ministre belge pourrait avoir un autre impact, celui-ci sur la politique européenne du Président français, le tout à cinq mois des Européennes.

    Emmanuel Dupuy souligne que Charles Michel était, avec ses homologues néerlandais (Mark Rutte) et luxembourgeois (Xavier Bettel) «les plus grands alliés d'Emmanuel Macron dans sa volonté de cliver et de rendre très manichéen le débat européen».

    Un clivage dépeint entre «progressistes, humanistes, libéraux» d'un côté et de l'autre les «conservateurs, partisans d'une démocratie illibérale et le clan des anti-migrants», ce dernier incarné par le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini et le Premier ministre Hongrois Viktor Orban, schématise le Président de l'IPSE.

    «On voit bien que cette fragilisation du gouvernement belge est une très mauvaise nouvelle, aussi, pour Emmanuel Macron qui se voit perdre l'un de ses principaux alliés sur le discours pro-européen à l'occasion des prochaines échéances de mai prochain […] et l'un des partisans les plus affirmés d'une défense européenne, puisque la Belgique- comme les Pays-Bas —fait partie du "noyau dur" ou de "l'avant garde" que le Président Emmanuel Macron appelait de ses vœux à travers la mise en place d'une coopération structurée permanente (CSP) et la mise en exergue, concrètement d'une Initiative européenne d'Intervention (IeI).»

    Une initiative qui comprend ces pays «auxquels on doit rajouter, bien sûr, l’Allemagne, la Finlande, l’Estonie, les Pays-Bas, le Danemark, la Grande-Bretagne (même après sa sortie de l’UE en mars prochain), le Portugal et l'Espagne», précise Emmanuel Dupuy.

    «On comprend bien ainsi que cette démission va sans doute rebattre quelque peu les cartes aussi à l'occasion des prochaines élections européennes. Les élections législatives belges et européenne advenant le même jour, l’équilibre au sein du Parlement européen risque ainsi de voir se renforcer d’avantage les conservateurs en son sein, confirmant que le "Spitzenkandidat", appelé à succéder à Jean-Claude Junker à la tête de la Commission européenne, risque d’épouser davantage les positions des nationalistes flamands que celles des libéraux wallons.»

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    Tags:
    crise politique, migration, IPSE, ONU, Emmanuel Dupuy, Charles Michel, Emmanuel Macron, Europe, Belgique, France
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