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    Même sans députés, le Parti vert du Québec dresse un bilan positif de 2018

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    Jérôme Blanchet-Gravel
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    Le mouvement écologiste est-il en plein essor au Québec? Certains en sont convaincus. C'est le cas du chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrrell, que Sputnik a interviewé. Les Verts québécois ne sont toujours pas représentés à l'Assemblée nationale, mais ont confiance en l'avenir.

    Le 1er octobre dernier, l'élection d'un gouvernement de droite autonomiste marquait l'histoire au Québec. En faisant élire 75 députés sur 125 à l'Assemblée nationale, la Coalition Avenir Québec (CAQ) balayait les libéraux, installés au pouvoir depuis 15 ans. La percée de la gauche retenait aussi l'attention, le parti Québec solidaire passant de trois à dix députés. À gauche comme à droite, un vent de fraîcheur soufflait sur la Belle Province.

    Fraîcheur que tout le monde n'a pas goûtée, à l'instar des Verts québécois, qui ne sont pas encore parvenus à faire élire leur premier député. Le Parti vert du Québec a été fondé en 2001, mais n'a toujours pas été représenté au Salon bleu, haut lieu de la démocratie québécoise.
    Pourtant, le chef de ce parti, Alex Tyrrell, ne désespère pas. En entrevue avec Sputnik, M.Tyrrell dresse un bilan positif de 2018. Selon lui, le mouvement écologiste est de plus en fort au Québec, mais il s'agit pour lui de le rassembler autour de sa formation.

    Vers un Québec plus vert?

    Alex Tyrrell précise que son parti est quand même parvenu à tripler son électorat à la dernière élection. S'ils ne récoltaient que 0,5% des intentions de vote il y a quelques années, les Verts en récoltent maintenant 1,7%. Un chiffre qui demeure modeste, mais qui semble réjouir leur chef.

    «On dresse quand même un bilan très positif de l'année 2018 avec la campagne électorale. On a triplé nos appuis, ce qui est quand même une augmentation importante. On a aussi trois fois le financement qu'on avait. On est donc en mode "expansion" et on sera encore plus présents dans les quatre prochaines années. On est quand même très satisfait du progrès que l'on a pu faire, d'autant plus que l'on a pu influencer le débat», a souligné M. Tyrrell au micro de Sputnik.

    Il faut préciser que le système électoral (uninominal à un tour) n'avantage pas les Verts. En effet, le mode de scrutin au Québec est réputé pour façonner de fortes majorités et marginaliser les petits partis. C'est aussi un système électoral qui encourage les gens à voter stratégiquement, au lieu de voter pour le candidat qu'ils préfèrent. D'ailleurs, le nouveau gouvernement veut remédier à cette situation, en réformant le mode de scrutin pour y inclure un volet proportionnel. Une fois le mode de scrutin réformé, les Verts québécois seront peut-être en mesure de faire élire des députés.

    La faute au système électoral?

    Alex Tyrrell est d'accord avec une éventuelle réforme du système électoral, mais critique les orientations du nouveau gouvernement en matière d'environnement. La CAQ aurait une «position idéologique» en ce qui concerne les réseaux routiers et les transports en commun. Le nouveau gouvernement n'en ferait pas suffisamment pour réduire la consommation de pétrole à l'échelle de la province.

    Selon le président du Parti vert, le Premier ministre, François Legault, refuserait de «transformer les habitudes de vie» des citoyens. Autrement dit, M. Legault ne voudrait pas vraiment mettre un terme au règne de l'automobile, notamment pour ne pas froisser son électorat. L'appui de M. Legault au projet de construction d'un 3e pont à Québec témoignerait aussi de son manque de ferveur écologique. Le parti au pouvoir ne serait pas contre l'environnement, mais n'en ferait pas une priorité. Du moins pas encore.

    «C'est avant tout une question de priorités. On se demande donc si dans la nouvelle année, François Legault va mettre les priorités sur l'environnement ou sur la croissance économique à court terme», a affirmé M. Tyrrell.

    Mais tout n'est pas noir ou blanc. Récemment, François Legault a annoncé qu'il n'appuyait pas le projet Énergie Est, un projet de construction d'oléoduc destiné à transporter du pétrole sur 4.600 kilomètres. Une décision que le chef des Verts québécois n'a pu que saluer lors de son entrevue avec Sputnik. Créé en 2014, le projet vise essentiellement à transporter vers l'Est le pétrole issu des sables bitumineux de l'Alberta. Une méthode d'exploitation qui est considérée comme excessivement dommageable pour les écosystèmes. Ce dossier est tellement délicat qu'il n'est pas loin de nuire à l'unité canadienne.

    «Durant la campagne électorale, c'était très clair que la CAQ n'avait aucun plan concret pour l'environnement. Maintenant, par contre, c'est sûr que j'ai beaucoup apprécié les déclarations de François Legault concernant l'oléoduc Énergie Est. À ma connaissance, c'est du jamais vu au Canada de voir un Premier ministre qui qualifie le pétrole des sables bitumineux d'énergie sale. C'est vraiment un changement de rhétorique comparativement à l'ancien gouvernement.»

    Enfin, le chef du Parti vert se réjouit de la montée d'un nouveau mouvement écologiste au Québec: le Pacte pour la transition. M.Tyrell voudrait toutefois que les gens qui y prennent part rejoignent son parti, au lieu de se disperser dans les autres formations politiques. Initié par le metteur en scène Dominic Champagne, le projet a fait couler beaucoup d'encre ces dernières semaines. De nombreux chroniqueurs ont accusé les leaders du Pacte d'annoncer la fin du monde en faisant la morale à la population.

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    Tags:
    parlement, députés, Coalition avenir Québec (CAQ), Québec, Canada
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