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    Deux femmes quittant la zone d'Idlib par le couloir d'Abou Douhour

    Couloir vers la paix: portraits de civils ayant réussi à quitter la zone d’Idlib (photos)

    © Sputnik . Mikhaïl Voskresensky
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    Pourquoi les civils hésitent-ils à emprunter le couloir humanitaire d’Abou Douhour et qu’est-ce qui pousse certains d’entre eux à retourner quelques jours après en être sortis dans la zone contrôlée par des terroristes et des radicaux? Un correspondant de Sputnik a assisté fin décembre à une évacuation et a recueilli le témoignage de deux femmes.

    Recouvertes d’une couche de poussière, des colonnes de femmes, d’enfants et de vieillards à pied s’approchent du couloir humanitaire d’Abou Douhour, en Syrie, alors que des tirs d’artillerie retentissent au loin. Pour les civils du gouvernorat d’Idlib, c’est la seule voie pour quitter la zone contrôlée par des extrémistes. Ouvert il y a quelques mois, ce couloir menant vers une vie paisible ne peut pourtant pas être emprunté à tout moment. Profitant d’une entente fragile entre l’armée gouvernementale et les groupes illégaux, ils s’empressent par une journée de la fin du mois de décembre de laisser la guerre derrière eux.

    Des Syriens ayant emprunté le couloir humanitaire dans le gouvernorat d'Idlib
    © Sputnik . Mikhaïl Alaeddine
    Des Syriens ayant emprunté le couloir humanitaire dans le gouvernorat d'Idlib

    Peur de l’inconnu

    «À vrai dire, il ne reste plus rien à Idlib. Pas d’électricité, peu d’eau potable. Pour la nourriture, ça dépend des jours. Nous sommes de simples paysans, qui a besoin de nous? Mais nous avions peur d’emprunter le couloir. D’un côté, nous étions menacés de mort et, de l’autre, nous ne savions pas ce qui nous attendait ici», dit une femme d’un certain âge se présentant comme Malak. Portant un enfant dans ses bras, elle dissimule une partie de son visage sous un voile.

    Couloir humanitaire dans le gouvernorat d'Idlib
    © Sputnik . Mikhaïl Voskressensky
    Couloir humanitaire dans le gouvernorat d'Idlib

    Le sort de Malak ne diffère guère de celui de dizaines de milliers de ses compatriotes restés à Idlib. Fermiers, ils sont venus s’installer dans le gouvernorat avant la guerre, mais cette dernière a mis une croix sur leurs projets. Aujourd’hui, ils quittent la ville pour regagner leur village natal.

    Pourquoi avoir tant attendu avant de quitter la zone? Malak explique que de l’autre côté on tentait de la persuader que dès qu’ils quitteraient la zone, ils seraient interpellés et que leurs enfants leurs seraient retirés.

    Des Syriens ayant emprunté le couloir humanitaire dans le gouvernorat d'Idlib
    © Sputnik . Mikhail Voskresensky
    Des Syriens ayant emprunté le couloir humanitaire dans le gouvernorat d'Idlib

    «Vous n’avez pas peur de perdre votre enfant? Mais la vie est devenue insupportable, il n’y a aucun espoir d’une vie paisible. Nous avons donc pris le risque et, que Dieu soit loué, nous n’avons pas eu tort», dit-elle.

    Il n’est pas difficile de comprendre l’état d’esprit de cette femme. Dans le gouvernorat d’Idlib, le pouvoir est partagé entre des groupes armés illicites. Aujourd’hui, la sphère d'influence y est divisée entre le Front al-Nosra* et le Front national de libération.

    Partir pour… retourner

    La situation des personnes ayant décidé d’emprunter le couloir est loin d’être homogène. Une des jeunes femmes explique qu’elle ne quitte la zone que provisoirement pour faire soigner ses enfants et toucher son salaire. Son époux et son cousin étant restés à Idlib sans pouvoir la quitter, elle sera donc obligée d’y retourner.

    «Vous ne me croirez pas, mais l’État ne nous a pas abandonnés, même si nous vivons à Idlib. J’étais fonctionnaire avant le début de la guerre et lorsque l’opportunité s’offre je travaille comme infirmière à Idlib. Il y a aussi des enseignants qui continuent à instruire des élèves dans certains villages. Pratiquement, une fois tous les six mois, nous sortons toucher notre salaire puis retournons là-bas», explique la jeune femme.

    Distribution de l'aide humanitaire
    © Sputnik . Mikhaïl Voskresensky
    Distribution de l'aide humanitaire

    Ayant noté l’étonnement de notre correspondant, un des médecins intervient et explique la situation. Il s’avère qu’il est avantageux pour les radicaux de laisser des fonctionnaires sortir chercher leur salaire. Ils les inscrivent sur la liste des personnes devant bénéficier de l’aide humanitaire, mais ne la leur distribuent pas, considérant qu’ils ont des moyens pour rester à flot, précise-t-il.

    Or, craignant de rester sans «bouclier humain», ils ne les laissent pas partir et font en sorte qu’ils soient contraints de rentrer,  leurs proches – père, frères, fils — n’étant pas autorisés à quitter la zone.

    Le couloir d'Abou Douhour
    © Sputnik . Mikhaïl Alaeddine
    Le couloir d'Abou Douhour

    Selon différentes données, un peu plus de 1,5 million de personnes sont encore à Idlib. Si une partie d’entre elles sont des otages de la situation qui s’est créée, d’autres soutiennent des groupes terroristes et radicaux qui y sévissent. Aujourd’hui, seules quelques centaines de personnes ont réussi à fuir ce bastion et dans les jours qui viennent d’autres tenteront leur chance.

    *Organisation terroriste interdite en Russie

    Tags:
    extrémistes, couloir humanitaire, témoignage, migrants, terrorisme, évacuation, Front al-Nosra, Abou Douhour, Idlib, Syrie
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