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    Gilets jaunes canadiens, Gilets jaunes français, même combat?

    © AFP 2019 FRANCOIS LO PRESTI / AFP
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    Jérôme Blanchet-Gravel
    Mouvement des Gilets jaunes après 10 semaines de mobilisation (144)
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    Les Gilets jaunes font des émules au Canada... anglophone et non au Québec, comme on aurait pu s'y attendre. Derrière un contexte et des revendications parfois différentes entre les deux rives de l'Atlantique, les Gilets jaunes français et homologues canadiens entretiennent pourtant bien des similitudes. L'analyse de Sputnik.

    On aurait pu croire que les Gilets jaunes feraient des adeptes au Québec, seule province entièrement francophone du Canada. Mais non, c'est au Canada anglais qu'ils ont essaimé.

    Dans l'ouest du pays, ils sont de plus en plus nombreux à réclamer du changement. Une petite ville de la province de l'Alberta, Red Deer, est devenue emblématique du mouvement. Chaque dimanche depuis novembre 2018, ils manifestent dans les rues de cette ville de 100.000 habitants. Des manifestations ont également eu lieu dans de grandes villes comme Edmonton, Calgary et Ottawa.

    L'ambassadrice du Canada en France, Isabelle Hudon, a récemment déclaré que les Gilets jaunes canadiens n'avaient rien en commun avec leurs camarades français. Selon elle, des Gilets jaunes canadiens défendraient des idées «racistes et anti-immigration».

    «Ce n'est pas du tout le genre de message que les Gilets jaunes en France vont livrer», a souligné Mme Hudon en entrevue avec la presse canadienne.

    Un organisme de défense des immigrés a aussi envoyé une lettre aux membres du conseil municipal de Red Deer pour faire part de ses inquiétudes. Selon la coprésidente du réseau des communautés accueillantes et inclusives de Red Deer, Deirdre Ashenhurst, les Gilets jaunes du Canada font preuve d'un manque d'ouverture envers les nouveaux arrivants. Une critique qui revient très souvent dans un Canada où le multiculturalisme a été intégré dans la Constitution en 1982.

    Des Gilets jaunes contre l'immigration massive?

    De fait, au Canada, critiquer le multiculturalisme extrême ou l'augmentation des seuils d'immigration est souvent perçu comme une marque d'intolérance. Une situation à laquelle veut d'ailleurs remédier le chef du Parti populaire, Maxime Bernier, qui réclame plus de liberté d'expression. Dans une entrevue accordée à Sputnik en août 2018, il affirmait que le seul fait de poser une question sur ce sujet pouvait être vu comme raciste. L'immigration est devenue un véritable tabou au pays de l'érable.

    C'est vrai: les Gilets jaunes canadiens insistent davantage sur l'immigration que leurs cousins français. Sur ce point, l'ambassadrice canadienne en France, Isabelle Hudon, vise juste. Les Gilets jaunes du Canada dénoncent aussi la taxe carbone, une taxe écologique synonyme d'une baisse significative de leur qualité de vie.

    ​Le contexte canadien reste donc assez différent du contexte français. Il faut bien comprendre que l'économie de l'Ouest canadien dépend en grande partie de l'industrie du pétrole. Les Canadiens de l'ouest ont aussi l'impression de soutenir financièrement leurs compatriotes des autres provinces, qui profitent de leur industrie pétrolifère tout en évitant de se salir les mains. Mais est-ce suffisant pour dissocier totalement les Gilets jaunes canadiens de leurs homologues français?

    Deux contextes, un seul mouvement

    La page Facebook des Gilets jaunes du Canada, qui compte plus de 100.000 membres, indique que leur mission est de dénoncer la taxe sur le carbone et la «trahison des politiciens qui ont l'audace de vendre la souveraineté de notre pays aux mondialistes de l'Onu et à leurs politiques tyranniques». La cible est bien identifiée: la mondialisation dans son ensemble et ses élites déconnectées de la réalité du terrain. Comme les Gilets jaunes français, les Gilets jaunes canadiens réclament davantage de sécurité. Ils se sentent fragilisés sur le plan économique comme sur le plan identitaire.

    Les Gilets jaunes du Canada critiquent les politiques libérales de Justin Trudeau, qu'ils voient comme un politicien complètement détaché de leurs préoccupations. Sur ce point, le parallèle avec Emmanuel Macron est frappant. Comme leurs homologues français, les Gilets jaunes canadiens contestent la logique supranationale menant à la signature du Pacte de Marrakech et à celle de traités économiques et environnementaux niant la souveraineté des États. Les deux mouvements sont bel et bien liés.

    Trudeau est-il le Macron canadien?

    Dans son dernier livre Right Here Right Now, l'ancien Premier ministre conservateur du Canada, Stephen Harper, prône d'ailleurs le retour d'un populisme positif. Dans cet ouvrage, l'ancien politicien brise le mythe de la mondialisation heureuse. Harper estime que toutes les sociétés occidentales doivent maintenant relever les défis posés par la montée de ces mouvements populistes. Un livre qui aide à comprendre l'essor des Gilets jaunes au Canada comme en France:

    «Le problème, c'est que la mondialisation a été un succès pour beaucoup de peuples dans le monde, mais pas tellement pour plusieurs des nôtres. Un milliard de personnes à travers le monde — la majorité dans des pays émergents en Asie- sont sortis de la pauvreté. Pourtant, dans de nombreux pays occidentaux, les revenus des travailleurs ont stagné ou ont diminué au cours des 25 dernières années», écrit Stephen Harper dans son livre.

    Se dirige-t-on vers une Internationale des Gilets jaunes?

    Dossier:
    Mouvement des Gilets jaunes après 10 semaines de mobilisation (144)

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    Tags:
    gilets jaunes, immigration, Parti populaire, Isabelle Hudon, Maxime Bernier, Canada, France
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