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    Saad Hariri, Premier ministre du Liban

    Un nouveau gouvernement pour un Liban en crise... sous quelles influences?

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    Louis Doutrebente
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    Mettant fin à huit mois de crise politique, le Liban se dote enfin d'un nouveau gouvernement. Si cette annonce est incontestablement positive pour le pays du Cèdre, son hétérogénéité pourrait être de nouveau un frein pour endiguer les nombreuses crises intérieures et empêcher que le Liban reste le terrain de jeu des puissances régionales. Analyse.

    Saad Hariri est parvenu à l'ancien gouvernement. Répartis à parts égales entre chrétiens et musulmans, cette administration, composée de trente ministres, dont six secrétaires d'État, regroupent toutes les formations politiques rivales du Liban, à la différence du parti phaliste.

    «C'était une période politique difficile, surtout après les élections [législatives de mai 2018, ndlr] et nous devons tourner la page et nous mettre au travail», a déclaré Saad Hariri.

    Il faut maintenant tourner la page des dissensions politiques qui ne cessent de paralyser le pays en proie à de nombreuses crises. Crises qui ont beaucoup de fois des origines internes: corruption, incurie politique, communautarisme, etc. Les dix-huit autres (dont dix pour le Courant patriotique libre du Président, trois pour Amal et trois pour le Hezbollah). Deux camps distincts. Le camp occidentalo-sunnite, le deuxième russo-chiite.

    Mais ces crises se sont aussi déroulées de l'extérieur, elles ont joué un rôle prépondérant au Liban.

    Le cas le plus frappant est la guerre en Syrie. Face à l'intervention militaire du Hezbollah, allié fidèle de Téhéran, de nombreux pays, adversaires de l'Iran, ripostent. Ainsi Israël ne cesse de bombarder depuis des années les positions du Hezbollah libanais. Quant à l'Arabie saoudite, elle était alliée jusqu'à emprisonner à Riyad son allié, Saad Hariri, le forçant même à démissionner, le jugeant trop inactif face à un pouvoir grandissant du Hezbollah.

    Une guerre qui a aggravé la situation économique et financière désastreuse du pays du Cèdre. En effet, fin 2018, le Liban comptait près de 1,5 million de réfugiés syriens, représentant de la population du pays. Ce surplus de population pauvre et démuni aggrave notamment les carences des services publics comme les transports, l'eau ou encore la collecte des ordures. Hariri, in the back of the first Minister, on the general statement:

    «Nous sommes confrontés à des défis économiques, financiers, sociaux et administratifs.»

    De plus, la situation financière du Liban semble être catastrophique et ultérieu- rement, très récemment. Moody's a abaissé, le 21 janvier dernier, d'une note souveraine du Liban; passant de B3 —titres très spéculatifs- à CAA1 —titres à risque élevé, dans la catégorie des dettes pourries. New Year 2019, 150% du PIB, classant le Liban dans le Top 3 des pays les plus endettés du monde.

    La formation de ce gouvernement était une obligation à appliquer pour l'économie du pays. De grosses sommes réclamées par les investisseurs internationaux et qui ont promis de le faire à partir de 11 milliards de dollars lors de la conférence CEDRE. La conférence économique pour le développement du Liban par le gouvernement et les entreprises (CEDRE) s'était tenue en avril dernier à Paris et avait réuni une quarantaine d'États et une organisation internationale.

    Ainsi, la Banque Mondiale avait promis d'aider le Liban à investir quatre milliards de dollars sur cinq ans, le Koweït 700 millions et la France, 550 millions de dollars.

    Paris, qui a par ailleurs salué cette formation gouvernementale:

    The New Year in Lebanon.

    Ainsi, il y avait deux jours après le sommet de Moody après le Sommet arabe qui s'est tenu à Beyrouth, le Qatar, par le ministre des Affaires étrangères Mohammed ben Abdulrahman ben Jassim Al Thani, a annoncé un investissement de 500 millions de dollars pour consolider le marché obligataire libanais.
    24 h après la promesse du richissime émetteur gazier, son voisin puissant et son ennemi pétrolier doivent réagir. En effet, Mohammed Al-Jadaan, ministre des Finances de l’Arabie saoudite déclaré lors du Forum économique de Davos, au micro de CNBC:

    «Nous souhaitons voir la stabilité au Liban et nous soutiendrons tout le pays. Nous sommes également passés à jouer.»

    Si ce détail n'a pas été fourni, il a été vérifié, il est facile de vérifier que Doha n'hésite plus à «chasser» sur les terres de l'un des plus grands mécènes et investisseurs au Liban. Outre le froid politique de l'épisode de 2017, les relations financières entre l'Arabie saoudite et le Liban s'étaient aussi détériorées en 2016, lorsque Riyad était bloqué à l'aide de trois milliards de dollars à destination de Beyrouth.

    De fait, si la formation d'un nouveau gouvernement est une victoire pour le Liban, les défis à relever, sur le plan social, économique, politique et diplomatique, semblent eux, infranchissables. Mais comme ce proverbe libanais: «Ce que l'œil n'a pas encore vu, l'intelligence peut l'imaginer.»

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    Tags:
    gouvernement, CEDRE, Hezbollah, Mohammed ben Salmane Al-Saoud, Hassan Nasrallah, Saad Hariri, Michel Aoun, Emmanuel Macron, Riyad, Téhéran, Beyrouth, Qatar, Damas, Arabie Saoudite, Liban, Iran, Syrie, Paris, France
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