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    In this Monday Jan. 18, 2016 file photo, a soldier stands guard outside the Splendid Hotel in Ouagadougou, Burkina Faso.

    Au Burkina, «les choses commencent à changer avec les nouveaux responsables militaires»

    © AP Photo / Sunday Alamba
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    Safwene Grira
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    Au Burkina Faso, une attaque terroriste meurtrière a été perpétrée à la veille d'un sommet de la force régionale du G5 Sahel. La riposte militaire s'est voulue tout aussi symbolique. Quelque 146 terroristes auraient été «neutralisés» par des raids de l'armée burkinabè dans trois départements du pays.

    Opération réussie pour Moïse Minoungou, le nouveau chef d'État-major, nommé le 10 janvier 2018, et du gouvernement de Christophe Dabiré, formé deux semaines plus tard.

    La «neutralisation», lundi 4 février, de 146 djihadistes constitue un sérieux revers infligé aux groupes terroristes qui essaient de prendre le contrôle du Nord du pays. Pour Maria del Pilar Rangel Rojas, une universitaire espagnole spécialiste de la radicalisation et du terrorisme à l'Université de Malaga, le nouveau leadership militaire burkinabè fait bouger les lignes. Toutefois, les défis opérationnels et financiers auxquels est exposée la Force commune régionale du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), pourraient être de nature à plomber cet envol, dans ce pays souvent décrit comme «le maillon faible de la région».

    Sputnik: Quel est aujourd'hui l'état des forces terroristes en présence au Burkina Faso?

    Maria Del Pilar Rangel Rojas: Tout au long de ces derniers mois, le Burkina Faso a enregistré une recrudescence des attaques de la part de groupes djihadistes, principalement dans le Nord, mais aussi, de plus en plus, dans l'Est.
    Dans le pays, différents groupes restent actifs, entre autres, Ansarul Islam, l'unique groupe autochtone dirigé par un Burkinabè, Ibrahim Dicko. Il y a aussi le Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans (GSIM), une organisation djihadiste qui en regroupe quatre autres, dont AQMI [Al-Qaïda au Maghreb Islamique*] et Murabitoun, mais aussi l'État islamique* dans le Grand Sahara (EIGS).
    Quant à la capitale Ouagadougou, elle a été frappée à trois reprises depuis 2016, avec un bilan d'une soixantaine de morts. La dernière attaque date de mars 2018, elle a détruit le siège de l'État major des armées, au centre-ville.

    Sputnik: Les forces armées du Burkina ont «neutralisé» 146 terroristes, dans l'une des opérations antiterroristes les plus importantes de ces derniers mois, voire de ces années. Peut-on expliquer cela par la nomination, le 10 janvier dernier, d'un nouveau chef d'État-major à la tête de l'Armée?

    Maria Del Pilar Rangel Rojas: Au mois d'août 2018, quand j'étais au Burkina Faso, les terroristes ne contrôlaient pas une grande partie du territoire du pays. Cependant, dans les mois qui ont suivi, l'escalade a été très intense, sans que l'armée n'apporte une réponse ferme, contrairement à ce qui s'est passé cette fois-ci. Actuellement, non seulement on commence à agir de façon rigoureuse dans la lutte contre le terrorisme, mais en plus, le chef d'État major de l'armée a transmis à la population la détermination des forces de défense et de sécurité (FDS) à assurer la sécurité du territoire national et à garantir la protection des personnes et des biens. En outre, il a invité la population à collaborer avec les forces nationales pour aider à rétablir la sécurité dans le pays. Il paraît que quelque chose commence à changer avec les nouveaux responsables militaires.

    Sputnik: Il semble bien, pourtant, que cette dernière attaque ait été prévisible, vu qu'elle coïncide avec un sommet du G5 Sahel. N'y a-t-il point de décalage entre cette forte capacité de riposte et l'incapacité à juguler une attaque presque «attendue»?

    Maria Del Pilar Rangel Rojas: Les attaques continueront d'avoir lieu, puisque le risque zéro n'existe pas. Et puis, il faut dire qu'il faut que les services de renseignement des différents pays concernés améliorent leurs capacités et leur coordination […] Samedi dernier, quatre employés de la Croix rouge ont été [ainsi] séquestrés dans le Nord. Dimanche, différentes attaques ont eu lieu dans le Nord, mais aussi dans l'Ouest du pays, du côté de la frontière ivoirienne, où un poste de gendarmerie a été attaqué par des hommes armés.

    Sputnik: La recrudescence des attaques, et notamment l'attaque contre le village de Kain, est-elle là pour transmettre un message, vu la concomitance avec un nouveau sommet G5 Sahel à Ouagadougou?

    Maria Del Pilar Rangel Rosa: Les terroristes attaqueront à chaque fois qu'ils le peuvent et évidemment, ils saisiront l'occasion —symbolique- de la tenue du Sommet du G5 Sahel. Cependant, concernant l'attaque contre le village de Kain, la riposte, notons-le, a été immédiate. L'armée burkinabè a neutralisé 146 terroristes dans le cadre d'opérations menées dans trois départements du pays, en réaction à l'attentat qui a tué 14 civils dans la nuit de dimanche à lundi, à Kain. Signalons également que dans le cadre de cette opération, aucune perte n'est à déplorer du côté des forces armées burkinabè, qui n'a signalé que quelques blessés légers.

    Sputnik: Au sujet de la Force commune du G5 Sahel, le problème du financement est toujours persistant. Est-ce qu'on peut dès lors attendre quelque chose de concret de ce nouveau sommet?

    Maria Del Pilar Rangel Rojas: La question du financement est, effectivement, l'un des principaux problèmes du G5 Sahel, alors que la forme et le degré d'engagement de chaque État ont été remis en question. Pour qu'elle soit opérationnelle, la force commune G5 Sahel nécessite un financement de 2,4 milliards d'euros, soit 1.574,2 milliards de francs CFA. De plus, il va falloir s'organiser de manière effective, parce que jusqu'à ce jour, son action a été très lente, alors qu'il faudrait, justement, un déploiement répondant aux conditions d'urgence, particulièrement dans les zones frontalières. Il s'agit, tout de même, d'une zone qui couvre quelque 5 millions de km², pour 80 millions de personnes.

    Sputnik: À défaut de résoudre définitivement cette question, puisqu'elle dépend surtout de bailleurs internationaux, que faut-il attendre de ce sommet?

    Maria Del Pilar Rangel Rojas: Les défis de ce sommet sont, du reste, importants. Deux années après son lancement, la Force conjointe G5 Sahel est encore en train de lutter pour se mettre en place, alors que les groupes terroristes sont en train de gagner du terrain dans certaines zones.
    Les États concernés doivent donner une nouvelle impulsion à la Force pour pouvoir entrer en action, avec une reprise des opérations militaires. Il s'agit notamment de se remettre de la destruction du quartier général de la force interarmées, frappé par un attentat suicide le 29 juin 2018, à Sévaré, au Mali, et qui a suspendu de facto les opérations. De même, les soldats manquent encore d'équipements de protection et de véhicules blindés, par exemple. Se retrouver ainsi dans une situation d'infériorité face aux terroristes n'aidera pas à résoudre le problème du terrorisme dans le Sahel. Sans compter le fait qu'il est nécessaire de mener à bien d'autres types d'actions, de nature économique.

    *Organisations terroristes interdites en Russie

     

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    Tags:
    attaque, terrorisme, djihadisme, Sommet G5 Sahel, Burkina Faso, Mauritanie, Sahel, Mali, Niger, Tchad
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