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    Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), le 30 septembre 2018, Cameroun

    Cameroun: les USA et l'UE exigent la libération de Maurice Kamto et de ses partisans

    © AFP 2019 Marco Longari
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    Anicet Simo
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    Le 4 mars, Tibor Nagy, le sous-secrétaire d'État américain responsable de l'Afrique a demandé la libération de l'opposant camerounais Maurice Kamto et de ses militants. Le lendemain, L'Union européenne a enfoncé le clou. Des déclarations qui ont été reçues comme autant «d'immixtions inadmissibles dans ses affaires intérieures» par Yaoundé.

    La pression internationale s'accentue sur le Cameroun au sujet de la détention depuis janvier dernier de l'opposant Maurice Kamto et de ses militants. En prélude à sa tournée africaine entamée le 4 mars, le sous-secrétaire d'État américain Tibor Nagy a demandé dans une interview accordée à Radio France internationale (RFI), la libération du président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto, ainsi que celle de ses militants.

    «Le gouvernement camerounais assure qu'il a été arrêté et emprisonné pour des raisons légitimes. Moi, je pense vraiment qu'il serait très sage de le libérer. Parce que, que ce soit vrai ou faux, il est perçu comme ayant été incarcéré pour ses activités politiques et cela est inacceptable. Ses militants et lui doivent être libérés et nous ne passerons pas par quatre chemins pour le dire», a expliqué le chargé des affaires africaines de Donald Trump, ce 4 mars au micro de RFI.

    Cette demande de Tibor Nagy, le «Monsieur Afrique» du Président américain, arrive à un moment crucial pour Maurice Kamto et ses coaccusés. À Yaoundé, le Tribunal de grande instance du Mfoundi doit en effet statuer, ce jeudi 7 mars, sur la demande de libération de ces hommes en prison depuis le 26 janvier dernier.
    L'émissaire de Donald Trump, attendu au Cameroun le 17 mars dans le cadre de sa tournée africaine, s'est également exprimé sur la crise séparatiste en cours dans les régions anglophones et promet «d'inciter les autorités camerounaises à être plus sérieuses dans leur gestion de la crise anglophone». Les mesures, «symboliques», selon lui, prises jusqu'à présent ne suffisent pas pour résoudre une crise «extrêmement grave» à ses yeux.

    La réaction de Yaoundé ne s'est pas fait attendre. Le gouvernement camerounais par la voix de son porte-parole, dit regretter vivement ces propos

    «Qui, non seulement dénotent d'une méconnaissance des enjeux, des réalités et des faits concernant l'arrestation de Monsieur Kamto et nombre de ses partisans, ainsi que la situation dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest, mais aussi trahissent une grave velléité d'immixtion, à peine voilée et inadmissible, dans les affaires intérieures du Cameroun», a indiqué René Sadi, ministre de la Communication dans un communiqué de presse rendu public le mardi 5 mars.

    Le porte-parole du gouvernement poursuit

    «Le Cameroun est un État de droit, dont les lois et les règlements constituent le cadre normatif où tous les partis politiques, y compris le MRC mènent leurs activités, mais ce, dans le respect de la légalité […] Le gouvernement tient à réitérer que M. Kamto n'est nullement en détention pour avoir exercé des activités politiques, ou participé légalement au jeu politique.»

    Ce même mardi, alors que la déclaration du sous-secrétaire d'État américain faisait encore couler beaucoup d'encres et de salive, la haute représentante de l'Union européenne a enfoncé le clou, pointant du doigt la «détérioration de la situation politique et sécuritaire». Au nom de l'institution, Federica Mogherini a également déploré l'arrestation de Maurice Kamto et de ses partisans.

    «L'arrestation et la détention prolongée de plusieurs dirigeants d'un parti de l'opposition, dont son leader Maurice Kamto […], ainsi que l'ouverture de procédures disproportionnées à leur encontre […] accroît le malaise politique au Cameroun», a déclaré la responsable de la diplomatie européenne dans un communiqué.

    Avant de poursuivre

    «L'État de droit demande une justice équitable et la libération des détenus à l'encontre desquels des preuves probantes ne peuvent être présentées.»

    Pour ce qui est de la crise anglophone, l'UE déplore la «persistance de la violence et des violations des droits de l'Homme dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun». Tout comme «le nombre inacceptable de victimes et un impact lourd en termes humanitaire et économique».

    Une pression de la communauté internationale qui suscite moult réactions dans l'opinion au Cameroun. Beaucoup, comme le sociopolitologue Claude Abe, y voient une ingérence malvenue.

    «Ils sont dans leur rôle en termes d'une institution qui fait la promotion de la gouvernance. Mais au même moment, on pourrait en tant que citoyen camerounais demander à l'Union européenne de balayer d'abord dans leur cour. Notamment au niveau des Gilets jaunes en France, il y a le cas de la Catalogne […]
    Nous ne savons pas pourquoi la communauté internationale s'agite tant que ça pour une question où on a vu un certain nombre d'acteurs véritablement aller droit au mur face à un État qui peut être qualifié d'État liberticide. Par ce qu'on aurait bien pu encadrer ces manifestations sans recourir à cette solution», a-t-il confié au micro de Sputnik France.

    Commentant l'impact de ces différentes déclarations de la communauté internationale, l'universitaire camerounais précise

    «Je doute que ces sorties aient un impact quelconque. C'est mal connaître le fonctionnement du régime de Yaoundé qui va généralement au bout de sa logique, comme il l'a démontré plus d'une fois. Il va généralement au bout de sa logique avant éventuellement d'agir au moment qui est le sien. Et de mon point de vue, il faudrait que les institutions internationales ainsi que les autres États étrangers considèrent que les pays africains doivent pouvoir se gérer eux-mêmes. Les crises politiques internes se gèrent en interne; vous pouvez venir donner un certain nombre d'avis qui, au demeurant, ne sont pas des avis déterminants.»

    Maurice Kamto, principal opposant au Président Paul Biya après la présidentielle d'octobre, à laquelle il est arrivé deuxième, a été arrêté, ainsi qu'environ 150 personnes, à la suite d'une manifestation fin janvier. Ces derniers ont été présentés mi-février devant le tribunal militaire de Yaoundé, où une information judiciaire pour des faits allégués d'«hostilité contre la patrie» et «insurrection», notamment, a été ouverte à leur encontre. Depuis, Maurice Kamto a plusieurs fois été convoqué par le parquet.

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    Tags:
    révolte, crise anglophone, tribunal militaire, arrestation, libération, élection présidentielle, opposition, Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), RFI, Claude Abe, René Sadi, Tibor Nagy, Paul Biya, Maurice Kamto, Cameroun
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