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    Justin Trudeau et SNC-Lavalin: derrière le scandale, la question amérindienne

    © AFP 2019 Lars Hagberg
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    Jérôme Blanchet-Gravel
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    Justin Trudeau traverse la pire crise de son mandat. L'ancienne ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, l'accuse d'ingérence dans l'affaire SNC-Lavalin. L'ex-ministre défend aussi la cause des Premières Nations, un dossier pour lequel Trudeau est fortement critiqué. Cette question a-t-elle jeté de l'huile sur le feu? L'analyse de Sputnik.

    L'ancienne ministre canadienne de la Justice, Jody Wilson-Raybould, est devenue une véritable icône au pays de l'érable. Depuis qu'elle tient tête au Premier ministre dans l'affaire SNC-Lavalin, elle incarne la cause des femmes, mais surtout celle des Premières Nations, étant elle-même amérindienne. Elle est la première femme autochtone à avoir occupé le poste de ministre de la Justice au Canada.

    Rappelons que cette ancienne ministre a déclaré que Justin Trudeau avait outrepassé ses pouvoirs en tentant de sauver la firme SNC-Lavalin, accusée de corruption en Libye. Depuis, le Parti libéral du Canada (PLC) semble plus divisé que jamais.

    Pour tenter de calmer la crise qui l'afflige, le Premier ministre s'est officiellement adressé aux Canadiens, le 7 mars dernier. Il a admis avoir constaté une «érosion de confiance» entre son bureau et Mme Wilson-Raybould. En revanche, il estime qu'«il n'y a jamais eu de pressions inappropriées».

    «Ce qui est devenu clair, c'est que la confiance s'est érodée entre mon bureau- plus précisément, mon ancien secrétaire principal [Gerald Butts, ndlr]- et l'ancienne ministre de la Justice et procureure générale [Jody Wilson-Raybould, ndlr]. Je n'étais pas au courant de cette érosion de confiance. En tant que Premier ministre et chef du conseil des ministres, j'aurais dû l'être», a affirmé Trudeau lors du point de presse consacré à cette question.

    Quelques heures après ce point de presse, une tempête a empêché Justin Trudeau d'atterrir à Iqaluit, dans le Grand Nord. Le Premier ministre devait présenter ses excuses à la communauté inuite pour le mauvais traitement qu'elle a subi dans le passé. Faut-il y voir un signe? Depuis le début de la crise, la question autochtone réapparaît régulièrement. Cette question est toujours restée en toile de fond dans les médias.

    Droits des Autochtones: une question qui divise

    Le 22 février 2019, la presse a appris qu'il existait d'importants désaccords entre Mme Wilson-Raybould et d'autres ministres du gouvernement au sujet des Autochtones. Le plus haut fonctionnaire au pays, Michael Wernick, a révélé que l'ex-ministre contestait certains points du programme de Trudeau relatif aux droits des Premières Nations. En septembre 2017, une rencontre avait été organisée pour tenter de trouver une solution à cette impasse. Cette solution ne semble jamais avoir été trouvée.

    En août 2018, des chefs des Premières Nations ont demandé à Justin Trudeau de remplacer la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, dans le processus d'élaboration de ce plan. Les chefs autochtones disaient vouloir travailler avec Jody Wilson-Raybould, une personnalité considérée comme plus favorable à leurs revendications. Pourtant, Mme Bennett est restée à son poste.

    En février 2019, l'Union des chefs autochtones de la Colombie-Britannique (UBCIC) a déclaré que Mme Wilson-Raybould avait fait l'objet d'«insinuations racistes» de la part de certains membres du gouvernement. Selon le vice-président de cette organisation, Bob Chamberlain, Jody Wilson-Raybould a été injustement traitée par Justin Trudeau.

    «Je veux vraiment que les Canadiens se souviennent du traitement réservé à cette femme qui est autochtone et qui a toutes les compétences et les prérequis pour être au poste de ministre de la Justice», a déclaré M. Chamberlain le 12 février dernier.

    Le 4 mars 2019, la présidente du Conseil de Trésor, Jane Philpott, démissionnait aussi de son poste. Elle a affirmé ne plus avoir assez confiance en son gouvernement et soutenir entièrement Mme Wilson-Raybould. Comme sa collègue qu'elle qualifie de «mère de la patrie», Mme Philpott a beaucoup à cœur la question amérindienne, ayant déjà occupé la fonction de ministre des Services aux Autochtones. Une coïncidence?

    Déception au sein même du gouvernement

    Dans ce dossier, l'année 2018 a été très difficile pour le gouvernement Trudeau: le Premier ministre a été accusé par plusieurs leaders autochtones de n'offrir que des symboles sans livrer la marchandise. Comme Amérindienne, il n'est pas impossible que Jody Wilson-Raybould se soit sentie trahie par son propre gouvernement. Trudeau est aussi décrié pour le rachat de l'oléoduc Trans Montain, dont l'expansion empiéterait sur des territoires autochtones en Colombie-Britannique. L'ex-ministre appartient d'ailleurs à une tribu de cette province occidentale.

    L'ingérence du Premier ministre dans l'affaire SNC-Lavalin demeure évidemment la principale cause de cette crise. Toutefois, d'autres éléments peuvent avoir empiré la situation, comme la mauvaise image du Québec entretenue dans les médias anglophones. La question des droits des Autochtones s'ajoute également à la liste.

     

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    Tags:
    peuples autochtones, oléoduc, corruption, Trans Montain, l'Union des chefs autochtones de la Colombie-Britannique (UBCIC), SNC-Lavalin, Carolyn Bennett, Bob Chamberlain, Michael Wernick, Jody Wilson-Raybould, Gerald Butts, Jane Philpott, Justin Trudeau, Canada
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