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    Dominique Auzias

    La Corée du Nord, «c’est comme visiter une centrale nucléaire»

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    Jean-Baptiste Mendès
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    Difficile pour Sputnik de résister à l’envie d’interroger le guide de voyage Petit Futé, qui publie ce mois-ci un nouvel opus consacré à la Corée du Nord, le premier consacré exclusivement à ce pays. Entretien avec le cofondateur de la collection, Dominique Auzias.

    — «Cette année, ça ne sera ni Punta Cana, Maurice ou Hawaii, non ma pauvre Lucette, on part cet été à Pyongyang.»
    — «Pour le travail?»
    — «Non pour le plaisir.»
    Mais quelle idée est passée par la tête du Petit Futé de publier un guide sur la Corée du Nord? Au fil des 200 pages, on apprend davantage sur l'histoire, la culture du pays le plus secret et le plus fermé de la planète que sur les choses à voir et à visiter. 16 hôtels et 13 restaurants, c'est dire le potentiel touristique et pourtant, les amateurs de voyages hors du commun ne devraient pas être déçus.

    Retrouvez l'entretien avec Dominique Auzias, cofondateur du Petit Futé

    Après 5.000 exemplaires vendus, un second tirage est déjà prévu pour le tout nouveau Petit Futé sur la Corée du Nord. Un pari réussi pour Dominique Auzias, qui explique la démarche de sa collection:

    «On a fait ce guide pas vraiment pour envoyer les touristes dans ce pays, mais c'est un pays dont tout le monde parle, qui attire l'intérêt de beaucoup de gens dans le monde, notamment depuis que Trump et Kim Jong-un se sont rapprochés et ont eu à deux reprises des entretiens. Beaucoup de gens rêvent de ce pays et il nous semblait important de pouvoir recueillir, dans un guide du Petit Futé, l'ensemble des informations "touristiques" […] sans apporter de jugements de valeur sur le régime, pour finalement satisfaire la curiosité des gens.»

    Oui, mais voilà, le document évoque régulièrement la propagande, le kwanliso, le bagne local, l'absence totale de libertés, est-ce réellement prudent de s'y rendre muni de ce guide? Il est fortement conseillé de télécharger la version numérique, car il sera probablement confisqué à l'entrée sur le territoire. Autre question pratique, est-il aisé d'arriver à Pyongyang depuis la France?

    «C'est très facile d'obtenir un visa. On peut passer directement par la Chine, […] par Pékin ou alors par la partie orientale de la Chine. Ensuite, on peut passer par la Russie, par Khabarovsk ou par Vladivostok, où il y a des liaisons qui se font directement.»

    Le voyage se fait exclusivement via des agences, on y trouve notamment HelloPyongyang, première agence française spécialisée. Mais ils ne seraient que 5.000 Occidentaux à s'y rendre chaque année, ce qui ne surprend guère vu les relations plus que fraîches avec les États-Unis et l'Europe. Globalement, le pays reçoit 100.000 touristes par an depuis quelques années, les Chinois et les Russes représenteraient les plus gros contingents. Comment expliquer la relative ouverture du royaume ermite envers les touristes?

    «Je ne sais pas s'il y a une ouverture de la Corée du Nord au tourisme si ce n'est qu'à plusieurs reprises, le régime a souhaité ouvrir le pays. Ça s'est ouvert, puis ça s'est refermé et c'est en fonction de la mouvance des relations diplomatiques et politiques, qu'entretient la Corée du Nord avec les autres pays du monde que ces ouvertures et ces fermetures se font, notamment avec la Corée du Sud. Moi, je suis allé il y a dix ans en Corée du Nord, il n'y avait pas beaucoup de monde, c'était un peu spartiate, mais le tourisme n'était pas vraiment ouvert, et puis après ça s'est refermé. Et depuis quelques années, ça semble se rouvrir avec une volonté du régime d'ouvrir et d'acquérir de nouveaux touristes.»

    ​Et dans l'hypothèse d'un réchauffement diplomatique à long terme, peut-on s'attendre à une augmentation des entrées? Dominique Auzias est plutôt circonspect quant à cette perspective, car les structures du pays ne sont absolument pas adaptées pour en accueillir davantage:

    «Gros inconvénient. Il n'y a pas d'infrastructures touristiques pour recevoir des touristes, il y a très peu d'hôtels, il y en a une quinzaine, et une vingtaine de restaurants dans tout le pays, qui peuvent recevoir des touristes. C'est assez mal organisé, les transferts sont très mal organisés.»

    Si toutefois vous vous lancez dans l'aventure, munissez-vous d'un confortable matelas de devises, l'usage de la carte bancaire restant plus que marginal dans le pays. Sur les cinq volets de l'industrie du tourisme cités par le cofondateur du Petit Futé, les liaisons, le logement, la restauration, les loisirs, seuls émergent les centres d'intérêt en Corée du Nord. Des monuments incroyables d'inspiration stalinienne, notamment les mausolées des deux premiers dirigeants, devenus un lieu de pèlerinage obligé:

    «Dedans, il y a son train blindé qui avait été offert par Staline, il est enterré avec son train blindé et sa bagnole Mercedes blindée, un peu surréaliste, nulle part au monde on ne voit ce genre de choses. Et il y a des trucs étonnants, il y a des salles de cadeaux.»

    Puis des sites naturels exceptionnels:

    «La Corée du Nord est entre la mer de Bohai, la mer chinoise, au sud de la Mandchourie et le Pacifique qui est froid. Et la mer de Bohai est plutôt une mer chaude. Et entre les deux, il y a cette péninsule coréenne où il y a des endroits montagneux assez élevés. Il y a des endroits vaporeux, assez idylliques, les Asiatiques aiment beaucoup ça, il y a des endroits en Chine comme Guilin par exemple, où vous avez ces espèces de pains de sucre avec des auréoles autour, on retrouve beaucoup ça.»

    Donc a priori, le voyage vaut le coup, on en part à coup sûr dépaysé. Mais quelles sont réellement les conditions de voyage pour les touristes?

    «La Corée du Nord est un pays très fermé et par principe, c'est comme si vous deviez visiter une centrale nucléaire, tout est interdit sauf ce qui est autorisé. En plus en Corée du Nord, on vous dit "tout est interdit sauf ce qui est autorisé et sauf ce qu'on veut bien vous montrer".»

    Le Petit Futé dresse une liste de choses assez étonnantes à ne pas faire. Notamment de ne pas toucher aux affiches, banderoles, images et photos des Kim. On se souvient du cas d'Otto Warmbier, étudiant américain, décédé après avoir passé dix-huit mois dans une prison nord-coréenne pour avoir volé une affiche de propagande. Autre chose interdite, ne pas plier un journal où figurent les Kim, il convient de les rouler. Impossible aussi de se déplacer seul. Les touristes sont toujours accompagnés par un guide, un interprète et un chauffeur. Impossible aussi de rentrer en contacter avec les locaux, sauf si vous l'avez demandé. Dans ce cas, des autochtones présélectionnés pourront échanger avec les étrangers.

    «Je me souviens à la campagne, j'étais sorti de l'hôtel et j'avais vu des paysans pas trop loin, et donc je m'étais rapproché d'eux avant que les guides et les gardiens accourent derrière moi, et je me suis aperçu que je faisais peur aux paysans. Ce qui est assez logique, parce que ça fait 50, 60 ans qu'on leur dit que les étrangers sont des gens qui sont malades, qui portent des tas de virus et de saloperies, qu'il ne faut pas s'approcher d'eux parce que sinon, on va attraper toutes ces maladies. Et deuxièmement qu'ils ont pauvres et méchants et qu'ils veulent couper la tête des Nord-Coréens, pour leur prendre leurs richesses, parce que les Nord-Coréens sont les gens les plus intelligents, les plus puissants, et les plus riches et ils vivent au paradis. Donc tous les étrangers veulent venir leur prendre le paradis.»

    Le coauteur du guide résume son expérience:

    «Quand je suis allé en Corée du Nord, j'ai eu deux moments de bonheur, c'est le jour où j'y suis arrivé et le jour où j'en suis parti.»

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    dictature, régime autoritaire, ingérence, géopolitique, diplomatie, tourisme, propagande, nucléaire, Guide du Routard, Lonely Planet, Donald Trump, Kim Jong-il, Kim Il-sung, Joseph Staline, Kim Jong-un, Mandchourie, Pyongyang, Vladivostok, Khabarovsk, Corée du Nord, Corée du Sud, Pékin, Chine, États-Unis, Russie
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