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    À Paris, la communauté russophone d’Ukraine appelle l’Europe au secours

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    La société civile russophone d’Ukraine, qui représente environ 20% de la population, s’inquiète du non-respect des droits de leur communauté minoritaire par le gouvernement de leur pays. Sputnik a assisté à une Table ronde qui s’est tenue sur le sujet à Paris.

    Le hasard fait parfois bien les choses. Une rencontre entre les représentants de la diaspora russe en France et en Ukraine a coïncidé avec l’annonce par Jean-Yves Le Drian d’une prochaine visite du Président ukrainien Volodymyr Zelensky à Paris. Le chef de la diplomatie française a souligné qu’il avait déjà analysé tout l’éventail des relations franco-ukrainiennes avec Volodymyr Zelensky. Ont-ils parlé de la situation de la langue russe, utilisée au quotidien par un pan important de la population du pays?

    Plusieurs représentants de la société civile ukrainienne ont fait le déplacement à Paris pour «informer [les Français, ndlr] sur la violation des droits de la population russophone en Ukraine ces cinq dernières années».

    «Ne vous étonnez pas du discours lisse et diplomatique de nos invités, a déclaré au début de la réunion l’hôte de cette rencontre, le président du Conseil de coordination des compatriotes russes en France, Gueorgui Chepelev. En Ukraine, ils subissent des pressions et des réunions comme la nôtre peuvent représenter un gage pour leur sécurité à leur retour.»

    Evguéni Baklanov, coordinateur du Conseil panukrainien des compatriotes russes, et Anton Kolessnikov, analyste de la Communauté culturelle nationale russe, ont décrit une situation très complexe quant à l’utilisation de la langue russe en tant que «langue minoritaire» en Ukraine, une situation qui ne cesse de se détériorer depuis plusieurs années.

    D’après les rapports présentés lors de la table ronde, après l’adoption le 25 avril dernier par le parlement ukrainien d’une loi visant à renforcer le poids de la langue ukrainienne dans la sphère publique et à réduire l’influence du russe, la situation de cette langue, toujours largement utilisée à travers le pays, ne risque pas de s’améliorer. Cette loi définit, entre autres, la liste des personnes qui sont obligées de parler ukrainien et de l’utiliser dans l’exercice de leurs fonctions officielles: les dirigeants du pays, les parlementaires, les juges et les procureurs, les employés de la Banque Nationale d’Ukraine, les huissiers, ainsi que les enseignants et les médecins des institutions publiques.

    Le Conseil panukrainien des compatriotes russes voit dans cette loi un pas de plus dans la restriction des droits de la population russophone et souligne que sa position dans cette question diffère de celle de Kiev:

    «Nous agissons dans le cadre d’une organisation publique, c’est-à-dire d’une institution de la société civile, alors que nous n’avons aucune relation avec les autorités et que nous ne coopérons pas avec elles à ce stade, mais nous tenons à notre propre position», a expliqué Evguéni Baklanov.

    Le thème de la rencontre choisi avec audace, «L’Ukraine et l’Union européenne: développement de la société civile, protection des droits de l’homme et des normes et pratiques juridiques européennes», a attiré de nombreux représentants d’associations, coordonnées par le Conseil français, présidé par Gueorgui Chepelev.

    «La langue russe a tendance à être presque complètement évincée de la vie quotidienne, du processus d’éducation dans les écoles et les instituts, bien que statistiquement, plus de 50% [de la population ukrainienne, ndlr] parlent russe et l’utilise dans la vie quotidienne», a déclaré M. Baklanov.

    La présence à la table ronde de Me Andrei Kadotchnikov, avocat et défenseur des droits de l’homme et de la sociologue Vitalina Butkalyuk ont donné un aspect très concret aux discussions, en citant des chiffres. Ils ont ainsi attiré l’attention sur le fait que, selon le dernier recensement de la population en Ukraine en 2001, environ 17% des citoyens, soit environ 8 millions de personnes, se considèrent comme Russes. L’information a par ailleurs présenté le 15 mai dernier au Haut-Commissaire de l’OSCE pour les minorités nationales, Lamberto Zannier, lors d’une réunion s’est tenue à Kiev entre les dirigeants de sociétés nationales russes et les associations de compatriotes russes d’Ukraine.

    En commentant la position du président Zelensky, nouvellement élu, sur la question de la langue russe, y compris sur celle de la «loi linguistique», Anton Kolessnikov l’a qualifiée d’«assez sobre, parfois critique, mais néanmoins pas tout à fait claire du point de vue de son application». Effectivement, après l’adoption de cette loi, le président Volodymyr Zelensky a déclaré «qu’elle devait être soigneusement étudiée».

    Pour Gueorgui Chepelev, la table ronde est importante, puisque la migration de l’Ukraine vers les pays européens, en particulier vers la France, ne cesse d’augmenter. «Nous espérons que la série de réunions commencée cette semaine nous permettra de discuter ouvertement des bases des projets qui serviront à résoudre ces problèmes et à construire une société plus solidaire, ouverte, prospère et pacifique», a-t-il ajouté.

     «Les Russes qui vivent en France ont souvent des origines ukrainiennes, des liens familiaux, des liens culturels en Ukraine, a souligné M. Chepelev. Par conséquent, ce qui se passe en Ukraine est très proche de nous.»

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    loi, Russes, communauté, langue russe, Ukraine
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