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    Un enfant à Beit Jinn

    Combattants «pacifiques», tourisme et fruits: avec les réfugiés syriens du Liban sur le plateau du Golan

    © Sputnik . Mikhail Alaeddine
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    Mikhaïl Alaeddine
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    Au début, le périple de Damas jusqu'au plateau du Golan inquiète légèrement, car la situation n'y est pas sûre, notamment pour ceux qui ont fui la guerre dans les pays voisins. Toutes ces craintes fondent comme neige au soleil quand on arrive au sommet du Hermon, dans le village de Beit Jinn, qui était il y a 18 mois un bastion des bandes armées.

    Les personnes qui vivent depuis quelques années dans le Sud du Liban et dans des camps de réfugiés de la plaine de la Bekaa, redoutent encore leur retour à la maison. Les collaborateurs des organisations internationales, notamment auprès de l'Onu, dissuadent ouvertement les Syriens de quitter le Liban et disent que la situation n'est pas sûre pour eux en Syrie, où ils pourraient subir la pression des autorités locales.

    Un correspondant de Sputnik a rencontré certains des rapatriés qui vivent depuis plus d'un an à Beit Jinn, des représentants de l'administration locale et des combattants qui ont accepté en 2017 de déposer les armes pour revenir à la vie pacifique tout en utilisant leur expérience militaire dans la lutte contre les terroristes au sein de l'armée syrienne.

    Vers le Liban

    A l'entrée de Beit Jinn nous attend déjà l'ancien chef de l'administration du village, Khaïssam Khammoudi. Nous avions rencontré cet homme souriant aux cheveux blancs il y a un peu plus d'un an de l'autre côté du plateau du Golan, à Chebaa, dans le Sud du Liban.

    Khaïssam Khammoudi avait fui à Chebaa avec sa famille et plusieurs centaines d'habitants de la ville en 2014.

    «De bonnes personnes sont venues me dire que les combattants voulaient m'arrêter. A neuf heures du matin, sans me presser, j'ai réuni la famille et, sans éveiller de soupçons, je me suis dirigé vers la gorge où se trouve un passage permettant de franchir illégalement la frontière. Au début du chemin nous avons rencontré d'autres réfugiés, plus de 200 personnes en tout, y compris des femmes et des enfants, et nous sommes partis dans la montagne. Trois heures plus tard nous avons été accueillis par des gardes-frontières libanais, qui m'ont porté secours. J'ai été évacué en ambulance», se souvient Khaïssam Khammoudi.

    Beit Jinn
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    La famille de l'ancien chef de l'administration, ainsi que tous les autres ont été accueillis et logés par les habitants des villages à Chebaa. Les habitants mettaient à disposition leur maison et les conditions maximales de vie, personne ne pensait qu'il faudrait rester au Liban pendant des années.

    Les villages frontaliers de la Syrie et du Liban dans la région du plateau du Golan ont des liens de parenté - des personnes portant les mêmes noms y vivent. Et les Libanais savent ce que sont les conséquences des guerres, ce que signifie devoir abandonner son foyer. En 2006, les Syriens avaient accueilli chez eux les Libanais qui fuyaient la guerre contre Israël, comme en 1979 et en 1982.

    Un paradis pour les touristes

    La région de Beit Jinn est connue partout en Syrie comme un endroit pour se reposer en famille l'été et fuir la chaleur des villes. Ce territoire situé à 1.500 m d'altitude parcouru par des ruisseaux de montagne accueillait, avant la guerre, en été et en automne, les visiteurs des provinces proches. De nombreux restaurants se trouvaient le long du cours d'eau. D'après les locaux, il était impossible de s'y garer le vendredi et le samedi.

    Beit Jinn
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    Les travaux de reconstruction battent leur plein aujourd'hui. Les propriétaires de restaurants installent déjà des chaises en plastique sur les terrasses. Un restaurant a même mis en route une fontaine et propose aux visiteurs de boire du thé et de fumer une chicha. En ville-même, le travail est encore plus intense. En 18 mois, avec le soutien de l'administration locale, il a été possible de reconstruire 10 écoles, qui ont déjà commencé à s'élargir avec le retour non seulement des habitants locaux, mais également des voisins des villages proches. Avant la guerre, Beit Jinn et Mazraat Beit Jinn comptabilisaient près de 12.000 habitants, aujourd'hui y vivent et travaillent entre 17.000 et 20.000 citoyens revenus du Liban voisin.

    «En 2019 nous pouvons déjà parler de saison touristique. L'activité du tourisme intérieur a déjà commencé. Le ministre du Tourisme est venu nous rendre visite il y a deux mois. Les propriétaires des restaurants reconstruisent leur propriété, et tout se déroule très bien. Nous espérons pouvoir tout reconstruire et préparer pour nos visiteurs d'ici la saison touristique 2020», note Imad Kabalian, un ami de Khaïssam Khammoudi, chef du conseil de la colonie Mazraat Beit Jinn.

    Beit Jinn
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    Ce dernier invite à visiter Mazraat Beit Jinn pour voir comment vivent ses habitants. Tôt dans la matinée, dans la rue centrale, les fermiers locaux vendent déjà les fruits qui viennent d'être cueillis. Des pêches couleur miel et des merises bordeaux sont très abondantes aujourd'hui.

    «La vie est stable chez nous, tout va bien. Toutes les histoires épouvantables qu'on nous racontait au Liban étaient des mensonges. Notre gouvernement nous a accueillis dignement, les autorités locales aident. Même quand il y avait des problèmes avec l'essence, on nous faisait venir du carburant pour labourer les champs, il y a l'électricité et l'eau potable. Nous reconstruisons progressivement les maisons, dans l'ensemble peu sont encore endommagées chez nous», déclare un vendeur de pêches revenu chez lui en 2018.

    Mieux vaut un petit chez soi qu'un grand chez les autres

    Au Liban, Khaïssam Khammoudi a été nommé doyen parmi ses concitoyens résidant avec lui à Chebaa. De plus, il avait un travail stable d'ingénieur du bâtiment.

    «J'avais plus de 500 familles avec moi, il n'en reste plus qu'environ 35, dont les documents se concrétisent pour leur retour. Évidemment, tout le monde n'est pas parti tout de suite car ils étaient effrayés par les fausses informations sur la situation en Syrie. Je suis parti à la maison avec ma famille dans le premier convoi. Les autorités libanaises nous avaient préparé tous les documents nécessaires, nous avons été très bien accueillis en Syrie. Elles nous ont aidés à nous installer et nous ont donné tout le nécessaire dans un premier temps. Puis nous avons contacté les habitants du village restés au Liban pour dire qu'ils étaient attendus à la maison et que tout allait bien, après quoi ont été organisés quatre autres convois de bus, puis d'autres, et à présent pratiquement tout le monde est revenu», explique Khaïssam Khammoudi.

    Selon lui, un certain pourcentage de Syriens préférera rester au Liban - ceux qui ont trouvé un bon travail ou ont intégré un programme scolaire. Les autorités libanaises et syriennes font tout de leur côté pour éventer ces histoires d'horreur sur les prisons et l'arbitraire en Syrie et pour garantir un retour digne des personnes déplacées.

    Un monde sans guerre

    Jusqu'à l'été 2017, Beit Jinn et ses environs étaient considérés comme le dernier bastion des bandes armées illégales. Cependant, le gouvernement a ordonné de créer des commissions de réconciliation et a donné la possibilité aux jeunes qui avaient pris les armes de revenir à la vie pacifique et d'apporter leur contribution à la lutte contre le terrorisme.

    Et c'est ce qui est arrivé. Les négociations ont convaincu les hommes barbus, assis à la même table que notre correspondant, qui ont cru aux autorités, ont déposé les armes et se sont engagés dans le régiment du Hermon, qui nettoyait avec l'armée le plateau du Golan des mercenaires étrangers combattant aux côtés des groupes terroristes Front al-Nosra et Daech.

    Beit Jinn
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    «Au début de la crise nous suivions les événements dans notre pays sur Al-Jazeera et Al-Arabiya, qui parlaient constamment de meurtres et de crimes. Ces communiqués nous ont déroutés. Le processus de réconciliation a commencé en janvier 2017. Nous avons rencontré Mme Kinan Hweidji (l'une des responsables de la commission de réconciliation), qui nous a expliqué comment tout se passait en réalité. Ensuite, nous avons laissé entrer les officiers syriens sur notre territoire, qui ont montré par leurs paroles et leurs actes que les médias déformaient la situation réelle, et qu'il était possible de revenir sous l'aile de la patrie sans effusion de sang», déclare l'ex-combattant Omar Abdel Azym, du village de Katana.

    Il a noté être actuellement responsable du régiment Hermon. «Ce sont des forces alliées de l'armée syrienne, subordonnées au commandement des forces armées. La réconciliation s'est complètement justifiée, personne n'a subi la pression de qui que ce soit», souligne-t-il.

    Actuellement, les combattants et les réfugiés revenus du Liban cohabitent, leurs femmes font les récoltes ensemble, tandis que les hommes reconstruisent l'infrastructure, les établissements médicaux et les maisons détruites pendant les combats. En raccompagnant les visiteurs, le «combattant» Omar et le chef de l'administration insistent pour revenir à Beit Jinn en octobre, quand dans le village chrétien voisin commencera le festival annuel consacré à la journée de Saint-Georges, qui est également attendue avec impatience par les musulmans de Beit Jinn.

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    Tags:
    Liban, réfugiés, Damas, Syrie, Hauteurs du Golan
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