Ecoutez Radio Sputnik
    Le navire Sea-Watch

    ONG et migrants: l’Italie, est-elle en proie à une «guerre hybride»?

    © AFP 2019 FEDERICO SCOPPA
    International
    URL courte
    3310
    S'abonner

    Le conflit opposant des ONG déclarant chercher à sauver le plus grand nombre de personnes en mer et le gouvernement d’Italie qui s’applique à enrayer le flux incontrôlé d'immigration clandestine ne cesse de s’aggraver. Le journaliste italien Giulio Virgi a livré à Sputnik sa vision de la situation.

    En décidant de relâcher Carola Rackete, la capitaine du navire Sea-Watch 3 qui a fait son entrée fin juin dans le port de Lampedusa et ce en dépit des ordres des services de sécurités italiens, le tribunal italien avait conduit à une répétition de la situation, en particulier avec les navires Alan Kurdi et Alex, a estimé dans un commentaire pour Sputnik le journaliste italien Giulio Virgi.  

    «Samedi dernier, la crise a atteint son comble lorsque le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, a réitéré la fermeture du port de Lampedusa, soulignant que les forces de l'ordre appliqueraient la loi et ne permettraient pas l'amarrage du navire Alex appartenant à des ONG italiennes. Quoi qu’il en soit, ce voilier a réussi à accoster sans difficulté. Cela signifie que l'interdiction du gouvernement s'est bel et bien effondrée, provoquant un tollé d'indignation au sein de la société italienne, qui n'a pas encore oublié à quel point les migrants ont librement pénétré dans le pays. Les gens ne comprennent pas pourquoi une telle "brèche" a été reconstituée», a raconté l’Italien.

    Rome prend des mesures

     

    M.Salvini et le gouvernement italien ont immédiatement réagi au défi, prévoyant des mesures encore plus complètes et sévères que celles introduites l'année dernière, explique-t-il.

    Et de préciser que les forces armées italiennes commenceraient désormais à suivre les bateaux de loin et prendraient des mesures pour les ramener au point de départ. Elles seront assistées par les gardes-côtes libyens, qui ont reçu 10 nouveaux navires. Parallèlement, lors de la mission de lutte contre le flux incontrôlé de migrants, à laquelle participent des unités militaires italiennes, des navires de la Marine et même des sous-marins peuvent être engagés et subordonnés au ministère de l'Intérieur et à un préfet spécialement désigné à cet effet.

    Provoquer une crise politique à Rome?

     

    «Aors que le gouvernement allemand s'apprête à prendre une série de mesures restrictives à l'encontre des migrants en situation irrégulière, le ministre allemand de l'Intérieur, Horst Seehofer, s'est prononcé en faveur de la levée de la politique de fermeture du port italien. Cette situation a surpris beaucoup de monde parce que Seehofer a longtemps été considéré comme sympathisant avec Salvini et partisan de la politique italienne de lutte contre les flux de migrants illégaux», a rappelé le journaliste.

    Il estime notamment que, compte tenu de la forte pression exercée par les ONG allemandes en Méditerranée, on peut supposer que cette «stratégie anti-italienne» bénéficie du soutien des cercles de pouvoir en République fédérale d'Allemagne.

    «Quant à ces ONG, nous constatons de leur part, une violation flagrante des lois de l'État italien […]. En fait, leur objectif n'est sans doute pas de transporter des personnes désespérées des centres d'accueil des migrants en Libye, mais de modifier les lois adoptées par le parlement italien pour limiter les flux d'immigration clandestine», a relevé le journaliste.

    Et de prévenir que cela pourrait avoir pour objectif de «provoquer une crise politique à Rome».

    «Après de féroces batailles aux élections européennes et lors de nominations à des postes de responsabilité dans l'UE, il ne serait pas exclu que de véritables méthodes de guerre hybride soient utilisées contre le gouvernement italien, qui implique ONG et migrants qui n’en seraient que des instruments qui ne soupçonnent même pas le rôle qui leur est réservé», a résumé l’interlocuteur de Sputnik.

    Tags:
    Méditerranée, ONG, Matteo Salvini, immigration, Italie
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik