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    Julian Assange

    Ex-Président équatorien à Sputnik: le lynchage médiatique d’Assange rappelle la campagne d’Irak

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    Arrestation de Julian Assange à Londres, 2019 (78)
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    Dans une interview accordée en exclusivité à Sputnik, l'ex-Président équatorien Rafael Correa a évoqué l’affaire Julian Assange, un «show» qui n’est qu’une «question géopolitique» et qui prouve le «deux poids deux mesures du monde occidental».

    L'ex-Président équatorien Rafael Correa a évoqué en exclusivité pour Sputnik le sort de Julian Assange sur fond des nouvelles révélations de la chaîne américaine CNN affirmant que le fondateur de WikiLeaks aurait fait de l’ambassade équatorienne à Londres un centre pour interférer sur les résultats de la présidentielle de 2016 aux États-Unis.

    «C’est une technique rodée. Comme lorsque les États-Unis ont voulu envahir l’Irak et que les médias, à commencer par CNN, ont lancé une campagne en déclarant que le pays détenait des bombes et des armes de destruction massive. Afin que même les gens honnêtes applaudissent l’invasion du pays et la guerre qui a fait plus de 100.000 morts rien que parmi les civils, sans compter les militaires. Mais plus tard nous avons appris que ce n’était qu’un mensonge. C’est la même chose pour Assange. C’est un lynchage médiatique, un spectacle visant à ce que, une fois qu’il sera extradé vers les États-Unis, il soit condamné à une peine démesurée qui serait saluée même par les gens honnêtes. C’est une stratégie bien rodée, un montage de médias.»

    L’ambassade comme «centre d’opérations»

    Il a affirmé que l’Équateur n’était pas au courant des activités d’Assange dans le renseignement, mais que ces activités n’étaient d’ailleurs pas prouvées dans l’article.

    «Ce n’est qu’un show […] Grâce à un montage, ils veulent prouver qu’il y a eu de l’espionnage depuis l’ambassade qui avait été transformée par Assange, en commun avec les Russes, en centre d’opération et que, en toute connaissance de cause, nous le défendions. Premièrement, ils ne l’ont pas prouvé. Deuxièmement, c’est un mensonge. Même s’il a existé [l’espionnage, ndlr], nous ne le savions pas et ne l’aurions jamais permis», a souligné l’ex-Président.

    Interrogé au sujet de l’ordre qu’il avait donné à son gouvernement de couper Internet à Julian Assange, Rafael Correa a affirmé que c’était sans rapport avec un présumé espionnage ou une éventuelle interférence sur la présidentielle aux États-Unis.

    «C’est parce qu’il publiait des informations portant préjudice aux candidats. Je ne sais pas comment il se l’est procurée. Mais il existe une énorme différence entre l’espionnage du Parti démocrate avec l’aide d’un pirate russe à l’ambassade d’Équateur à Londres et grâce à une connexion Internet à haut débit que nous lui accordions […]. Assange a été mis en garde plusieurs fois, mais il continuait de publier ses informations […]. Ce n’étaient pas des informations équilibrées sur Trump et Clinton, mais uniquement des données négatives sur Hillary Clinton. On ne pouvait l’accepter et j’ai ordonné de couper Internet à Assange le 17 octobre 2016, jusqu’à la présidentielle américaine le 8 novembre 2016», a expliqué Rafael Correa.

    Une question géopolitique

    Il a également exprimé son point de vue sur les tentatives d’accuser Moscou de tout ce qui touche à Assange. Ainsi, CNN évoque, par exemple, des visiteurs de Russie qui sont venus voir Assange à l’ambassade.

    «C’est une question géopolitique. J’ai eu hier une interview un peu tendue avec Patricia Ramos de CNN où […] elle tient pour fait prouvé que l’ambassade de Russie a participé à l’opération, mais c’est un mensonge. Elle a demandé […] pourquoi personne n’a fouillé les hackers qui y entraient? Mais si quelqu’un ne vous plaît pas, cela ne signifie pas qu’il est hacker. La présomption d’innocence est un droit de l’Homme […]. Mais ils ne le comprennent pas, ils se prennent pour les maîtres du monde. Il est évident que la mention de la Russie dans ces cas-là revêt un caractère géopolitique. Dans d’autres cas, ils citent la Chine», a-t-il fait remarquer.

    Un deux poids deux mesures

    Rafael Correa a projeté des conditions semblables dans un autre contexte.

    «Prenons maintenant une situation identique, mais avec un informaticien ou un pirate australien qui aurait trouvé refuge à l’ambassade britannique à Quito après avoir eu des informations confidentielles sur la Russie ou la Chine et découvert des crimes de guerre commis par ces pays. Imaginons qu’il ne serait pas sorti pendant sept ans. Ils auraient déjà commis une intrusion ou je me trompe? Et s’il était sorti, ils lui auraient érigé un monument à Washington ou à côté de Big Ben à Londres. Mais étant donné que c’est Assange, avec des informations sur les États-Unis, il faut l’écraser, ne pas lui accorder le refuge, presque le crucifier. C’est un deux poids deux mesures à l’échelle internationale.»

    Il a également rappelé la déclaration du ministre d'État britannique pour l'Europe et les Amériques, Alan Duncan, qui a récemment affirmé que Julian Assange ne serait pas extradé vers un pays où il pourrait risquer la peine de mort.

    «Souvent, c’est un jeu de mots […]. Non, il ne sera pas condamné à la peine capitale, mais s’il a la prison à vie ou une détention de 30 ans, ce sera une mesure injuste par rapport à ce qu’il a commis. Cela ne signifie pas que nous approuvons ses actes. Nous ne lui avons pas accordé asile parce que nous approuvions ce qu’il a fait. Je pense que n’importe quel pays doit avoir des informations confidentielles pour des raisons de sécurité, mais il ne doit quand même pas commettre de crimes de guerre, comme l’ont fait les États-Unis. Il s’est vu accorder l’asile parce qu’il n’avait aucune garantie – et il n’en a toujours pas – d’un procès adéquat.»

    Et l’Europe?

    Interrogé pour savoir s’il estimait que l’Europe était dans cette affaire, comme toujours, l’alliée des États-Unis, Rafael Correa a constaté que l’Union européenne avait aujourd’hui «davantage d’indépendance», mais que le XXIe siècle était marqué par «une double morale».

    «Je citerai un exemple, le même encore une fois. Si Assange avait dérobé des documents secrets chinois ou russes et avait trouvé refuge à l’ambassade britannique à Quito, ils seraient allés jusqu’à commettre une intrusion s’il ne s’était pas vu garantir la sortie dans un pays en sécurité et lui auraient érigé un monument en tant que héros de la liberté de parole. Et tant qu’existe cette double morale internationale, tant que la justice sert le plus fort, nous aurons à faire un long chemin jusqu’à une véritable société mondiale, une percée civilisationnelle. De ce point de vue-là, l’Europe a fait un pas en arrière.»

    Révélations de CNN

    CNN a affirmé dernièrement être en possession de documents prouvant l'implication de Julian Assange dans les révélations sur Hillary Clinton. Dans les mois qui ont précédé l'élection présidentielle de 2016, l'homme aurait transformé l'ambassade équatorienne de Londres, où il résidait comme réfugié politique, en «poste de commandement» avec une connexion Internet ultra rapide et le droit de rencontrer des hackers russes.

    Julian Assange, 48 ans, a été arrêté le 11 avril à l'ambassade d'Équateur à Londres, où il s’était réfugié depuis sept ans, dans la crainte d'une demande d'extradition de la part des États-Unis. Il a été condamné au début du mois de mai à près d'un an de prison par la justice britannique pour violation des termes de sa liberté conditionnelle lorsqu'il s'était réfugié à l'ambassade d'Équateur en 2012.

     

    Dossier:
    Arrestation de Julian Assange à Londres, 2019 (78)

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    Alan Duncan, Europe, Big Ben, Moscou, Londres, élection présidentielle, Hillary Clinton, Donald Trump, espionnage, CNN, droit international, ambassade, hackers, Russie, États-Unis, Equateur, Rafael Correa, WikiLeaks, Julian Assange
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