Ecoutez Radio Sputnik

    Une chapka chez les bigoudènes: Elena, la Russe accro au fest-noz

    © Sputnik . Elena Solovova
    International
    URL courte
    Par
    6431
    S'abonner

    Au Festival Interceltique de Lorient, Sputnik a rencontré une jeune pétersbourgeoise qui vient en Bretagne pour entrer dans la ronde des danseurs, puis faire venir les musiciens en Russie. Depuis dix ans, ce rendez-vous incontournable des amateurs de la culture celte est un plaisir pour elle et une façon de créer un lien vivant entre nos deux pays.

    La boum d’Écosse ou l’an dro, quand c’est joué par trois mille musiciens lors du triomphe des sonneurs, ça prend aux tripes… Mais ça enchante non seulement les «Celtes modernes» qui se sont réunis à Lorient depuis samedi dernier, mais aussi la pétersbourgeoise Elena Solovova, qui est une habituée du Festival Interceltique de Lorient (FIL) où elle se rend depuis bientôt dix ans. Cette designer graphique qui puise souvent son inspiration dans son amour pour la Bretagne, retrouve tous les ans sa première émotion d’un festival mythique.

    «L’Interceltique était le seul festival que connaissaient mes professeurs de danse, et j’y suis allée, raconte Elena. Ça a été un vrai choc pour moi. Je pensais que la danse traditionnelle en Bretagne c’était juste du folklore, au mieux, pour les démonstrations ʺtouristiquesʺ. Je m’attendais à une poignée de fans de danse, mais j’ai découvert que toute la ville danse. Et en plus, ces citadins dansaient mieux que moi, une ʺprofessionnelleʺ. Je ne m’attendais pas à une culture traditionnelle si vivante.»

    • Les Bzh-Matriochkas de Elena Solovova en Bretagne
      © Sputnik . Elena Solovova
    • «Je ne m’attendais pas à une culture traditionnelle si vivante,» confie à Sputnik Elena
      © Photo. Rina Hilvoren
    • A Saint-Pétersbourg, Elena Solovova anime un atelier de danse bretonne "Jivye Tantzy"
      © Sputnik . Elena Solovova
    • Si vous trouvez des coquillages peints sur une plage quibronnaise, Elena est passé par là
      © Sputnik . Elena Solovova
    1 / 4
    © Sputnik . Elena Solovova
    Les Bzh-Matriochkas de Elena Solovova en Bretagne

    Il est vrai, que comparé au festival L'Arbre de Mai de Vyborg qu’Elena connaissait bien, l’affluence à Lorient peut surprendre. Mais la route qu’Elena Solovova a parcouru jusqu’au FIL, bien que longue, suivait sa logique.

    Née en Carélie, dans ce «monde un peu à part en Russie», également «un peu différent de la Finlande», elle apprenait le carélien à l’école élémentaire et chantait des chansons en carélien. Puis, vers la fin du lycée, elle commence à sortir et découvre le folk-rock carélien, avec notamment le groupe Myllärit.

    «Là, brusquement, je suis ʺtombée dedansʺ. Lors des concerts, les groupes jouaient de la musique bretonne, celte, irlandaise, à l’époque on ne faisait pas de distinctions en Russie, et on dansait «en sautillant ʺà la River Danceʺ,» se souvient la jeune femme.

    © Sputnik . Aleksander Galperin
    «Sautiller» ne convient plus à Elena et elle profite de l’occasion lorsque le groupe carélien Skylark, après son passage à Saint-Pétersbourg, organise des masterclasses gratuites de danse. «C’est là que j’ai appris les bases de l’an dro et du kost ar c'hoat. Puis, je suis entrée dans une école de danse Humpty-Dumpty où les danses bretonnes m’ont paru les plus attrayantes,» détaille Elena. Après cinq ans de danses bretonnes, où elle est passée par tous les styles et a gravi tous les échelons de l’école –de simple danseuse à animatrice de cours–, Elena était sur le point d’abandonner, lassée par l’étroitesse du champ d’action. «Mais avant, j’ai voulu voir à quoi ça ressemble sur place, lors du Festival,» dit la jeune Russe. Bonne décision, puisque ça a donné un second souffle à son engouement pour la culture bretonne!

    «Je suis émerveillé devant ces gens [en Bretagne, ndlr] qui, au lieu d’aller au karaoké ou dans un bar, vont au fest-noz. Et ça reste leur besoin viscéral!» s’émerveille Elena.

    Les premières fois, elle découvre que parler anglais se révèle presque inutile et que les quelques phrases en français apprises phonétiquement «ou truver an ôtel» ne sont pas suffisantes. Il en faut plus pour décourager cette amatrice de complicité musicale bretonne qui s’est liée d’amitié avec beaucoup de personnes (et personnalités) qui parlaient anglais.

    «Le déclic, ça a été ma rencontre avec Gilles Servat, dit Elena, qui, en signant ses CD pour les fans, m’a dit ʺAlors, ma fille, on vient en France et on ne parle pas français? Comment ça se fait?ʺ Et je lui ai promis d’apprendre!»

    Chose promise, chose due. Un an et plusieurs mois de cours dans une école à Saint-Malo plus tard, Elena parle français. Il était temps, parce que son passage en Bretagne une fois par an ne lui suffit plus, elle veut faire venir les groupes bretons à Saint-Pétersbourg pour danser même «en basse saison» Le premier à venir, en 2012, est le musicien Yves Leblanc qui a fait par la suite plusieurs voyages en Russie et a enregistré son album «Dansez maintenant», avec Mazurka de Moscou et Valse de Nijni. En novembre dernier, Elena a coordonné la venue du duo Pichard/Vincendeau, vainqueurs du championnat de Bretagne de musique de Gourin, pour organiser un évènement inédit: «un concert à danser».

    «À chaque fois c’est un déchirement pour moi: rentrer à Saint-Pétersbourg tandis qu’en Bretagne les festou-noz d’automne commencent,» confie Elena Solovova.

    Mais maintenant, un petit bout de Bretagne reste toujours avec elle, puisqu’à côté de l’animation du club de danse bretonne à Saint-Pétersbourg, Elena s’est acheté un accordéon diatonique. Si la déclinaison «russe» de la danse bretonne vous intéresse, vous pourrez bientôt profiter d’un visa électronique afin de participer aux soirées organisées par Elena Solovova à Saint-Pétersbourg!

    Tags:
    valeurs traditionnelles, danse, Bretagne, Festival Interceltique de Lorient
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik