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    Justin Trudeau (archives photo)

    Scandale SNC-Lavalin: au Canada, le malheur des uns fait le bonheur des autres

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    Le couperet est donc tombé: Justin Trudeau a enfreint la loi canadienne sur les conflits d’intérêts. À l’approche du lancement de la campagne électorale, les partis d’opposition se réjouissent et entendent surfer sur les conclusions du rapport. Retour en détails sur une crise qui semble s’éterniser.

    Jamais les partis d’opposition n’auraient pu compter sur un meilleur allié que l’actuel commissaire fédéral aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mario Dion. À quelques semaines du début de la campagne fédérale, il s’agit pour eux d’une véritable aubaine.

    Le rapport de M. Dion est sans équivoque: le Premier ministre a outrepassé ses pouvoirs en s’ingérant dans les affaires de l’ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould. Justin Trudeau voulait éviter un procès à la célèbre firme SNC-Lavalin, notamment accusée de corruption en Libye. C’est en voulant faire conclure un accord de réparation entre les autorités et la firme qu’il aurait pu sauver le devenir de celle-ci:

    «La dernière tentative d’influence a eu lieu le 19 décembre 2018, durant une conversation entre Mme Wilson-Raybould et l’ancien greffier du Conseil privé, qui a insisté, au nom de M. Trudeau, qu’il fallait trouver une solution afin d’éviter les conséquences économiques qui adviendraient si SNC-Lavalin ne négociait pas un accord de réparation», écrit notamment le commissaire.

    Le principe même de la séparation des pouvoirs aurait donc été violé. Interviewé par Sputnik en mars dernier, l’avocat Guy Bertrand évoquait «un grave mélange de justice et de politique». Le commissaire Dion vient donner raison à ce célèbre constitutionnaliste québécois:

    «Les gestes posés pour favoriser ces intérêts étaient inappropriés parce qu’ils étaient contraires aux principes constitutionnels de l’indépendance du poursuivant et de la primauté du droit», est-il écrit à page 62 du document.

    Pour en venir à ces conclusions, le commissaire a dû montrer que les actions de Trudeau ne poursuivaient aucun autre but que celui de sauver la firme controversée:

    «La preuve recueillie a démontré que SNC-Lavalin avait un grand intérêt sur le plan économique à ce que les poursuites soient suspendues. Le Bureau du Conseil privé a compilé une liste des principaux contrats gouvernementaux accordés à l’entreprise. […] SNC-Lavalin joue un rôle important dans de grands projets d’infrastructure du gouvernement fédéral», peut-on aussi lire dans le document.

    Trudeau dit «accepter» les conclusions du rapport, mais ne les partage pas pour autant. Pour justifier ses interventions auprès de l’ex-ministre, Trudeau a évoqué sa volonté de protéger l’économie en sauvant des emplois. De fait, SNC-Lavalin fournit du travail à 3.000 personnes au Québec et à 50.000 autres ailleurs dans le monde. Si l’entreprise était reconnue coupable de corruption, ces emplois seraient probablement menacés.

    «Je ne peux pas m’excuser de m’être tenu debout pour les Canadiens. C’est ce que les Canadiens attendent de moi», a déclaré Trudeau lors d’un point de presse en Ontario, le 15 août dernier.

    Cet argument ne risque toutefois pas de satisfaire un certain électorat anglophone. Au contraire, dans l’Ouest canadien, Trudeau est accusé d’avoir sacrifié des milliers d’emplois liés à l’industrie pétrolière. Dans le Canada anglais, le scandale SNC-Lavalin est plutôt vu comme un signe de la «culture de la corruption» au Québec. Rappelons que SNC-Lavalin est une firme d’ingénierie québécoise basée à Montréal. Des anglophones reprochent à Trudeau d’avoir voulu protéger une firme corrompue au lieu d’aider l’industrie pétrolière affaiblie par de nouvelles mesures environnementales.

    D’ores et déjà, les conclusions du rapport profitent largement à Jody Wilson-Raybould. Si les partis d’opposition se réjouissent des déboires de Trudeau, la crédibilité de l’ex-ministre en sort renforcée, les conclusions du rapport rejoignant sensiblement sa propre version des faits. Compte tenu de sa popularité, la députée nouvellement indépendante pourrait même rebondir au sein d’une formation politique. Et qui sait, dans son ancien parti, celui même de Trudeau, advenant une défaite des libéraux à la prochaine élection?

    Jody Wilson-Raybould, grande gagnante de cette crise

    Le 20 septembre prochain, presque un mois exactement avant le scrutin, Mme Wilson-Raybould fera paraître un livre dans lequel elle risque de revenir sur cette crise. Intitulé "From Where I Stand: Rebuilding Indigenous Nations for a Stronger Canada", le livre porte essentiellement sur les droits des Autochtones, mais il serait étonnant qu’aucune partie ne soit consacrée à SNC-Lavalin. De nouvelles révélations sur l’affaire lui assureraient un succès de librairie.

    Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Justin Trudeau est épinglé par le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique. En 2017, le premier «rapport Trudeau» a établi que le Premier ministre avait violé une partie du Code des députés en séjournant gratuitement sur l’île privée de l’Agha Khan. Le commissariat a conclu que Trudeau n’aurait pas dû accepter de séjourner sur la propriété du chef spirituel des musulmans ismaéliens, qui gère une importante fondation.

     

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    Canada, corruption
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