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    Soldats israéliens

    «On peut craindre un embrasement» entre Israël et le Hezbollah

    © AP Photo / Sebastian Scheiner
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    Après des échanges de tirs nourris le 1er septembre entre Israël et le Hezbollah, à la frontière libano-israélienne, les tensions peuvent-elles déboucher à nouveau sur un conflit? Entretien avec François Costantini, spécialiste du Liban.

    Que s’est-il passé à Avivim, dans le nord d’Israël, dimanche dernier? Dans une vidéo diffusée sur la chaîne Al-Manar, le Hezbollah se félicitait de son attaque du 1er septembre contre un véhicule militaire israélien, au moyen de missiles antichars. Tel-Aviv a riposté dans la foulée en bombardant des secteurs boisés, provoquant quelques incendies. Pourtant, l’armée israélienne a déclaré peu après n’avoir subi aucune perte humaine. Elle aurait ainsi mis en scène des soldats blessés évacués par brancard. Une information confirmée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, indiquant que les tirs de l’organisation chiite n’avaient fait aucun blessé. Guerre psychologique ou stratégie de désescalade?

    En Israël, ce 3 septembre, la tension semblait être redescendue d’un cran. C’est moins le cas au Liban, où Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, affirmait à la télévision être prêt à frapper l’État hébreu. «Le message est clair: si vous attaquez, toutes les frontières, vos soldats, vos colonies, à la frontière, en profondeur [du territoire israélien, ndlr] ou en son cœur, pourront être menacés et ciblés» a-t-il assuré, se disant prêt à «confronter les drones israéliens dans le ciel du Liban».

    Pour en savoir davantage sur les enjeux de cette escalade, Sputnik a interrogé François Costantini, géopoliticien, ancien enseignant à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, auteur de Le Liban: Histoire et destin d’une exception, publié chez Perspectives Libres. En dressant les rapports de force dans chaque camp, celui-ci estime qu’un conflit similaire à 2006 est possible.

    Sputnik France: Faut-il craindre une guerre entre Israël et le Hezbollah, comme en 2006?

    François Costantini: «Hélas oui, il faut la craindre. On a toujours en tête le souvenir de l’été 2006: la tension monte et la situation est mauvaise dans la région. Il y a hélas un double agenda, un agenda iranien et un agenda israélien. Un étau qui se resserre sur l’Iran, la remise en cause de l’accord sur le nucléaire par l’Administration Trump et puis la tension dans le Golfe. Côté israélien, des élections qui vont suivre, la volonté de Benjamin Netanyahu de former un gouvernement majoritaire avec peut-être une montée de la stigmatisation venant de certains en Israël à l’égard du Hezbollah, dans la perspective des élections législatives d’octobre.»

    Sputnik France: Le Hezbollah est-il plus faible qu’en 2006, après son engagement en Syrie?

    François Costantini: «La situation n’est plus tout à fait la même. Que le Hezbollah ait une capacité de frappe, sûrement. Ils ont gardé des missiles, mais le Hezbollah a subi un certain nombre de pertes dans deux domaines différents. En Syrie, il a engagé énormément ses troupes d’élite, qui ont beaucoup donné pour la reconquête notamment de territoires face à l’État islamique* et aux groupes djihadistes.

    Ensuite, il y a un relatif assèchement des allocations, des versements qui sont donnés traditionnellement par l’Iran, du fait des difficultés que rencontre l’Iran. Le Hezbollah en a lui-même fait état, il peut donc beaucoup moins verser des allocations à des familles comme il le faisait auparavant. Sur le plan de la force de frappe, on ne peut pas dire que le Hezbollah soit sensiblement affaibli par rapport à 2006. Il le serait éventuellement, mais ça reste à démontrer dans le cadre d’une guerre terrestre, d’une véritable guérilla civile comme ça a été le cas en 2006. On ne peut pas dire pour autant de l’autre côté que les Israéliens ont retenu toutes les leçons de la guerre de 2006.»

    Sputnik France: Que voulez-vous dire?

    François Costantini: «Il y a eu le rapport Winograd, qui préconisait un changement radical dans la gestion de l’armée israélienne, remettant en cause un certain taux de féminisation, la discipline au sein de l’armée, jusqu’à la coupe de cheveux réglementaire, l’entraînement des soldats, le reformatage des troupes d’élite. On ne pense pas que là-dessus, l’armée israélienne ait beaucoup évolué.» 

    Sputnik France: L’État hébreu est-il réellement déterminé à s’engager dans une guerre?

    François Costantini: «Je ne suis pas dans la tête des officiels israéliens. Mais il y a des signes, qui disent qu’à la fois que Netanyahu et le chef de l’opposition ont lancé un avertissement au Hezbollah. Ce qui est à craindre également, c’est que dans l’esprit israélien, le Hezbollah est assimilé avec l’ensemble de l’État libanais. En effet, les Israéliens considéreraient une attaque du Hezbollah comme une attaque libanaise, ce qui ne recoupe pas la réalité. Et il serait à craindre qu’Israël, comme en 2006, porte ses ripostes sur l’ensemble du territoire libanais, des infrastructures notamment.»

    Sputnik France: Comment la Syrie et l’Iran soutiennent-ils le Hezbollah?

    François Costantini: «La Syrie, ça semble difficile, puisqu’aujourd’hui c’est plutôt le Hezbollah qui a aidé la Syrie à la reconquête de territoires. Symboliquement, la ville chrétienne araméenne de Maaloula a été reconquise par les unités du Hezbollah. Que la Syrie aide, ça paraît difficile. Bien sûr, l’Iran appuiera le Hezbollah, mais on ne sait pas comment, puisqu’on sait qu’Israël sera très vigilant sur les routes de communication, qui passent notamment par la Syrie, via l’Irak. On sait aujourd’hui que l’Irak est contrôlé par sa majorité chiite, plutôt bienveillante vis-à-vis de Téhéran, ils sont même dans l’orbite régionale de Téhéran. Néanmoins, il est à craindre que les Israéliens ne s’en prennent directement à la Syrie et à l’Iran. Ils s’en sont déjà pris à la Syrie, il est avéré qu’il y a eu des frappes israéliennes depuis plusieurs mois en Syrie, pour atteindre ce, qui selon les autorités israéliennes, seraient des positions du Hezbollah.» 

    Sputnik France: Comment voyez-vous la situation évoluer?

    François Costantini: «Ça semble difficile. On peut craindre un embrasement, d’autant que les possibilités de médiation apparaissent faibles aujourd’hui. Quels sont les pays qui pourraient faire cette médiation? La France, certains pays européens, on peut en douter. Le Conseil de sécurité de l’Onu s’était saisi de cette question à l’issue du conflit de 2006, avec la résolution 1701. Il faut craindre en effet l’escalade, sauf si d’un côté ou de l’autre, on s’accorderait sur une retenue. La situation est plutôt tendue et inquiétante.»

    ⃰Organisation terroriste interdite en Russie

    Tags:
    Beyrouth, Tel Aviv, conflit israélo-palestinien
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