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    Un grand orgue français va bientôt faire vibrer Moscou - reportage

    © Photo. Presse. La salle de concert Zariadié
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    À deux pas du Kremlin et de la place Rouge, une voix française va retentir, celle d’un imposant orgue alsacien, installé dans la salle de concert Zariadié. Les artisans français procèdent actuellement à l’harmonisation de l’orgue. Un travail qui va prendre six mois, jusqu’à l’inauguration de l’instrument, le 29 février 2020. Reportage.

    Pour faire vibrer les Moscovites, la salle Zariadié a un tuyau: un grand orgue français. Il est en cours d’installation dans cette salle de concert flambante neuve, inaugurée en septembre 2018, à l’occasion du 870e anniversaire de la ville de Moscou.

    Cette salle ultramoderne de 1.500 places est située au cœur du tout nouveau parc Zariadié, qui se déploie en plein centre-ville, face au Kremlin. Honoré par de nombreux prix prestigieux et nominé pour le marché international des professionnels de l’immobilier (MIPIM) en 2018. L’instrument français, conçu pour Moscou par l’entreprise alsacienne Muhleisen, sera le point d’orgue de cette salle, à tel point que le 29 février prochain, «un évènement spécial» est prévu à l’occasion de son inauguration.

    «Nous nous sommes adressés à différents spécialistes, allemands, espagnols, français, raconte à Sputnik Olga Joukova, la directrice générale de la salle Zariadié. Nous avons passé en revue différents orgues, mais nos acousticiens ont choisi celui-là, parce qu’il correspondait mieux aux paramètres de la salle Zariadié.»

    La manufacture d’orgues Muhleisen, installée à Eschau, près de Strasbourg, est une entreprise familiale. Ses douze salariés –ébénistes, facteurs d’orgues, harmonistes– font confiance à Patrick Armand, actuel directeur général, comme ils ont fait confiance à sa famille depuis 78 ans.

    «En France, il n’y a quasiment pas de création d’orgues neufs, déplore Patrick Armand, peut-être un ou deux par an. Il n’y a pas de budget pour cela. On s’occupe de l’entretien et de la restauration d’un grand patrimoine d’orgues historiques.»

    L’orgue de la salle Zariadié est l’un des plus grands instruments que la manufacture n’ait jamais construits. Il s’agit d’un orgue de forme «russe», avec deux rangées de 135 tuyaux visibles, qui épousent les courbes ondulées de la salle. Les quelques 5.737 tuyaux, de formes et de longueurs variées sont cachés dans un espace au-dessus de la scène, une console a quatre claviers (61 touches) et une console mobile a quatre claviers (32 touches) permettent de jouer un répertoire classique et moderne très varié.

    «[Pour l’installation, ndlr] c’était vraiment bien, l’architecte a laissé le volume nécessaire pour faire installer l’orgue correctement, assure Patrick Armand. Le projet de Moscou était très ouvert sur le design et allait dans un sens qui me convenait, l’intégration la plus poussée possible dans l’ambiance de la salle.»

    © Photo. Presse. La salle de concert Zariadié
    Patrick Armand, le concepteur de l’orgue pour la salle de concert Zariadié

    Une commande russe a surpris ce Meilleur ouvrier de France et occupe ses collaborateurs depuis plusieurs années. Mais Patrick Armand considère cette commande comme «une porte ouverte pour la reconnaissance en Russie», où la tradition de l’orgue n’est pas encore répandue. La salle Zariadié compte changer cette donne.

    «Chaque salle a son propre public. La nôtre est la plus moderne et je pense que nous intéressons plus la jeunesse que d’autres, souligne Olga Joukova. Elle est transformable et elle jouit d’une formidable acoustique. En plus, elle est inhabituelle dans sa configuration.»

    Le travail sur l’orgue s’est déroulé en trois temps: instrumental d’abord, pour déterminer le nombre de jeux, de tuyaux, avec le prix que cela suppose, puis une phase de négociations avec plusieurs aller-retour entre Moscou et Strasbourg. Enfin, Muhleisen a commencé à travailler avec l’architecte russe de la salle.

    «Nous nous entendons à merveille avec nos collègues français, confirme Olga Joukova. Notre collaboration a commencé bien en amont, avant qu’ils ne viennent à Moscou et ne montent dans nos locaux. Monsieur Patrick Armand, le concepteur de l’orgue et Daniel Kern, qui malheureusement, nous a quittés récemment, ont toujours étés en liaison avec nous.»

    Actuellement, les deux collaborateurs de la manufacture Muhleisen –Hermès Vernet, organiste, et Philippe Zussy, harmoniste et accordeur– sont en train de régler le timbre et la hauteur du son. Ils ont beau dire que l’orgue, «c’est très simple, ça marche sur le même principe qu’une flûte à bec», il suffit de se retrouver au cœur de l’instrument, au milieu d’une élégante forêt de tuyaux installés sur trois niveaux qui tendent vers les cieux, braves soldats au service d’Euterpe, la muse de la musique, pour comprendre l’aspect quasi divin de cet instrument.

    Il ne reste plus qu’à trouver un nom à l’orgue moscovite.

    «Je ne savais pas que cette tradition existait, cela ne se pratique pas en France, mais j’adhère à cette idée, puisque ça rend un caractère encore plus unique à cet instrument,» se réjouit Patrick Armand.

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