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En Irak, après quatre jours de violences, des dizaines de morts et des centaines de blessés, les contestations contre le gouvernement ne désenflent pas. Le pays risque-t-il de rebasculer dans un cycle de violences généralisées? Sputnik France a demandé à Karim Pakzad, spécialiste des questions de politique irakienne, de livrer son analyse.

Plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés en quelques jours: c’est le bilan des manifestations qui se tiennent à Bagdad et dans certaines villes des provinces du sud de l’Irak. Si les revendications ont commencé par des demandes d’amélioration des services publics, elles se sont vite élargies à la corruption voire, pour certaines, à l’influence trop importante de l’Iran sur la vie politique irakienne.

Selon Karim Pakzad, plusieurs éléments précis sont à prendre en compte pour expliquer ces manifestations: d’une part il y a un chômage massif des jeunes, «à un niveau comparable à celui que l’on peut observer en Tunisie par exemple». Cela fait qu’il y a énormément de jeunes qui n’ont pas de perspectives, qui accumulent les frustrations et qui ont du temps pour se rendre à des manifestations pouvant servir d’exutoire à ces frustrations. De plus, des pans entiers de la population n’ont accès ni à l’eau potable, ni à l’électricité, ou par intermittence. Les services de base que l’État est censé fournir ne sont pas assurés dans de nombreuses parties du pays, mais aussi à Bagdad même.

L’autre raison de ces violences, et c’est certainement la plus importante de toutes les frustrations qui motivent ces soulèvements populaires, c’est la corruption. Le pays est d’ailleurs classé par l’ONG Transparency Watch 12e pays le plus corrompu sur terre.

«L’Irak est un pays riche. Depuis que l’Iran n’arrive plus à exporter son pétrole à cause des sanctions, l’Irak est devenu le deuxième producteur de pétrole après l’Arabie saoudite dans la région. Mais le pays est tellement corrompu que la population ne voit jamais les fruits de cette richesse», indique Pakzad. Aussi, «l’Irak a été confronté depuis 2014 à des organisations terroristes et a été en guerre. De ce fait, les gouvernements irakiens ont consacré énormément d’argent à l’armée et à sa reconstitution après son quasi-anéantissement par l’État islamique. On parle de milliards qui sont investis dans du matériel au détriment de services publics basiques.»

Pourtant, l’Irak a connu, depuis l’élection de M. Abdel Mahdi au poste de Premier Ministre en octobre 2018, ce qui a certainement été l’année la plus calme en termes de violences, mais aussi en termes de mécontentement populaire.

«Il y a de ça deux ans, voir un an et demi, il y avait déjà eu des manifestations contre le manque de services publics et la vie chère, qui avaient beaucoup plus d’ampleur qu’aujourd’hui. Depuis l’investiture d’Abdel Mahdi, il y avait une forme de calme retrouvée jusqu’aux manifestations qui ont commencé cette semaine», explique Karim Pakzad.

Qu’est-ce qui explique cette accalmie? Selon notre expert, cela relève de la dimension politique qu’avaient les manifestions précédant les élections législatives de 2018. En effet, «ceux qui étaient à la tête des manifestations il y a plus d’un an sont entrés au gouvernement». Et ce, alors qu’ils faisaient partie des instigateurs des manifestations précédant les législatives de 2008. Les Irakiens ont donc accordé un certain répit au nouveau gouvernement et ils nourrissaient beaucoup d’espoirs en lui.

Néanmoins, alors que s’approche le premier anniversaire d’Abdel Mahdi à la tête de son gouvernement, les Irakiens, pour qui rien ne s’est arrangé, ont décidé de manifester à nouveau leur mécontentement. Des protestations aggravées par le sentiment d’avoir vécu une trahison d’un gouvernement en qui ils avaient placé leur confiance. De plus, nombreux sont les manifestants qui décrient une ingérence iranienne et défendent l’unité nationale, face à un Premier ministre qui n’a pas su se défaire cette influence.

Certains se posent d’ailleurs la question de voir le conflit se généraliser, notamment autour de lignes ethniques ou religieuses. C’est une thèse pour laquelle Karim Pakzad botte en touche :

«Je ne pense pas que ces manifestations, si violentes soient-elles, puissent se transformer en un conflit généralisé pour la simple raison que celui qui pourrait mettre de l’huile sur le feu, c’est Moqtada al-Sadr, figure chiite du nationalisme irakien, qui avait motivé les contestations il y a deux ans. Il fait désormais partie du gouvernement et a demandé à ceux qui veulent manifester de le faire via des «sit-in» pacifiques. Je ne pense pas non plus que l’on voie un conflit se généraliser autour de lignes ethniques car la grosse partie des manifestants est chiite et issue des provinces à majorité chiite. Aussi, les sunnites sont désormais intégralement inclus au gouvernement, ce qui limite fortement la possibilité d’un conflit ethnique», souligne notre expert.

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Tags:
sunnites, chiites, Irak
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