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    Ce que proposent (en cherchant bien) les partis canadiens en politique étrangère

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    Au Canada, la campagne électorale en cours porte surtout sur l’économie et l’environnement, ce qui laisse peu de place à la politique étrangère. Pourtant, le Canada entretient des relations difficiles avec la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite et la Russie. Les partis en lice ont-ils décidé d’ignorer la situation? Sputnik fait le point.

    La politique étrangère, grande oubliée de la campagne fédérale canadienne? C’est le constat d’observateurs comme Jocelyn Coulon. Dans un texte publié récemment dans La Presse, cet ex-conseiller de l’ancien ministre des Affaires étrangères canadien, Stéphane Dion (2016-2017), déplore l’absence de débat sur cette question dans la campagne. Selon lui, les deux grands partis dans la course, les Libéraux et les Conservateurs, ne font preuve «d’aucune réflexion de fond sur la place du Canada dans le monde».

    «La légèreté avec laquelle conservateurs et libéraux envisagent les relations du Canada avec le monde soulève un constat: il est dorénavant clair que les élites politiques canadiennes ont abandonné toute ambition de faire du Canada un acteur essentiel sur la scène internationale», tranchait Jocelyn Coulon le 4 octobre dernier.

    Les Libéraux récoltent actuellement 31% des intentions de vote alors que les Conservateurs en récoltent 32,5%. Le 21 octobre prochain, de nombreux Canadiens iront donc aux urnes sans connaître le programme des partis en matière de politique étrangère. Mais en ont-ils vraiment un?

    ​Vérification faite, la plateforme électorale des Libéraux ne contient aucun plan visant à améliorer ou maintenir la relation du Canada avec la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite ou la Russie, pays avec lesquels il entretient des relations difficiles. Les Libéraux ne précisent pas non plus s’ils souhaitent poursuivre le travail de Chrystia Freeland, l’actuelle ministre canadienne des Affaires étrangères. Le mandat de Mme Freeland a effectivement été marqué par le développement d’une approche jugée plus directe et moins pragmatique envers certains États. 

    ​L’approche de la nouvelle ministre a été critiquée, notamment lorsqu’elle a décidé d’accueillir la jeune réfugiée saoudienne, Rahaf Mohammed al-Qunun, qui disait fuir sa famille pour maltraitance. À la suite de l’événement, Riyad avait menacé Ottawa de représailles. Les relations sont toujours tendues entre les deux pays.

    Politique étrangère: silence radio dans le programme libéral

    Mettant l’accent sur l’importance du multilatéralisme et la volonté de maintenir la paix dans le monde –deux thèmes phares de la politique étrangère canadienne dans l’histoire–, le programme libéral entretient plutôt le flou sur les relations diplomatiques du Canada. Sans donner de détails, les Libéraux promettent toutefois de protéger la souveraineté du Canada en Arctique. Mais comment?

    «Pour poursuivre le travail important que les membres de nos forces armées ont accompli dans le cadre de missions essentielles partout dans le monde, nous renforcerons le rôle du Canada au sein d’organismes multilatéraux, comme l’Otan et l’Onu et nous veillerons à ce que nos forces armées aient tout ce dont elles ont besoin», peut-on notamment lire à la page 77 du document.

    La plateforme des Conservateurs contient des orientations beaucoup plus précises que celle des Libéraux, reprenant les derniers discours livrés par leur chef, Andrew Scheer, devant le Conseil des relations internationales de Montréal. Adoptant un ton très ferme envers la Chine, la Russie et l’Iran, le chef conservateur entend projeter l’image d’un leader fort capable de défier les grandes puissances mondiales.

    «Le Canada devrait s’engager avec le gouvernement chinois en gardant à l’esprit que nos valeurs et nos intérêts sont à bien des égards incompatibles avec ceux du gouvernement chinois. […] Plusieurs Canadiens ont vu la Chine comme une occasion de diversifier nos marchés d’exportation. Cependant, depuis quelques années, il est clair que l’approche de confrontation de la Chine envers le Canada et le monde occidental démocratique a changé cette vision», déclarait M. Scheer à l’été 2019.

    Fidèles à leur position traditionnelle, les Conservateurs s’engagent aussi à soutenir l’État d’Israël. Une position décriée par de nombreux mouvements pro-palestiniens au Canada. En janvier 2014, l’ancien Premier ministre conservateur, Stephen Harper (2006-2016), déclarait devant la Knesset que «critiquer Israël était antisémite», ce qui avait fait les manchettes dans plusieurs pays.

    «Il est décevant que le gouvernement actuel abandonne le soutien du Canada à Israël en s’abstenant à des votes clés aux Nations unies. Quand les frontières d’Israël sont attaquées par les terroristes du Hamas […], le Canada doit soutenir le droit d’Israël de se défendre», déclarait Andrew Scheer dans le même discours.

    Troisième dans les intentions de vote (16%), le Nouveau parti démocratique (NPD) se veut aussi évasif que son adversaire libéral dans son programme. Formation de gauche, le NPD dit toutefois vouloir adopter une approche ferme envers les États-Unis de Trump et favoriser la solution à deux États dans le conflit israélo-palestinien:

    «Nous tiendrons tête à Donald Trump et défendrons les gens ordinaires. […] Nous appuierons le désarmement nucléaire, nous réitérerons notre engagement envers le maintien de la paix, et nous veillerons à ce que les armes fabriquées au Canada n’alimentent pas les conflits et les violations des droits de la personne à l’étranger. Nous œuvrerons également en faveur d’une solution juste et durable à deux États entre Israël et la Palestine», est-il écrit dans la plateforme du parti sociodémocrate.

    Quatrième dans les intentions de vote (9,5%), le Parti vert du Canada propose aussi de miser sur le multilatéralisme, se disant «conscient que l’isolationnisme et le chauvinisme constituent un terrain glissant». Mesure importante, le Parti vert propose également «d’annuler les contrats visant à fournir des véhicules blindés à l’Arabie saoudite et interdire l’importation de pétrole saoudien».

    Dernier dans les intentions de vote (3%), le Parti populaire du Canada propose enfin d’améliorer la relation du Canada avec les États-Unis, son «principal partenaire commercial et de défense». Le chef du parti, Maxime Bernier, entend aussi retirer le Canada de «toutes les ententes sous l’égide de l’Onu, y compris le Pacte mondial sur les migrations et l’Accord de Paris sur les changements climatiques». Des propositions musclées qui tranchent avec celles des autres partis dans la course.

    La politique étrangère s’imposera-t-elle dans la campagne in extremis? Elle a maintenant moins d’une semaine pour le faire.

    Tags:
    élections, Québec, Canada
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