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    Les gens brûlent les photos de Francisco Franco

    Exhumation de Franco: «la page la plus sombre de l’histoire espagnole» est-elle tournée pour de bon? - photo

    © AP Photo / Emilio Morenatti
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    Le 20 novembre marquera les 44 ans de la mort de Francisco Franco. Et les victimes de sa dictature ne cessent d’exiger que justice soit rendue, soutenant que les crimes contre l’humanité ne sont pas amnistiables. Sputnik s’est entretenu avec l’un des survivants de cette période noire de l’histoire de l’Espagne.

    Le 24 octobre 2019, les restes du général Franco ont été exhumés de son mausolée du Valle de los Caídos («Vallée de ceux qui sont tombés») et transférés au cimetière de Mingorrubio, dans la banlieue nord de Madrid. Mais la lutte pour la justice se poursuit, déclare à Sputnik José Maria Galante, dit «Chato», qui a survécu aux poursuites du régime franquiste.

    «À ce jour, pas un seul arrêt de mort porté sous ce régime dictatorial, ni aucune exécution extrajudiciaire ni tortures auxquelles nous avons été soumis tout au long de ces quarante années n’ont été reconnus», raconte M.Galante qui a subi des tortures atroces à la prison du siège de la Direction générale de la sécurité (DGS), l'un des principaux centres de détention par lequel sont passés de nombreux opposants politiques pendant la dictature de Franco (1939-1975).

    «Le Silence des autres», documentaire réalisé par Almudena Carracedo et Robert Bahar sur la lutte menée par «Chato» et d’autres victimes de Franco, a remporté plus d’une vingtaine de récompenses nationales et internationales.

    «Chato» est aujourd’hui membre de l'association des victimes La Comuna qui a reçu des dizaines de plaintes contre les crimes de Franco, plaintes étudiées par la juge argentine Maria Servini, mais souvent ignorées par l’actuel gouvernement espagnol.

    «Notre problème est qu’il [le gouvernement, ndlr] croit que l’exhumation a tout résolu et que la page la plus sombre de l’histoire espagnole est tournée. Quoi qu’il en soit, il n’en est rien», explique José Maria Galante qui a été arrêté pour la première fois au début des années 1970 alors qu’il n’avait que vingt ans.
    Chato Galante a la salida de la cárcel
    © Photo. Chato Galante
    José Maria Galante au moment de sa première arrestation sous le régime de Franco

    Selon lui, on l’a arrêté plusieurs fois, et ce n'était pas de simples arrestations. Un jour, il s’est retrouvé entre les mains de l’inspecteur de police Antonio Gonzalez Pacheco, surnommé «Billy the Kid», célèbre tortionnaire du régime franquiste.

    «J’ai été torturé, y compris par "Billy the Kid" qui a par la suite été décoré tant par le franquisme que par le pouvoir démocratique. […] Une fois, j’ai été soumis à la torture pendant 14 jours d’affilée», se souvient José Maria Galante.

    Et de rappeler que dans la police politique franquiste, certains avaient été formés dans la police de l’Allemagne nazie.

    «Ceux qui nous torturaient avaient suivi la même formation que les tortionnaires en Amérique latine et dans d’autres parties du monde», affirme «Chato».

    Ce ne sont pas les tortures qu’il retient le plus, mais le rejet total des droits de l’Homme.

    «J’ai été finalement amnistié, sans qu’aucune des peines prononcées contre moi par des tribunaux répressifs spéciaux du régime fasciste en vertu des lois fascistes n’ait été annulée. […] Tel est notre système judiciaire actuel», rappelle le survivant.

    Enfin, il souligne qu’il reste encore des crimes pour lesquels personne n’a encore répondu, des crimes contre l’humanité. Il précise qu’il reste des témoins, des gens qui se battent et qui soutiennent que les crimes contre l’humanité ne sont pas amnistiables. Sans ces procès, la réconciliation nationale est impossible. Et en l’état actuel, la démocratie espagnole devient en quelque sorte otage de l’ancien régime dictatorial.

    «L’exhumation n’est que le premier pas, rien que le début», résume José Maria Galante.

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    Tags:
    dictature, victimes, Francisco Franco, Espagne
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