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La photographe Uldus Bakhtiozina n’a pas peur de transgresser les règles ni de s’attaquer aux images traditionnelles des contes populaires russes. Elle crée de belles princesses à l’âme trouble, à l’apparence faussement kitch et d’attendrissantes sorcières. L’artiste partage la vision de son univers avec Sputnik.

Les personnages de contes de fées que les Russes connaissent dès le berceau que l’on retrouve sur les photos d’Uldus Bakhtiozina sont bien différents de l’image d’Épinal que l’on sert aux enfants. Uldus confesse que le point de départ de son travail était «les lectures du soir avec sa maman», mais «à l’âge adulte, la dimension rituelle et païenne des contes populaires m’est apparue». L’historique des cultes ancestraux, des rituels de noces, de la face sombre des personnages traditionnels trouvent leur reflet dans les travaux de la photographe russe, qui insiste sur l’angle «ironique» de son approche.

«Je n’essaye pas de convaincre qui que ce soit qu’il s’agisse de la seule lecture possible de ces personnages familiers, assure Uldus Bakhtiozina. C’est ma vision créative, je recrée un contexte existentiel particulier pour chaque personnage».
© Photo. Uldus Bakhtiozina
La Princesse Grenouille, un personnage beau et inquiétant des contes revisités par l'artiste

Ainsi, l’un des personnages les plus cruels de l’imaginaire russe, Baba Yaga, nous apparaît-il triste et nostalgique sur ses photos, tandis que la Belle Vassalisa, l’objet de convoitise de tous les princes charmants, n’est pas aussi attirante que l’on pourrait s’y attendre. «Alors, si ces princesses russes peuvent se transformer à leur guise en grenouilles ou autres êtres malfaisants, peut-être leur âme n’est-elle pas aussi belle qu’on l’imagine?», s’interroge Uldus Bakhtiozina.

«Je ne crée pas de beautés classiques, puisque la réalité de chaque individu est tout autre. D’ailleurs, toute femme est aussi un peu sorcière», rit Uldus Bakhtiozina.
© Photo. Uldus Bakhtiozina
La série "Krasna Devitza" d'Uldus Bakhtiozina

Les personnages ensorcelants d’Uldus Bakhtiozina habitent dans un univers tout aussi dérangeant: des marais givrés, des brouillards roses, des eaux profondes et sombres ou des décors saupoudrés de fine poussière blanche, comme s’ils évoluaient dans des maisons contaminées par des vrillettes du bois. Sa série de 2014, «Krasna Devitza» (du russe «Une belle jeune fille») fait référence non seulement au jeu de mots entre «krasná» –rouge– et «krasíva» –belle–, mais aussi à la vie des belles Slaves, qui portaient une ceinture rouge jusqu’au mariage.

«Ces jeunes filles vivent une période où elles enchantent, elles charment, explique à Sputnik Uldus Bakhtiozina. En tant qu’artiste, je suis attirée par les profondeurs des personnages.»

Et ces profondeurs sont un point d’ancrage non seulement pour créer un personnage, mais pour choisir un modèle qui va l’incarner. «Je fais confiance à mon intuition. Initialement, je peux visuellement être frappée par quelqu’un, mais je dois également sentir une relation plus forte avec cette personne pour travailler, puisque»

«… le photographe travaille non seulement avec l’image, mais avec l’émotion qui émane du modèle, précise Uldus Bakhtiozina. La pauvreté d’un monde intérieur émergera dans le cliché. J’ai besoin que mon modèle puisse être sur la même longueur d’onde que moi.»
© Photo. Uldus Bakhtiozina
Une série "Les Rivières lactées" d'Uldus Bakhtiozina

À l’occasion du centenaire des révolutions de février et d’octobre dans l’Empire russe de 1917, le projet «Circus 17» devient pour l’artiste un nouveau regard sur les évènements et une métaphore de la politique dans son ensemble. «Utilisant les techniques de la tragédie grecque classique, de l’art rétrospectif et visionnaire, Uldus Bakhtiozina voit dans la révolution un spectacle de cirque traditionnel du début du XXe siècle, dans lequel les protagonistes sont une image métaphorique collective des principaux idéologues et des principaux acteurs de la révolution», précise le communiqué d’Anna Nova Art Gallery, qui a présenté le projet dans ses murs.

«Le créateur doit s’exprimer sur différents sujets, même s’ils sont difficiles pour la perception du spectateur. J’habite à Saint-Pétersbourg, étroitement lié à ces évènements révolutionnaires, dit Uldus Bakhtiozina. J’ai l’impression que nous payons toujours les pots cassés de ces années mouvementées. Ainsi dans mes photos, je l’exprime par une triste ironie.»
© Photo. Uldus Bakhtiozina
Les Princes de la série "RUSS LAND" d'Uldus Bakhtiozina

Uldus Bakhtiozina prépare pour décembre prochain l’ouverture d’une exposition d’autoportraits intitulée «Miss Future» dans la galerie SEEN à Anvers et en janvier 2020, une première à la Royal Opera House de Londres d’«Aisha et Abhaya», un conte de fées moderne, qui associe une projection à une chorégraphie de Rambert, la principale compagnie de danse contemporaine britannique.

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