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L’Agence mondiale antidopage a exclu la Russie de toute compétition sportive internationale, dont les JO, pendant quatre ans. Si elle ne la remet pas en cause, Véronique Lebar, présidente du Comité Éthique et Sport, trouve cette décision «sévère», prise pour des «motifs politiques» et surtout préjudiciable à une majorité de sportifs innocents.

Véronique Lebar est partagée. La présidente du Comité Éthique et Sport se rallie à l’avis que la sanction de l’Agence mondiale antidopage (AMA), excluant la Russie de toute compétition sportive internationale, dont les JO, a été prise «à cause du “dopage organisé” et parce que les instances sportives [russes, ndlr] n’ont pas joué le jeu au moment des enquêtes et des contrôles». Mais elle admet qu’«on n’est pas dupe, dans tous les pays, il y a du dopage».

Effectivement, l’AMA a pointé des manipulations de données du laboratoire antidopage de Moscou, que ses experts informatiques ont découvert dans les fichiers présentés par la Russie en janvier 2019. Depuis, les instances russes –qui admettent qu’il y a bien eu altération des données– et le concepteur du système du système de gestion de l’information du laboratoire utilisé en Russie s’accusent mutuellement de cette falsification. Et personne à date n’a pu prouver qui était l’auteur de cette malversation, même si la plupart des acteurs pointent du doigt les instances sportives russes.

Indirectement, Véronique Lebar confirme que l’absence de coopération et de transparence des partenaires institutionnels russes «n’a pas du tout plu à l’AMA» et que cette «sanction trop sévère» découle du fait que «le souci avec la Russie, c’est le dopage organisé –et on l’a prouvé– comme cela se faisait avant dans certains pays.»

Néanmoins, dans cette situation, Véronique Lebar pense en premier lieu aux sportifs. Elle suppose que «peut-être, une grande majorité de sportifs est contre ces pratiques. Et ils en subissent les conséquences». «C’est dramatique pour les sportifs, affirme la présidente du Comité. Certains ont fait des déclarations [publiques, ndlr], d’autres arrêtent leur carrière.»

«Comme ça arrive de plus en plus, les instances non-sportives ou les instances purement politiques –qui se fichent pas mal du sport et des sportifs– prennent des décisions, développe Véronique Lebar. In fine, ce sont toujours les sportifs qui en bénéficient (et pas souvent) ou en payent les pots cassés.»

Véronique Lebar est certaine que «pour les sportifs russes qui s’entraînent depuis des années, avec des enjeux sportifs hyper-importants, cette décision brise leur carrière et par conséquent le rêve d’une vie. C’est cataclysmique».

«Je dirais même que c’est encore plus cataclysmique entre les personnes responsables de ces conséquences et les sportifs», reformule Véronique Lebar, pointant du doigt les relations de plus en plus difficiles entre sportifs et institutions.

Le 10 décembre, lors de la conférence de presse à l’issue d’un sommet au Format Normandie, Vladimir Poutine a qualifié la décision de l’Agence mondiale antidopage envers la Russie de «politisée» et de «contraire à la Charte olympique», signalant que toute punition devait être individuelle et non collective. La présidente du Comité Éthique et Sport partage cet avis. Elle souligne que «faire du cas par cas, c’est la solution». Elle émet néanmoins un doute sur le traitement réservé aux sportifs, qui doit être fait «avec équité», compte tenu du fait que «l’AMA a eu du mal à obtenir la transparence.»

«La vrai solution, la plus juste, ce serait celle-là: faire du cas par cas. Mais la corruption ne rentrerait-elle pas alors en jeu?», s’interroge Véronique Lebar.

Dresser un état des lieux le plus précis possible des freins et obstacles à la lutte antidopage en France, dans l’optique de favoriser l’expression des sportifs honnêtes est l’un des objectifs du Comité Éthique et Sport présidé par Véronique Lebar. Par conséquent, les dernières décisions de l’Agence mondiale antidopage (AMA) à l’encontre de la Russie sont prises très à cœur par la présidente. Pour elle, «l’AMA impose une lourde sanction à la Russie. Mais tant qu’à faire, il y a d’autres pays». Et si «l’on essaye de lutter pour la transparence et contre la corruption, il faut le faire jusqu’au bout.» Pourquoi ne le fait-on pas?

«C’est évident, la politique prévaut sur le sport. C’est un vrai problème, estime Véronique Lebar. Dans certains pays, le sport est au service de la politique et il ne se suffit pas à lui-même, par sa beauté et ses performances.»

La Russie dispose d’un délai de 21 jours pour contester la décision de l’AMA devant le tribunal arbitral du sport (TAS), par l’agence nationale antidopage Rusada, le Comité olympique russe (ROC) ou toute fédération internationale qui serait concernée. Une tâche ardue, sachant que le Comité international olympique s’est déjà rangé du côté de l’AMA:

«Les représentants du mouvement olympique ont apporté leur soutien à cette décision unanime de la part du comité exécutif de l’AMA, qui correspond à la déclaration faite par la commission exécutive du CIO la semaine dernière et approuvée par le Sommet olympique», a commenté pour Sputnik le porte-parole du CIO.

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