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Mort du général iranien Soleimani (93)
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Allemands, Britanniques et Français pointent du doigt le «rôle négatif joué par l’Iran» et appellent Téhéran à respecter les accords de Vienne, dénoncés par les États-Unis. Suivisme des Européens ou main tendue à Trump, qui accentue ses menaces envers l’Iran et l’Irak? Analyse avec François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran.

Les chancelleries européennes semblent avoir accordés leurs violons depuis la frappe de drone américain, survenue ans la nuit du 2 au 3 janvier, qui a tué le général iranien Qassem Soleimani. Ce lundi 6 janvier, dans un communiqué conjoint, les chefs des exécutifs britannique, allemand et français pointent du doigt le rôle négatif joué par l’Iran dans la région et appellent Téhéran à ne pas contrevenir aux accords de Vienne.

Dimanche 5 janvier, Emmanuel Macron s’est entretenu avec Donld Trump, lui faisant part de «son entière solidarité avec nos alliés». Dans son communiqué, l’Élysée indique aussi que le Président de la République aurait «exprimé» au locataire de la Maison-Blanche «sa préoccupation concernant les activités déstabilisatrices de la force Al Qods sous l’autorité du général Qassem Soleimani». Une position cohérente avec le communiqué commun de Paris, Londres et Berlin, qui se disent «gravement préoccupés par le rôle négatif joué par l’Iran dans la région».

En revanche, elle tranche avec celle qu’il avait adoptée lors de son entretien le 3 janvier dernier avec Vladimir Poutine. Les deux chefs d’État avaient alors appelé «toutes les parties à la retenue», une recommandation que l’on trouve aussi dans le document des chancelleries européennes: «Nous appelons toutes les parties à agir avec retenue et responsabilité».

Samedi, Jean-Yves le Drian s’entretenait notamment avec son homologue allemand quant à la préservation de l’accord de Vienne, un point sur lequel il avait déjà échangé vendredi avec le secrétaire d’État Mike Pompeo.

«On place, en effet, la responsabilité première de la situation sur l’Iran et on lui demande, en pointillé, d’être raisonnable pour deux», réagit auprès de Sputnik François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran (2001-2005).

Pour autant, «rien d’étonnant» à ses yeux dans la «proximité» des textes, que relève également le diplomate: «c’est comme ça que l’on travaille, à partir d’une base commune on injecte les mêmes idées dans les différents entretiens que l’on a ou dans les différents communiqués que l’on produit». Le diplomate de carrière n’est pas non plus étonné de la position européenne, critique à l’encontre de la République islamique d’Iran dans cette crise qui risque d’embraser tout le Moyen-Orient,

«Les Européens, quand on voit la situation syrienne notamment, considèrent que l’Iran joue un rôle négatif. C’est une position constante, on ne peut pas s’étonner qu’ils la rappellent», souligne François Nicoullaud.

Pour ce dernier, plus qu’une éventuelle coordination des Occidentaux sous la bannière de l’Otan, il s’agit avant tout pour les Européens de «ne pas se couper des Américains» afin de «maintenir le dialogue» avec tous et d’aller à terme vers une désescalade, bien qu’il concède qu’

«Il y a effectivement, il faut bien le dire, une forme de censure entre Européens: on ne peut pas critiquer, on ne peut pas attaquer les États-Unis, mais il est vrai que dans cette circonstance cela ne servirait à rien d’émettre une critique à l’égard des États-Unis.»

Une ligne qui tranche avec celle de la Russie et de la Chine. Dans la foulée de l’attaque américaine, Moscou avait été la première capitale à réagir, en présentant ses «sincères condoléances au peuple iranien». Du côté de Pékin, on appelait «toutes les parties concernées» à la retenue, «en particulier États-Unis». Ces deux membres du Conseil de sécurité ont également vivement réagi lorsque Donald Trump a haussé le ton face aux Iraniens, menaçant de frapper 52 sites culturels (en référence aux 52 otages de la crise de l’ambassade américaine débutée en 1979) en cas de riposte de leur part à l’assassinat de leur général.

Pointer du doigt l’Iran pour apaiser les États-Unis, bien qu’un tel procédé «soit peu glorieux», cela permettrait de «joue [r] l’apaisement», selon François Nicoullaud.

«Il faut essayer de garder le contact avec tout le monde et effectivement, compte tenu de l’état d’excitation intellectuelle qui règne aux États-Unis, notamment chez Monsieur Trump, on n’a pas intérêt à émettre des propos qui seraient provocateurs», estime l’ancien ambassadeur français.

L’Iran coupable de la crise actuelle, l’avis est également partagé dans une partie de la presse, comme par exemple dans Le Point, où considérer que les États-Unis ont commis une faute serait, selon l’éditorial de Luc de Barochez, un «réflexe antiaméricain et anti-impérialiste» qui sévirait au sein d’une gauche européenne ayant tendance à se solidariser avec les Palestiniens et autres peuples «perçus comme les victimes des États-Unis et de leurs principaux alliés régionaux». Ainsi, percevoir les Iraniens comme des victimes serait une «vision» qui «épouse l’idéologie du régime iranien», selon cet ancien correspondant de l’AFP.

Même son de cloche du côté de l’ancien ambassadeur français aux États-Unis, Gérard Araud, qui s’était illustré en novembre 2016 pour avoir fait part de son opinion très tranchée quant au résultat de l’élection présidentielle américaine. Également dans Le Point, L’assassinat ciblé par les États-Unis du général Qassem Soleimani serait une «élimination qui, en elle-même, ne saurait susciter aucun regret», estime l’ex-diplomate: les Iraniens «comprennent maintenant leur erreur» pour avoir provoqué l’Oncle Sam… à 10.000 kilomètres de chez-lui.

Quoi qu’il en soit, pour l’heure, Donald Trump ne décolère pas. Après un vote au Parlement irakien, réuni dimanche en session extraordinaire, réclamant l’expulsion des troupes de la coalition internationale présentes en Irak sous commandement du Pentagone, le Président américain a menacé Bagdad de sanctions et Téhéran de représailles majeures.

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Boris Johnson, Angela Merkel, Emmanuel Macron, Iran
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