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Les tensions entre l’Iran et les États-Unis en Irak feront-elles le jeu de l’État islamique*? Pour Benjamin Blanchard, directeur général de SOS Chrétiens d’Orient, le nombre de djihadistes présents dans la région fait peser une menace de résurgence à ne pas sous-estimer. Entretien.

«Ce qui m'inquiète le plus, c'est la résurgence et la montée en puissance de l'EI* au cours de l'année, pas seulement dans le sud-est syrien mais aussi dans l'ouest de l'Irak», a déclaré à France 24 le roi Abdallah de Jordanie avant d’ajouter: «cela va devenir un problème pour Bagdad». Benjamin Blanchard, directeur général de l’ONG SOS Chrétiens d’Orient, qui est présente en Irak et en Syrie, mais aussi au Liban, en Égypte et en Jordanie, nous en dit plus.

Sputnik France: Peut-on dire que l’organisation État islamique* se réinstalle dans le Sud-est de la Syrie et dans l’Ouest irakien?

Benjamin Blanchard: «Il est trop tôt pour dire que l’EI* se réinstalle, par contre il est clair qu’il y a des risques, notamment avec les secousses en Irak, les montées de tensions entre l’Iran et les États-Unis, mais aussi les contestations à Bagdad contre le gouvernement fédéral irakien: avec l’affaiblissement des autorités irakiennes, il y a un risque de résurgence.

«Il est trop tôt pour dire que l’EI* se réinstalle, par contre il est clair qu’il y a des risques.»

Avec l’invasion turque dans le nord de la Syrie, on a parlé de libération de prisonniers membres de l’organisation État islamique*. On voit bien que les supplétifs turcs sont pour beaucoup d’anciens djihadistes. L’offensive à Idlib est stoppée, du fait d’un accord entre la Turquie et la Russie, et Idlib reste un nid à terroristes, sous protection turque. A l’inverse, il y a quelques bons signaux, notamment le retour de l’armée syrienne dans certaines villes du nord-est syrien.»

Sputnik France: comment expliquer cette résurgence, et plus globalement le fait que l’EI* attire encore des combattants ?

Benjamin Blanchard: «Le califat comme entité territoriale est vaincu, mais il reste beaucoup d’islamistes extrémistes sunnites. Que l’entité s’appelle Daech* ou autre, le problème reste entier. Au fond, ce n’est qu’une question d’étiquette, l’État islamique ou Al-Qaida*, ça n’a pas d’importance: le fait, c’est que des groupes terroristes sont actifs et peuvent se renforcer. On n’a parlé que de Daech*, parce que les autres furent parfois considérés par certains comme des «rebelles modérés», mais c’est la même chose, les djihadistes passent de l’un à l’autre sans état d’âme. Et d’un pays à l’autre: il n’y a pas de frontière surveillée, c’est un désert, ils peuvent se balader de l’un à l’autre.»

« Que l’entité s’appelle Daech* ou autre, le problème reste entier.»
This photo released on Friday, Oct. 9, 2015 by the French Army Communications Audiovisual office (ECPAD) shows a French army Rafale fighter jet on the tarmac of an undisclosed air base as part of France's Operation Chammal launched in September 2015 in support of the US-led coalition against Islamic State group
© AP Photo / French Air Force/ECPAD via AP
Rafale de l’armée française engagé dans l’opération Chammal, en Irak.

Sputnik France: l’Irak a demandé aux troupes de la coalition de partir, cela ne sera peut-être pas le cas, puisque Trump n’a pas l’air disposé à rapatrier ses GI’s. L’Irak peut-il se débrouiller face à Daech sans les troupes occidentales?

Benjamin Blanchard: «Je pense qu’il faut élargir la question: sans les occidentaux ou les supplétifs iraniens? Et là, rien n’est moins sûr. La coalition a apporté un soutien d’artillerie et d’aviation. Mais au sol il y avait également des troupes iraniennes ou encadrées par l’Iran. Il ne faut diminuer l’importance ni des uns ni des autres dans la victoire contre Daech.»

Sputnik France: le chaos ne semble pas cesser. Que faire?

Benjamin Blanchard: «la priorité des priorités c’est de renforcer la souveraineté de la République arabe syrienne et de l’Irak et non de la violer en permanence. La deuxième, c’est de soutenir leur économie, en levant les sanctions qui empêchent les pays de se développer et créent du ressentiment dans la population, qui nourrissent les plus extrémistes.»

«Les sanctions économiques créent du ressentiment dans la population, qui nourrissent les plus extrémistes.»

Sputnik France: SOS Chrétiens d’Orient est présent en Syrie et en Irak. La situation actuelle menace-t-elle vos activités?

Benjamin Blanchard: «en effet, en raison des troubles en Irak,  en application des recommandations du Consulat général de France à Erbil, nous avons décidé de limiter les zones d’intervention de nos volontaires, mais je ne peux pas en dire plus».

Sputnik France: pour des raisons de sécurité, nous comprenons bien. Merci pour vos réponses.

© Photo. SOS Chrétiens d'Orient
SOS Chrétiens d’Orient est une ONG française créée en 2013 et présente au Liban, en Syrie, en Irak, en Jordanie et en Egypte.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Benjamin Blanchard, Etat islamique
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