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Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne, était en déplacement en Iran le 3 février pour essayer de sauver ce qui peut encore l’être de l’accord sur le nucléaire iranien. Alors que les États-Unis et le Royaume-Uni se sont désolidarisés de cet accord, est-ce encore possible ? Sputnik a posé la question au spécialiste de l’Iran, Hervé Ghannad.

Le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, s’est rendu ce lundi 3 février en Iran. Différents sujets ont été abordés avec les diplomates iraniens, notamment les tensions avec les pays du Golfe, mais la question de l’accord sur le nucléaire iranien était le thème central de ces échanges.

Des discussions qui devaient être pour le moins compliquées, surtout pour la partie européenne. En effet, dans ce dossier, l’UE affiche sa bonne volonté, mais se retrouve en même temps pieds et poings liés par l’extraterritorialité du Droit américain. Une position gênante pour les Européens, dont l’économie est intimement imbriquée à l’économie américaine et au dollar, les empêchant, face aux menaces de sanctions, de faire des affaires avec l’Iran.

​Un dossier qui se complique encore plus depuis l’élection de Boris Johnson en Angleterre, qui a publiquement soutenu l’idée d’un nouveau « deal » conclu sous la supervision du Président américain. L’UE et les Iraniens sont donc les deux seuls parties à vouloir encore sauver l’accord conclu en 2015 sous l’égide de Barack Obama. Mais n’est-il pas trop tard pour cela ? Quelle influence peut avoir la diplomatie européenne dans cet effort ? Sputnik France a interrogé le professeur Hervé Ghannad, qui a réalisé une thèse sur la politique iranienne.

Sputnik France : Le chef de la diplomatie européenne s’est rendu le trois février en Iran pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être de l’accord sur le nucléaire. Pensez-vous que c’est possible ?

Hervé Ghannad : «Non. La raison principale est qu’aujourd’hui, le droit américain est devenu un droit souverain mondial, et c’est la force des Américains d’imposer leurs lois juridiques et économiques au reste du monde. Donald Trump est dans une logique hégémonique de ce point de vue. Dans la phrase « Make America Great Again », le Président américain dit qu’il veut rendre l’Amérique grande, mais ce qu’il faut comprendre c’est surtout qu’il veut la rendre hégémonique. De fait, l’extraterritorialité américaine a fait très mal à l’Iran, puisque pratiquement toutes les entreprises étrangères sont parties du pays.

Cela s’inscrit dans le cadre d’une volonté américaine de mettre au pas les Iraniens et d’empêcher les Européens d’initier un effort pour rétablir l’accord initial sur le nucléaire. Il y a là une lutte d’influence entre l’Europe et les États-Unis. De plus, en interne, de nombreux membres du parti Républicain souhaitent redonner à l’Iran l’étiquette d’axe du mal, ce qui n’a pas vocation à arranger les choses pour cet accord. Il est simplement en train de disparaître petit à petit.»

Sputnik France : Les Iraniens sont-ils aussi passé à autre chose concernant cet accord ?

Hervé Ghannad : «Il y a une lutte en interne entre conservateurs et modérés en Iran, et en ce moment, ce sont les conservateurs qui ont le vent en poupe, en particulier depuis la mort du général Soleimani et l’escalade des tensions avec les États-Unis. De plus, en échappant à cette contrainte nucléaire, les Iraniens s’assurent plus d’indépendance et d’autonomie. C’est une forme de contre-attaque face à la pression américaine qui peut s’avérer payante.»

Sputnik France : Pensez-vous qu’un autre accord est possible ? Que la stratégie de « pression maximale » des États-Unis peut faire craquer les Iraniens et les ramener à la table des négociations dans une position plus défavorable ?

Hervé Ghannad : «L’Iran est une vieille civilisation, qui a plusieurs millénaires. C’est un roseau qui plie, mais qui ne casse pas. Ils ont déjà résisté à des situations bien plus complexes dans leur histoire, et ce n’est pas la stratégie de pression maximale qui les fera plier. Preuve en est que même sous la pression de l’embargo, l’Iran a envoyé un satellite, appelé « Zafar », dans l’espace pour 18 mois. Ce n’est pas le genre d’opération qu’un pays handicapé économiquement peut réaliser.

Aussi, je pense qu’il s’en rend compte et qu’en cas de deuxième mandat, Donald Trump ne sera peut-être pas dans une logique de confrontation comme ça a été le cas jusqu’à présent. Il a déjà montré par le passé qu’il peut être très dur avec un adversaire pour au final discuter avec par la suite, comme avec la Chine par exemple. C’est le genre de stratégie de négociations dont il est adepte.»

Sputnik France : Dans ces conditions, pourquoi l’UE persiste-elle à tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien ?

Hervé Ghannad : «Je vois trois raisons pour lesquelles les Européens envoient leur chef de la diplomatie en Iran aujourd’hui. Premièrement, l’Europe est plus proche de l’Iran que les États-Unis. Au niveau économique et diplomatique, il y a toujours eu une relation plus privilégiée avec les Européens que les Américains. Deuxièmement, après le Brexit, l’Union européenne cherche à montrer qu’il existe encore une diplomatie européenne et ce ne sont pas seulement les nations d’Europe qui mènent leur diplomatie de leur côté. Et troisièmement, c’est un message envoyé aux États-Unis, pour leur dire qu’ils ont tort de ne pas discuter avec les Iraniens.»

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Union européenne (UE), Iran
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