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Le New York Times a publié une enquête poussée sur la misogynie ambiante au sein de Victoria’s Secret, une marque de lingerie renommée. Des dénonciations qui ternissent un peu plus l’image d’une marque déjà mise à mal depuis plusieurs années. Vers la fin d’une époque?

Ce sont des révélations-chocs que publie le New York Times sur l’une des marques de lingerie les plus emblématiques de tous les temps. Après avoir recueilli une trentaine de témoignages d’anciens employés, de mannequins et de responsables, deux noms sortent du lot: Ed Razek, ancien directeur marketing et Leslie Wexner, président de L Brands, propriétaire de la marque. Les deux hommes sont accusés de harcèlement sexuel et de sexisme.  

«Le plus alarmant pour moi, qui ai toujours été élevée comme une femme indépendante, c’est à quel point ce comportement était ancré. On a ri de ces abus et on les a acceptés comme étant normaux. C’était presque comme un lavage de cerveau. Et tous ceux qui ont essayé de faire quelque chose pour y remédier n’ont pas été ignorés. Ils étaient punis», a déclaré Casey Crowe Taylor, ancienne responsable des relations publiques de la marque, au New York Times.

Ed Razek, longtemps au sommet de la chaîne, est accusé de comportement inapproprié, essayant d’embrasser certains mannequins à maintes reprises, leur demandant de s’asseoir sur ses genoux, ou en touchant l’entrejambe de l’une d’elles lors du défilé de 2018, relate le journal américain. Cette même année, trois personnes présentes lors d’un essayage du mannequin Bella Hadid, rapportent les propos lancés à son encontre par l’ancien dirigeant: «Oublie la culotte» lui dit Ed Razek avant de se demander si la chaîne de télévision allait laisser Bella Hadid «défiler avec des nichons aussi parfaits.»

Certaines se sont plaintes et en ont subi les conséquences. Andi Muise, ancien «ange» (mannequin) pour la marque, assure au journal s’être fait écarter du défilé de 2008 après avoir refusé plusieurs fois les invitations à dîner de M. Razek. D’après des responsables, Leslie Wexner était parfaitement au courant du comportement de son associé. Mais il ne fit rien. Pire, il semblait le tolérer, puisqu’il a été entendu tenir des propos rabaissants envers les femmes.

© AP Photo / Andy Wong
Le mannequin Bella Hadid pendant le défilé Victoria’s Secret 2018 à Shanghai, Chine

Ces nombreux témoignages révèlent les dessous, pas si chic, de la marque de lingerie. L’an dernier déjà, le scandale qu’a engendré l’affaire Jeffrey Epstein, inculpé pour pédocriminalité et agressions sexuelles sur mineurs, avaient mis en lumière les liens entre M. Wexner et le criminel. Ce dernier, qui a géré la fortune du propriétaire de L Brands pendant plusieurs années, attirait certaines jeunes femmes en se faisant passer pour un recruteur de mannequins de Victoria’s Secret, explique le New York Times. Dégradant de fait l’image si glamour que la marque cultive depuis des années.

Suite à l’enquête du journal américain, le porte-parole de Leslie Wexner a refusé tout commentaire. Quand à Ed Razek, il a tenté de s’expliquer dans un courriel:

«Ces accusations sont catégoriquement fausses, mal interprétées ou prises hors contexte. J’ai eu la chance de travailler avec d’innombrables modèles de classe mondiale et des professionnels doués et je suis très fier du respect mutuel que nous avons les uns pour les autres.»

Quoi qu’il en soit, ces dénonciations ternissent un peu plus l’image de la marque, déjà mise à mal depuis quelques années, délaissée par une partie de la clientèle qui ne s’y identifie plus. Aujourd’hui, le bodypositivism est à la mode et l’idéal de beauté de Victoria’s Secret, avec ses mannequins «parfaits» et ses dessous pas assez «inclusifs» ne renvoie pas à la réalité des corps des femmes, tous différents. En décembre 2018, des femmes en sous-vêtements s’étaient rassemblées devant le magasin de la marque à Oxford en signe de protestation. 

Même si Victoria’s Secret reste leader sur le marché de la lingerie aux États-Unis, elle connaît un certain déclin. Son chiffre d’affaires a chuté de 5% en 2019, trente points de vente ont fermé leurs portes en 2018 et près d'une soixantaine en 2019. En 2015, la valorisation du groupe était à son zénith avec 29 milliards de dollars, l’année dernière elle n’en valait que six.

Depuis les années 80, Victoria Secret vit une «success story», sur fond de grands défilés coûtant des dizaines de millions de dollars et qui rassemblent des millions de personnes devant les écrans du monde entier. Pourtant, l’année dernière, le show a été annulé, plus de mannequins de renom en soutien-gorge et petite culotte qui lancent petit bisous et clins d’œil à la caméra, fini les strass et les paillettes.

La marque va-t-elle changer son idéal et revenir sur le devant de la scène ? Où va-t-elle continuer sa dégringolade, jusqu’à se brûler définitivement les ailes ?

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Tags:
sexisme, mode, mannequins, Bella Hadid, The New York Times
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