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L'histoire face à des menaces de révision (30)
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Les relations entre Varsovie et Moscou ont significativement divergé ces derniers temps dans la vision des événements de la Seconde Guerre mondiale. Le sénateur russe Alexeï Pouchkov livre son avis.

Les autorités polonaises accusent la Russie de réécrire l'histoire de la Seconde Guerre mondiale alors que Moscou estime que les Polonais veulent adapter l'histoire à la conjoncture politique actuelle, et que les pays de l'alliance occidentale tentent de remettre en question le statut de la Russie en tant que puissance-vainqueur dans la cette guerre sanglante.

Le sénateur russe Alexeï Pouchkov, président de la commission pour la politique de l'information du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe) a accepté de commenter ces differends pour Sputnik.

Alexeï Pouchkov: «Bien sûr, l'attention accordée aujourd'hui à l'histoire par la Russie, notamment à l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et à la période de l'avant-guerre, est due au fait que les pays de l'alliance occidentale tentent de remettre en question le statut de la Russie en tant que puissance-vainqueur dans la II Guerre mondiale.

Cela vient avant tout de la Pologne et des pays baltes. Le but de leurs actions est le suivant: en reconnaissant que la Russie assume la même responsabilité pour la Seconde Guerre mondiale que l'Allemagne nazie, alors elle n'a pas le droit moral d'être considérée comme une puissance-vainqueur. Autrement dit, ce n'est pas seulement une atteinte à l'image de la Russie, à l'histoire de la Russie ou aux positions historiques adoptées à ce jour. C'est une atteinte à tout le système mondial de l'après-guerre parce que la Russie est une puissance-vainqueur dans la Seconde Guerre mondiale, elle fait partie du Conseil de sécurité des Nations unies en tant que membre permanent ayant le droit de veto, au même titre que le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la France et la Chine – 5 puissances-vainqueurs dans la Seconde Guerre mondiale.

Vu qu'il est impossible d'attaquer ce fait directement, car c'est notre drapeau qui a été hissé au-dessus du Reichstag en mai 1945, ils tentent une approche via la période de l'avant-guerre. Et ils essaient de présenter les choses comme si la Seconde Guerre mondiale n'aurait pas commencé sans le fameux pacte germano-soviétique».

Sputnik: Ce n'est donc pas un débat historique?

Alexeï Pouchkov: «Je pense que c'est un débat politique. Il est directement lié à l'ordre mondial apparu après la Seconde Guerre mondiale. Et c'est la raison pour laquelle une telle importance est accordée à ce débat. Il n'implique pas simplement des historiens.

Des historiens occidentaux, polonais, européens et américains affirmaient auparavant également que le pacte de Molotov-Ribbentrop aurait donné le départ à la Seconde Guerre mondiale. Mais jusqu'à présent les dirigeants politiques et les chefs d'Etat n'y prenaient pas part. Or maintenant, le Président polonais Andrzej Duda, et il n'est pas le seul, fait ce genre de propagande. Il a été rejoint par le Président ukrainien Volodymyr Zelensky. C'est donc une atteinte à la position contemporaine de la Russie à travers l'histoire. Il faut chercher les racines de cette campagne. Et nous y réagissons et y réagirons. La période de l'avant-guerre est bien plus complexe et controversée que les adversaires de notre pays ne cherchent à la présenter. Et la responsabilité de la Pologne et de bien d'autres pays européens pour le déclenchement de la guerre est très grande».

Sputnik: Avez-vous remarqué que ce n'est pas dit par les participants de Yalta, par les pays-vainqueurs, mais par d'autres pays?

Alexeï Pouchkov: «Malheureusement, ils participent également à cette polémique. Le Président français Emmanuel Macron vient de déclarer qu'il constatait des tentatives de la Russie de rejeter sur le peuple polonais la responsabilité pour la Seconde Guerre mondiale…»

Sputnik: Oui, Macron l'a dit à Krakow à l'université Jagellonne de Cracovie…

Oui, mais c'est faux que la Russie tente de rejeter une partie de la responsabilité sur le peuple polonais. Nous ne rejetons cette responsabilité sur le peuple polonais.

Nous rejetons la responsabilité sur l'élite politique polonaise, sur l'élite polonaise qui dirigeait le pays dans les années 1930, qui a été la première à signer avec Hitler un pacte de non-agression en 1934, qui cherchait activement à devenir son allié, qui a participé avec Hitler au partage de la Tchécoslovaquie et qui a obtenu des acquisitions territoriales des accords de Munich quand la Tchécoslovaquie a été remise à Hitler. Cette élite polonaise – oui, nous la critiquons.

Le Président Poutine en a parlé quand il rappelait l'image morale et politique de certains responsables polonais de cette époque qui voulaient ériger un monument d'Hitler à Varsovie pour «le règlement définitif du problème juif en Pologne». Ce sont des faits historiques, et les Polonais ne peuvent rien y répondre et tentent de réduire tout au pacte germano-soviétique. D'ailleurs, Macron n'a pas dit que la Russie était responsable pour le début de la Seconde Guerre mondiale. Il a laissé entendre qu'il n'était pas d'accord avec les accusations visant la Pologne à laquelle incombe sa part de responsabilité. Or j'estime que c'est le cas.

La Pologne essayait de s'entendre avec l'Allemagne, rejetait tous les efforts pour créer un système de sécurité collective, a obtenu sa part de la Tchécoslovaquie après son partage. Certains responsables polonais songeaient aux actions conjointes avec l'Allemagne contre l'Union soviétique. Les dirigeants de pays responsables feraient donc mieux de s'abstenir de participer à cette polémique, surtout les dirigeants d'Etats qui participaient à la coalition antihitlérienne.

Car en sapant les piliers et les normes apparus dans la politique mondiale après la Seconde Guerre mondiale et basés sur la Victoire commune sur l'Allemagne hitlérienne, ils sapent en réalité leur propre position. Ce qui risque de provoquer la révision générale de l'ensemble du système de l'après-guerre».

Sputnik: Au final, la réécriture de l'histoire conduit au changement global de toutes les approches de l'après-guerre, de toutes les dispositions, de tous les statuts…

Alexeï Pouchkov: «C'est pourquoi je pense que les dirigeants de ces Etats doivent se tenir à la version validée par la Conférence de Potsdam et la Charte de l'Onu. Toutes les deux partaient du principe qu'il existe cinq puissances-vainqueurs qui possèdent une position particulière dans le monde de l'après-guerre, et c'est sur quoi repose le système du droit international contemporain.

Je pense qu'il serait judicieux pour les dirigeants de pays responsables de ne pas détruire ce système en faisant le feu de Varsovie, de Tallinn ou de Riga, mais de soutenir ce système. Il n'en existe pas d'autre. C'est sur les résultats de la Seconde Guerre mondiale que reposent l'Onu – la seule réunit tous les pays du monde, la seule qui, bien que symboliquement, contribue tout de même à la cause de stabilité et de maintien de la paix.»

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L'histoire face à des menaces de révision (30)

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Tags:
Alexeï Pouchkov, Armée rouge, Pologne, Seconde Guerre mondiale
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