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Propagation du coronavirus - mars 2020 (39)
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La France débute sa troisième semaine du confinement. En Russie, la quarantaine s'étend de Moscou au plusieurs régions. Gueorgui Chepelev, président du Conseil de coordination des compatriotes russes en France, commente pour Sputnik la nouvelle réalité qui en découle : changements sociétaux, aides à la population, niveau du système de soins.

Le même jour, mercredi 25 mars, Emmanuel Macron a prononcé une allocution télévisée depuis Mulhouse, alors que Vladimir Poutine s’adressait aux Russes pour parler des mesures supplémentaires qu’il comptait prendre dans la lutte contre le coronavirus.

Les deux pays ont mis en place un certain nombre de mesures similaires, comme le confinement. En Russie, un décret interdisant de quitter son domicile a été émis pour les habitants de Moscou et sa région, étendu ce 31 mars à 30 autres régions. Il limite à 100 m la distance d’éloignement de son domicile, notamment pour promener des animaux de compagnie. Les déplacements ponctuels sont autorisés pour les mêmes raisons qu’en France: fournitures de première nécessité ou visite chez le médecin. L’administration prévoit de mettre en place un «laissez-passer spécial», une sorte d'attestation, le temps de juguler l’épidémie.

Confinement et suivi à la trace

Même si on ne sait pas encore si les autorités russes prévoient d’appliquer des amendes pour la violation de ces règles, on sait déjà comment ils envisagent d’effectuer les contrôles. Aux 100.000 caméras qui surveillent déjà les confinés à l’aide du programme de reconnaissance faciale NtechLab, s’ajouteraient l’utilisation d’applications mobiles et de QR-codes, ainsi que la surveillance via le GPS des téléphones portables. Des méthodes appliquées en parti déjà en Chine, en Corée du Sud et envisagées en France

En cette période critique, aucun discours de chef d’État ne peut passer sous silence l’aspect social. Emmanuel Macron a parlé de solidarité et de fraternité, de la priorité de «l’intérêt collectif», s’est soucié «des plus vulnérables» et a appelé à une mobilisation générale en faveur des plus démunis. De même, l’une des mesures citées dès les premières lignes du discours de Vladimir Poutine a concerné les prestations sociales, qui étaient toutes renouvelées automatiquement pour six mois, sans avoir à déposer de requête officielle. L’administration moscovite a entrepris effort particulier: elle prévoit «une prime» de 4.000 roubles (46 euros) pour chaque retraité respectant le confinement. Un paiement forfaitaire de 19.500 roubles (226 euros) est également prévu pour chaque chômeur, une somme qui dépasse le minimum vital pour Moscou, fixé à 16.426 roubles (191 euros) et se situe au-dessus du salaire minimal en Russie (11.280 roubles, soit 131 euros)

Le destin des «groupes fragiles», thermomètre de la société

Gueorgui Chepelev, le président du Conseil de coordination des compatriotes russes en France, confirme ce point commun aux discours des Présidents russe et français: «la solidarité et le soutien à ceux qui ont souffert et souffriront de l’épidémie et de la crise économique qui s’ensuivra».

«Dans ce sens, le programme des autorités russes semble plus clair et vise plus directement à aider les citoyens, pas seulement les entreprises, tandis que dans le discours du Président Macron, l’accent a été mis sur l’aide aux petites et moyennes entreprises et aux entreprises dans leur ensemble», nuance Gueorgui Chepelev.

Par contre, il semble pour l’instant que le Président de la République «soit allé plus loin que son homologue russe [sur ce volet social, ndlr]», puisqu’il a mis l’accent sur les sans-abri. Mieux, Emmanuel Macron a déjà visité une structure d’accueil et a rencontré des assistants sociaux.

«Il ne s’agit pas seulement d’une mesure antiépidémique (les sans-abri sont un groupe à risque et un facteur de risque pour les autres), mais d’un message social fort: la République ne laissera pas les plus faibles en difficulté», souligne M. Chepelev.

Pour le représentant des expatriés russes en France, il est «malheureux» que ce problème n’ait pas encore été évoqué en Russie dans le cadre de lutte contre l’épidémie.

Quarantaine des personnes contre «quarantaine des libertés»

En France, qui devance la Russie dans le «calendrier» de l’épidémie de deux semaines, les stocks insuffisants d’équipements de protection et de soin demeurent l’un des problèmes récurrents depuis le début de l’épidémie.

«Le problème [des moyens de protection, ndlr] n’est pas encore résolu [en France, ndlr], malgré tous les efforts du gouvernement. Quelle est la situation en Russie?» s’interroge Gueorgui Chepelev.

Il semble persuadé «que les nouvelles cliniques comme la “Kommunarka” sont au niveau». Mais il s’inquiète de l’état de préparation et d’équipement «des installations médicales des petites villes et villages, qui ont déjà connu “l’optimisation” de la médecine». «Il serait judicieux de se demander si la médecine russe est prête à recevoir une vague de patients», s’inquiète Gueorgui Chepelev. Il soulève également une question pour la Russie, mais qui peut tout aussi bien se poser en France:

«Les mesures de quarantaine à Moscou divergent de celles mises en place en France, mais la société russe est-elle prête à “mettre en quarantaine ses libertés”, de mouvement, de consommation ou de communication», s’interroge M. Chepelev.

L’expert présage que «l’épidémie aura de graves conséquences pour nos sociétés»: «beaucoup perdront des êtres chers et des amis. Il y aura une grave crise économique avec une baisse de la production, la faillite de petites et moyennes entreprises, des licenciements massifs, la ruine de familles pauvres, la montée du chômage et des tensions sociales.»

En Russie, depuis début mars, le Cabinet des ministres a imposé l'interdiction d'exporter de Russie certains types de dispositifs et d’équipements médicaux, dont les masques, les blouses de laboratoire, ainsi que les produits antiviraux. Il existe néanmoins une «exception humanitaire»: on peut exporter ces produits pour fournir une assistance humanitaire internationale aux États étrangers sur la base des décisions du gouvernement russe, comme ce fut le cas avec l’Italie, par exemple.

«Être prêts pour la crise mondiale» avec la conscience du destin commun de l’humanité

«Être prêts pour la crise mondiale» est une priorité pour le président du Conseil des compatriotes russes en France. Cela ne représente pas seulement à ses yeux le fait de stocker et préparer les armes nécessaires à combattre l’épidémie, mais également de «comprendre comment nos sociétés et nous-mêmes devons changer pour survivre à cette crise avec le moins de pertes possible et de ne pas permettre la suivante.»

«Je ne doute pas que la société doive devenir plus solidaire en partageant équitablement ses revenus entre tous. La médecine, les médecins et la science dans son ensemble devraient jouer un rôle beaucoup plus important. Il ne devrait pas y avoir de médecine “à deux vitesses”– une payante de haute qualité et le minima gratuit», souligne Gueorgui Chepelev.

Comme beaucoup, l’expert regrette qu’à l’heure actuelle, chaque pays se batte pratiquement seul contre l’épidémie, et que «les efforts de la Chine, de Cuba, de la Russie pour aider d’autres États restent une exception à la règle». Il trouve «inacceptable» que la production de produits stratégiques, tels que les masques médicaux, par exemple, soit concentrée presque exclusivement en Chine, qui a été la première victime de l’épidémie, et qu’en conséquence, les pays européens, dont la France, se soient retrouvés sans la quantité nécessaire de moyens de protection.

«Le rôle de l'État devrait être nettement plus élevé, en soutenant les citoyens faibles et à faibles revenus. Il y en aura beaucoup plus désormais. Mais si l'État a plus de pouvoirs, cela signifie qu'il devrait devenir encore plus démocratique, transparent et contrôlé par la société civile» , conclut Gueorgui Chepelev.
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Conseil mondial de coordination des compatriotes russes, France, Russie, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19
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