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Au Mexique, les agressions se multiplient contre des membres du personnel de santé. Certains craignent qu’infirmières et médecins ne leur transmettent le Covid-19 dans la rue et les transports publics. Une infirmière d’un hôpital de l’État de Mexico décrit à Sputnik le climat de peur régnant parmi ses collègues. Entrevue.

Au Mexique, les membres du personnel hospitalier ne doivent pas seulement affronter le Covid-19, mais aussi des agresseurs qui les accusent de colporter le virus et de contaminer d’autres personnes.

Depuis le début de la crise, des médecins et infirmières ont été battus, volés ou déshabillés publiquement par des citoyens en colère dans plusieurs États du Mexique, deuxième économie d’Amérique latine après le Brésil. Certains membres du personnel hospitalier ont été victimes de tous ces mauvais traitements à la fois. Des infirmières ont aussi été aspergées de produits désinfectants dans les transports publics et une autre a été battue à mort le 2 avril, dans l’État de San Luis Potosí.

Covid-19: une infirmière battue à mort

Ces agressions surviennent alors que les autorités craignaient de nouvelles flambées de violence dans un contexte de récession économique dû au confinement. Le Mexique était déjà reconnu pour son très haut taux de féminicides et d’agressions envers les femmes, lesquelles représentent l’écrasante majorité du personnel hospitalier.

«Même si nous n’avons pas eu besoin d’un service médical, nous en aurons besoin, toujours, tout au long de notre vie. Le soutien d’une infirmière et d’un médecin est nécessaire. […] Nous devons toujours être, et maintenant plus que jamais, solidaires, fraternels, humains», a déclaré 13 avril Andrés Manuel López Obrador, le Président mexicain, alors que les journaux commençaient à faire état de la situation.

Pour faire le point sur cette situation qui soulève l’indignation, Sputnik s’est entretenu avec une infirmière de l’Hôpital général régional 72 de Tlalnepantla, dans l’État de Mexico, en lisière de la métropole. Ayant préféré garder l’anonymat, elle raconte avoir des collègues qui ont récemment été agressées en raison de leur profession.

«La semaine dernière, j’ai une amie qui a été attaquée près du travail par une femme et sa fille parce qu’elle était en tenue blanche d’infirmière. Elle était en train de parler au téléphone avec son conjoint lorsqu’elle a été frappée et projetée à terre. La seule chose qu’elle a pu faire a été d’informer en direct son conjoint qu’elle était présentement victime d’une agression», relate-t-elle à notre micro.

Si des médecins et infirmières sont attaqués, des infrastructures sanitaires sont également visées. Le 1er avril, des habitants d’une petite ville de l’État du Morelos ont menacé le 1er avril de brûler leur hôpital si des patients infectés par le Covid-19 y étaient accueillis. Une menace qui n’a pas été mise à exécution.

​Selon l’infirmière anonyme, les membres du personnel de santé ne peuvent compter sur le soutien des autorités lorsqu’ils sont attaqués et veulent porter plainte:

«Ma collègue s’est rendue au ministère Public [Procureur général de la République mexicaine, ndlr] pour déposer une plainte. On lui a dit que c’était impossible, car aucune arme n’avait été utilisée durant l’agression. Pour porter plainte, il aurait fallu que les agresseurs aient eu un couteau ou un pistolet. On lui a dit que si elle insistait pour porter plainte, elle serait accusée d’avoir troublé l’ordre public», s’indigne-t-elle.

La directrice des programmes d’infirmerie de l’Institut mexicain de la sécurité sociale (IMSS), Fabiana Zepeda Arias, est intervenue dans les médias à quelques reprises pour dénoncer la situation. Connue de la population sous le pseudonyme de «Jefa Fabiana», elle représente les infirmières de l’un des plus grands et importants réseaux d’hôpitaux publics du pays.

​Le 20 avril, la «cheffe Fabiana» a diffusé une vidéo où on la voit verser quelques larmes en dénonçant les agressions d’infirmières, à qui il est maintenant conseillé d’éviter de sortir dans la rue en uniforme. La vidéo est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux.

Méfiance et résistance chez les infirmières

«Nous ne sommes pas porteurs [du virus, ndlr] dans la rue et nous n’infecterons personne. Au contraire, nous prenons soin de vous», déclare notamment Mme Zepeda Arias dans sa vidéo. Malgré les appels à la raison, un climat de peur s’est installé parmi le personnel hospitalier, déplore l’infirmière interrogée par Sputnik:

«Nous avons toutes très peur. À l’hôpital, nous ne nous sentons pas appuyées. On nous demande d’acheter notre propre matériel. Nous devons acheter nos propres masques, sinon nous utilisons des masques qui ont déjà été utilisés. Nous n’avons pas le matériel adéquat et la morgue de l’hôpital est remplie à pleine capacité. Nous avons peur d’être attaquées et peur de contaminer des membres de notre famille», a-t-elle poursuivi.

Depuis le 15 avril, la Garde nationale –l’unité de police d’élite récemment créée par le Président López Obrador– assure la sécurité de la plupart des hôpitaux de l’Institut mexicain de la sécurité sociale. Le 18 avril, des ressources supplémentaires ont été allouées à la surveillance du réseau de l’IMSS.

Au soir du 26 avril, un peu moins de 15.000 cas d’infection avaient été recensés par Mexico pour l’ensemble du territoire mexicain. 1.351 personnes sont officiellement mortes de complications dues au Covid-19.

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Tags:
pandémie, infirmière, infirmier, Mexique, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19
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