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Depuis le début de la crise du coronavirus, l’État islamique* mène des assauts toujours plus violents et plus nombreux. En attestent les attaques extrêmement brutales menées ces derniers jours en Irak. Coïncidence? La spécialiste du Moyen-Orient Myriam Benraad livre son analyse à Sputnik.

Lorsque l’on coupe un ver de terre en deux, l’une des parties coupées meurt, mais l’autre va reconstituer tous les organes nécessaires à la vie du ver, et en peu de temps, cette amputation n’est plus qu’un lointain souvenir pour celui-ci. À bien des égards, l’organisation État islamique (EI)* semble suivre le même destin que le ver coupé en deux.

Présentée comme vaincue depuis la chute de Baghouz en mars 2019, l’organisation a pu se restructurer dans la clandestinité et recommence à harceler les forces en présence au Levant. Mais depuis deux mois, le groupe terroriste a mené des assauts de grande ampleur, et ce, même sur des cibles militaires préparées. Preuve en est, l’assaut qu’a mené Daech* dans la province de Salaheddine, à 180 km au nord de Bagdad le 2 mai et qui a fait 10 morts dans une unité de paramilitaires intégré aux forces régulières irakiennes. Citons encore l’attentat suicide à Kirkouk, deux jours plus tôt.

​En avril dernier déjà, l’État islamique* avait revendiqué plusieurs attaques dans le désert de la province de Homs, où les djihadistes ont attaqué des positions du régime syrien, mais également des positions des forces démocratiques syriennes, au nord-est de la Syrie.

Le 9 avril par exemple, un convoi de l’armée syrienne et plusieurs postes militaires avaient été pris d’assaut dans le désert de la province de Homs: 18 soldats de l’armée sont morts. Cela avait entraîné des frappes de l’aviation russe sur des positions de l’EI*.

La crise sanitaire aux service des terroristes ?

Ces assauts attestent d’une capacité recouvrée de Daech* à mener des opérations de grande ampleur sur des cibles militaires. Une situation qui inquiète aussi bien les pays de la région que la communauté internationale, encore empêtrée dans la crise du Covid-19, car elle constitue une fenêtre d’opportunité que le groupe compte bien utiliser. C’est ce qu’explique au micro de Sputnik France Myriam Benraad, chercheuse associée à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) et spécialiste du Moyen-Orient.

«L’EI* va nécessairement profiter du détournement de l’attention vers la crise sanitaire pour essayer de maximiser sa reprise en main d’un certain nombre de territoires. Le contexte actuel de déliquescence des États de la Syrie et de l’Irak, de crise du coronavirus, de retrait de forces étrangères, crée également des failles qui sont stratégiquement exploitées par Daech*.»

En effet, cette crise sanitaire que les États doivent gérer vient s’ajouter à toutes celles qui frappent déjà le Levant. En Irak par exemple, depuis la fin du califat, nombre de ces attaques ont lieu dans la province de Diyala, près de la frontière avec l’Iran. Cette province à majorité sunnite est complètement délaissée par Bagdad, qui, en termes de services publics, ne s’occupe que des grandes villes. Un terreau fertile pour l’EI*, qui voit dans ce type de région laissée à l’abandon des aubaines stratégiques et symboliques, explique Myriam Benraad:

«Le coronavirus peut donc tout à fait devenir une ligne du narratif de Daech* dans lequel celui-ci aurait des solutions là où l’État central n’en a pas.»

Néanmoins, la chercheuse tend à tempérer la notion de résurgence, au moins dans sa chronologie. En effet, si les embuscades ont récemment été plus nombreuses et plus intenses, cela correspond à des épisodes passagers. Cette stratégie de harcèlement a commencé le jour où Baghouz est tombé et ne s’est jamais arrêtée, elle a juste pris de l’ampleur.

Une résurgence que l’Occident préfère mettre sous le tapis

En l’état actuel des choses, l’État islamique* n’a en aucun cas les moyens, et probablement pas l’ambition immédiate, de restructurer un califat du type de celui constitué à Mossoul en 2014.

«Cette résurgence a lieu depuis deux ans. Elle connaît des pics spectaculaires d’attaques, comme on le voit lors de la dernière attaque de Daech* en Irak ce 2 mai, mais les combattants sont là, se réorganisent et lancent des assauts. La coalition et l’État irakien passent largement ces informations sous silence, mais elles sont bien réelles.»

En effet, la coalition et ses alliés, qui s’étaient (auto) proclamés en grande pompe vainqueurs dans leur lutte contre Daech*, redoutent que l’opinion internationale se fasse à l’idée que le groupe connaît une résurgence.

Pourtant, des centaines de combattants de l’armée syrienne sont morts après s’être battus contre les forces de l’État islamique* dans le désert syrien depuis le 24 mars 2019, selon certaines sources. Si ces chiffres sont difficilement vérifiables, il n’en demeure pas moins vrai que des combats ont lieu régulièrement à échelles différentes, et qu’ils sont meurtriers.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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