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Couvert par la tempête médiatique du coronavirus, Israël renforce sa campagne de bombardement des éléments iraniens en Syrie. Au point de convaincre Assad que l’Iran est un fardeau pour son pays? Gil Mihaely, fin connaisseur de la géopolitique israélienne, analyse au micro de Sputnik la stratégie de Tel-Aviv en Syrie.

Alors que l’attention du monde est tournée vers le Covid-19, Israël avance, sans faire de bruit, ses pions au Moyen-Orient. Depuis 2012, l’État hébreu bombarde à intervalles réguliers des cibles du Hezbollah et des cibles iraniennes en Syrie. Mais récemment, ces frappes ont augmenté en intensité et en fréquence.

​Une campagne que la défense israélienne a d’ailleurs présentée comme une victoire sur l’ennemi héréditaire iranien. Le Times of Israël titrait même le 5 mai: «Défense: l’Iran se retire de Syrie sous les coups de boutoir d’Israël».

«L’Iran est devenu un fardeau. C’était auparavant un actif pour les Syriens, ils [les Iraniens, ndlr] ont aidé Assad contre Daech*, mais ils sont devenus un fardeau», a martelé le ministre israélien de la Défense lors de son interview à la chaîne israélienne Kan 11.

Pourtant, la réalité –comme bien souvent en temps de guerre– est bien plus complexe, explique au micro de Sputnik Gil Mihaely, directeur de la publication des revues Causeur et Conflits, qui commente régulièrement la politique et la géopolitique israélienne dans les médias. Selon lui, ce triomphalisme est avant tout une stratégie de politique intérieure:

«En Israël, c’est uniquement la presse de droite qui parle d’une victoire sur l’Iran en Syrie. Les médias du centre et de la gauche n’en parlent pas. Les analystes les plus sérieux sur ces questions sont beaucoup plus prudents.
Aussi, l’actuel ministre de la Défense, Naftali Bennett, proche de la droite nationaliste, va bientôt quitter son poste. C’est lui qui a briefé la presse dans l’espoir que cela améliore son image et qu’il soit vu comme celui qui a vaincu l’Iran en Syrie.»  

Beaucoup de bruit pour pas grand-chose, donc? Pas sûr non plus. Là aussi, les choses sont plus complexes. Ces frappes, qui ne sont pas nouvelles, mais plus intenses et plus régulières qu’avant, obéissent tout de même à une logique qui pourrait permettre à Israël d’atteindre ses objectifs en Syrie.

«Tsahal essaye d’empêcher deux choses à tout prix en Syrie: l’une étant que le Hezbollah n’acquière pas de missiles de haute précision fournis par l’Iran via la Syrie, ce qui permettrait de frapper des centres urbains et des installations militaires en Israël.
L’autre consiste à éviter à tout prix le transfert de technologie qui permettrait au Hezbollah de construire ses propres missiles de haute précision. Le but étant que le Hezbollah ne puisse ni acheter ni acquérir le savoir pour obtenir ces missiles», indique Gil Mihaely.

Preuve en est, la frappe aérienne qui a eu lieu le 4 mai sur un centre de recherche au sud-est d’Alep. Ce centre, selon Gil Mihaely, est mis à la disposition des forces hostiles à Israël pour permettre justement ce transfert de technologie, bien qu’officiellement rien ne le confirme.

Stratégie israélienne

Si des vies et du matériel sont détruits régulièrement par ces frappes, rien n’indique pourtant que l’Iran est en train de battre en retraite en Syrie.

«L’Iran a d’ailleurs atteint ses deux objectifs majeurs en Syrie, à savoir maintenir Assad au pouvoir et renforcer le Hezbollah au Liban, à travers la Syrie», souligne le directeur de la publication de la revue Conflits.

Tel-Aviv espère donc à tout prix semer l’idée que pour la Syrie, l’appui iranien est surtout un fardeau. C’est l’essence de la ligne de conduite d’Israël, qui ne souhaite pas intervenir militairement en Syrie au-delà de quelques frappes aériennes.

«La stratégie israélienne est d’éliminer physiquement les dangereux éléments iraniens en Syrie, mais il y a aussi un message envoyé à Assad et Poutine: nous [Israël, ndlr] avons des intérêts vitaux, et nous ne pouvons avoir un autre voisin vassal de l’Iran après le Liban. Tsahal cherche donc à faire comprendre à Moscou et Damas que le soutien iranien est plus un poids qu’autre chose», souligne l’expert de la politique israélienne.

La Syrie et Israël ne seront pas amis, les deux parties sont lucides sur ce point, mais ils peuvent retrouver une forme de voisinage cordial comme c’était le cas entre 1974 et 2011, une période de calme entre les deux pays, indique Gil Mihaely.

Ce scénario ne semble tout de même pas se profiler à court ou moyen terme. S’il y a eu un léger refroidissement des relations entre Damas et Moscou, rien n’indique que Téhéran est dans une logique de retrait de Syrie. Djavad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, était d’ailleurs en visite à Damas le 20 avril, et les deux parties en ont profité pour rappeler la solidité des liens qui les unissent:

«Lors de la rencontre, ont été négociées les relations historiques entre deux pays frères, les voies de leur développement et de leur renforcement», informe le ministère syrien des Affaires étrangères sur sa page Facebook, mentionnant le côté stratégique des liens unissant les deux États.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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