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Une économie et des finances en déroute, des manifestations parfois violentes et réprimées, un parti politique désigné comme terroriste, de nouvelles tensions avec Israël, l’équilibre politique, géopolitique, économique et social du Liban va-t-il s’effondrer? C’est la question posée par Désalliances à François Costantini, spécialiste du Liban.

Le Liban s’enlise dans une crise totale depuis des mois et l’actualité de ces derniers jours ne fait que le confirmer: plan de redressement et appel au FMI ce 30 avril, reprises des manifestations houleuses malgré le Covid-19 et fortes tensions depuis l’extérieur. En effet, le Hezbollah a été classé comme «organisation terroriste» par l’Allemagne ce 1er mai et le 4, le Conseil de sécurité de l’Onu a exprimé ses préoccupations vis-à-vis des tensions à la frontière entre Israël et le Liban.

François Costantini, ancien professeur associé à l’université Saint-Joseph de Beyrouth et auteur de Le Liban: Histoire et destin d’une exception (Éd. Perspectives libres), analyse l’actualité libanaise pour Désalliances.

Devant la crise bancaire et financière, le Premier ministre Hassan Diab a annoncé son plan de redressement, conviant expressément le Fonds Monétaire International (FMI) à s’impliquer pour le futur du Liban. L’auteur de Les relations internationales en fiches, dont la deuxième édition est sortie chez Ellipses en avril 2020, convient que ce choix est logique, parce que depuis la fin de la guerre civile, les responsables politiques ne sont pas à la hauteur de leurs fonctions. Mais l’essayiste rappelle à travers de nombreux exemples, dont celui de la Grèce, que l’intervention du FMI entraînera une «tutelle financière et des normes restrictives.»

Mais il dénonce surtout la gabegie et la corruption qui règnent au Liban. Si les hommes sont coupables –et pourraient être changés par une révolution–, le système serait aussi responsable. En effet, la structure politique libanaise, basée sur le confessionnalisme pour améliorer la représentation de chaque communauté, aboutit au clientélisme, donc à la corruption. François Costantini explique que ce système confessionnel pourrait être conservé au sommet de l’État sans pour autant qu’il se décline à chaque échelon administratif et que la politique libanaise soit régie par la citoyenneté.

Une idée qui n’a cessé d’être scandée dans les manifestations depuis des années, notamment depuis octobre 2019. Cependant, les derniers rassemblements de Tripoli pourraient avoir des motivations plus religieuses que civiques. En effet –et l’analyste en relations internationales le rappelle justement–, la deuxième ville du pays, majoritairement sunnite, est l’épicentre de l’islamisme radical au Liban. La révolution libanaise va-t-elle être récupérée à d’autres fins? La question se pose et il sera intéressant de suivre l’évolution de la situation dans les prochaines semaines.

De plus, François Costantini rejoint le Président Michel Aoun lorsque ce dernier, ce 4 mai, a tancé la communauté internationale sur l’absence d’aide au Liban dans l’accueil et la prise en charge des 1,5 million de réfugiés syriens. François Costantini considère que la situation pour la population est «insoutenable» et rappelle que l’aide financière reçue est bien trop faible.

Si le Liban connaît une secousse interne majeure, l’inscription du Hezbollah –parti politique de premier ordre et membre du gouvernement– comme organisation terroriste par l’Allemagne ce 1er mai risque d’être un obstacle de plus à une sortie de crise. Une décision que ne comprend pas François Costantini et qui ne risque pas d’aider la France, dont son rôle au Liban n’est plus que celui de médiateur.

Enfin, à propos du regain de tension sur la frontière sud du Liban, partagée avec Israël, François Costantini considère qu’un conflit entre ces États pourrait entraîner «l’anéantissement total du pays» du Cèdre.

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Tags:
Hezbollah, Israël, Hassan Diab, Michel Aoun, Fonds monétaire international (FMI), Liban
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