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Dans son édito pour «Russeurope Express», Jacques Sapir revient sur les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale et la recomposition du monde qui suivit. Si la fin du pire conflit de l’histoire referme une page, affirme l’économiste, elle en ouvre aussi une nouvelle qui nous aide à comprendre les 75 ans qui nous séparent de 1945.

Un édito de Jacques Sapir à retrouver en podcast dans l’émission Russeurope Express du 7 mai.

En plein confinement, nous célébrons les 75 ans de la victoire du 8 mai (pour les Alliés occidentaux) ou du 9 mai (pour les Soviétiques et aujourd’hui les Russes) sur l’Allemagne nazie. Au-delà des commémorations officielles, dont la plupart sont reportées à cause de la pandémie de coronavirus, il nous faut comprendre ce que représente cette date et, au-delà, ce que signifie l’année 1945.

Pour les Français comme pour les Russes, cette date symbolise la victoire contre le nazisme. De fait, plus personne ne pouvait avoir de doutes sur l’issue de la guerre depuis le début de l’été 1944. Entre le succès, côté soviétique, de l’opération Bagration et de ses annexes comme Lvov-Sandomierz ou Kovel-Lublin, et celui de Cobra, l’offensive américaine qui brise la résistance allemande en Normandie, le sort de la guerre est définitivement joué.

Pour durs qu’aient été les combats de l’hiver, dans les Ardennes et la plaine d’Alsace pour les alliés occidentaux, lors de l’offensive Vistule-Oder pour l’Armée rouge, rien ne peut plus remettre en cause la victoire. Même si les derniers combats sont acharnés, comme la prise de Berlin par les Soviétiques ou la traversée du Rhin pour les Alliés occidentaux - et l’on pense ici aux dernières missions racontées par Pierre Clostermann dans Le Grand Cirque -, la décision est acquise, irrévocable.

Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Laurent Henninger, historien spécialiste des questions militaires, notamment co-auteur avec Thierry Widemann de Comprendre la guerre (Perrin/Tempus, 2012).

Cette date symbolise donc une délivrance, mais aussi une lente compréhension de l’horreur du système nazi. Bien sûr, depuis que les forces soviétiques ont libéré le camp de concentration de Maïdanek en juillet 1944, plus aucune illusion n’est possible. Pourtant, cette réalité mettra du temps à se diffuser. Britanniques et Américains ne réaliseront complètement l’abomination du système concentrationnaire et de la logique exterminatrice allemande que lorsqu’ils libéreront à leur tour Bergen-Belsen et Dachau. Entre-temps, il y aura eu la libération d’Auschwitz par l’Armée rouge et celle, par les prisonniers eux-mêmes, de Mauthausen.

Une page ouverte en 1914

Mai 1945 signifie donc la fin d’un cauchemar en Europe, mais pas encore la fin de la guerre mondiale. Il faudra encore quatre mois de combats, l’offensive soviétique de Mandchourie, qui va en trois semaines du fleuve Amour à Harbin et au-delà, et l’emploi par les Américains des deux premières armes nucléaires, mais aussi du napalm, utilisé massivement, pour que le Japon reconnaisse sa défaite.

L’eurocentrisme de l’époque fit que l’on y prêta moins attention. Pourtant, ce qui se passe en Asie orientale est bien décisif. Tant par les moyens employés que par les résultats géostratégiques, c’est un nouveau monde qui se dessine alors. Quand la victoire en Europe referme la page qui avait été ouverte non pas en 1939 mais en réalité en 1914, la victoire contre la Japon annonce, elle, des temps nouveaux.

Alors, 1945-2020, la commémoration de deux victoires? Oui, mais pas seulement. Car 1945, ce sont aussi les prémisses de la Guerre froide qui se mettent en place. La question de la Pologne, hautement symbolique car elle avait été le premier pays attaqué par les Nazis, commence à diviser les Alliés. Les derniers combats de 1945, que ce soit la volonté des Soviétiques d’arriver les premiers à Berlin, ou que ce soient les ambiguïté de la guerre en Asie, montrent bien qu’une époque s’efface mais qu’une autre, non moins dangereuse et non moins troublée, se prépare.

Alors, derrière les fanfares victorieuses des 8 et des 9 mai, il nous faut revenir sur la fin d’un monde et l’accouchement d’un nouveau, pour comprendre peut-être celui dans lequel nous vivons.

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Tags:
crimes nazis, Jour de la Victoire, capitulation, Troisième Reich, Seconde Guerre mondiale
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