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Alors que les écoles ont rouvert leurs portes ce 11 mai, la recrudescence de cas ressemblant à la maladie de Kawasaki vient-elle remettre en cause ce volet controversé du déconfinement? Sputnik fait le point sur la dangerosité de ce nouveau syndrome, probablement lié au Covid-19.

Une nouvelle qui provoque l’émoi dans le monde médical. Dimanche 10 mai, l’État de New York a enregistré 85 cas d’enfants atteints d’un syndrome inflammatoire, probablement lié au Covid-19. Ces derniers jours, trois enfants sont décédés des suites de ce nouveau syndrome.

À travers le monde, de nombreux cas similaires ont été observés. Faut-il s’en inquiéter? Une alerte partie du ministère de la Santé britannique le 26 avril dernier prend en tout cas le problème très au sérieux. Et pour cause, elle fait état d’une maladie grave touchant les enfants et dont les symptômes digestifs, respiratoires ou infectieux, rappellent ceux de la maladie de Kawasaki.

Une recrudescence des cas dans le monde

Depuis plus de deux semaines, de nombreux pays comme la France, l’Italie, l’Espagne, la Suisse ou encore les États-Unis ont signalé des enfants présentant des symptômes de cette pathologie infantile rare. Décrite pour la première fois en 1967 au Japon, son origine n’est pas connue avec précision et pourrait mêler facteurs infectieux, génétiques et immunitaires. Elle se traduit par une inflammation des parois des vaisseaux sanguins et peut être déclenchée par des infections virales ou bactériennes. En outre, dans sa forme la plus grave, elle peut provoquer un infarctus du myocarde. Par ailleurs, elle présente un caractère saisonnier, avec un pic annuel en hiver et au printemps; elle touche principalement les jeunes enfants avant l’âge de 5 ans. En Europe, 9 enfants sur 100.000 déclarent la maladie chaque année.

Alerté par cette situation, Matt Hancock, ministre britannique de la Santé, a laissé entendre qu’elle pouvait être liée au coronavirus.

«C’est une nouvelle maladie qui, selon nous, peut être causée par le virus Covid-19. Nous n’en sommes pas sûrs à 100%, parce que certaines des personnes qui l’ont contractée n’avaient pas été testées positives», a-t-il indiqué.

Une affirmation que la communauté scientifique se garde pour l’instant de confirmer.

Syndrome lié au coronavirus?

L’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a indiqué qu’«il existe une forte coïncidence entre l’apparition de ces cas et la pandémie.» Dans une interview donnée à L’Obs, Damien Bonnet, chef du service de cardiologie pédiatrique à l’hôpital Necker-Enfants-malades à Paris, explique qu’«il ne s’agit pas d’un lien de causalité scientifiquement établi, plutôt d’une association. […]. Les malades que nous avons reçus ont entre 2 et 18 ans, la moyenne d’âge est de 9 ans, ce qui nous a tout de suite fait penser qu’on était face à un phénomène nouveau.»

La société française de pédiatrie (SFP) penche, quant à elle, pour un «Kawasaki like» (apparenté). En effet,

«Les patients présentent un tableau fébrile avec des éléments cliniques de maladie de Kawasaki, mais dont la fréquence est variable, plutôt des formes incomplètes, et ont pour l’instant sur les cas identifié des particularités», détaille la SFP.

D’autre part, la SFP déclare que l’on constate sur de nombreux cas un «orage de cytokines», ou «choc toxique» pour simplifier. En clair, le système immunitaire s’emballe et libère des molécules (cytokines) pour combattre un intrus, mais leur trop grand nombre provoque des lésions. Une inflammation qui n’est pas sans rappeler le mécanisme du SARS-CoV-2.

Dangereux de rouvrir les écoles?

Depuis le début de l’épidémie, de nombreux experts et études ont souligné que les enfants étaient tout autant sujets à l’infection par le SARS-CoV-2 que les adultes, mais sont épargnés par les formes graves de la maladie. Dans un bulletin d’information paru le 4 mai, Santé Publique France a confirmé cette thèse:

«Les cas pédiatriques de Covid-19 représentent une faible partie (1 à 5%) de l’ensemble des cas de Covid-19 rapportés dans le monde; ceci est essentiellement lié au fait que les enfants infectés présentent majoritairement des formes asymptomatiques ou peu graves, dans près de 95% des cas. Les formes graves et les décès chez les enfants sont exceptionnels.»

L’apparition de cette forme nouvelle de la maladie de Kawasaki vient-elle remettre en cause la réouverture des classes? Lors de la présentation du plan de déconfinement, le sénateur Les Républicains (LR) Alain Milon, médecin de formation, déplorait la hausse du nombre de cas et estimait qu’il y a «de fortes chances» que cette maladie soit liée au coronavirus. Il s’interrogeait donc sur la pertinence de la réouverture des écoles le 11 mai, sachant que d’après les spécialistes de l’hôpital Necker, une soixantaine d’enfants serait aujourd’hui atteinte par la maladie de Kawasaki.

​Pour Olivier Véran, cette augmentation serait, en premier lieu, liée à un appel lancé à toutes les réanimations pédiatriques de France pour faire remonter les cas encore inconnus par les autorités de santé. Il affirme néanmoins qu’il pourrait s’agir d’un «mécanisme réactionnel», dont les spécialistes «nous disent qu’ils peuvent le voir de temps en temps après des épidémies».

Le 29 avril, lors d’une audition parlementaire, le virologue français Bruno Lina considérait que «le fait d’avoir ce signal faible sur les syndromes de Kawasaki ne remet pas en cause l’ouverture des écoles».

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Tags:
France, Covid-19, coronavirus SARS-CoV-2
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