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Signe des mauvaises relations entre les États-Unis et la Chine, de plus en plus d’entreprises américaines quittent l’empire du Milieu. Selon Benjamín Lujano López, économiste à l’Université nationale autonome du Mexique, la crise actuelle liée au Covid-19 révèle les limites du système économique longtemps défendu par Washington. Entrevue.

Les relations entre Washington et Pékin se détériorent à vue d’œil depuis le début de la guerre commerciale qu’ils se livrent et surtout depuis la pandémie de Covid-19.

L’Administration Trump accuse Pékin d’avoir tardé à révéler l’ampleur de l’épidémie et même d’en être à l’origine. Le 1er mai dernier, Donald Trump accusait aussi la Chine de faire «tout ce qu’elle pouvait» pour lui faire perdre la prochaine élection présidentielle.

Le ton monte entre Washington et Pékin

Le 11 mai dernier, la presse a appris que le Président Trump voulait empêcher le placement de 4,5 milliards de dollars issus du portefeuille des fonds de pension fédéraux dans des actions de compagnies chinoises. Dans une lettre adressée à Eugene Scalia, secrétaire au Travail, Robert O’Brien, conseiller à la sécurité nationale et Lawrence Kudlow, directeur du Conseil économique national, soulèvent le risque que représenteraient ces investissements pour la sécurité des États-Unis.

«Les investisseurs américains ne devraient jamais être une source de financement de la richesse de Pékin au détriment de la prospérité future de notre pays», mettait déjà en garde le sénateur républicain Marco Rubio en novembre 2019.

Dans ce contexte tendu, la perspective d’un départ massif des entreprises américaines apparaît de moins en moins irréaliste en Chine. Le 7 avril dernier, Kenneth Rapoza, chroniqueur économique du magazine Forbes, écrivait que «les compagnies américaines étaient définitivement en train de quitter la Chine». En août 2019, Donald Trump avait mondialement défrayé la chronique en ordonnant aux entreprises américaines de quitter le territoire chinois:

«Nos formidables entreprises américaines ont pour ordre de commencer immédiatement à chercher une alternative à la Chine, y compris en ramenant leurs entreprises à la maison et en fabriquant leurs produits aux USA», avait-il dit sur Twitter.

Pour Benjamín Lujano López, professeur d’économie à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), à Mexico, le nouveau contexte global oblige les États-Unis à miser à nouveau sur leur marché intérieur. Une situation qui rappelle la grande dépression des années 1930, estime-t-il, «seule comparaison valable avec un événement antérieur».

«Donald Trump n’est pas simplement le fou que les médias décrivent. C’est surtout le produit de son époque. Ces dernières années, les Américains ont créé un système économique mondial défavorable à tous les travailleurs du monde entier, y compris ceux des États-Unis. Maintenant, ce système se retourne un peu contre les États-Unis. Donald Trump a misé sur une certaine xénophobie pour être élu. Maintenant, il tente de retirer les investissements en Chine alors que la pandémie accélère la récession qui était déjà en cours», explique Benjamín Lujano López au micro de Sputnik.

Selon l’économiste mexicain, depuis son élection en 2017, Donald Trump a utilisé le déficit commercial entre son pays et la Chine pour justifier la mise en place de mesures protectionnistes auprès du peuple américain.

«Ce système se retourne contre les États-Unis»

Cette manœuvre lui aurait permis de rester populaire auprès de son électorat en faisant croire à un nouveau rapport de force à l’avantage de la Chine, ce qui n’était pas encore tout à fait advenu.

«Donald Trump a fait valoir que les États-Unis importaient davantage de produits de Chine que l’inverse. Mais la vérité, c’est que la valeur des produits fabriqués en Chine était tout de même générée aux États-Unis et restait entre les mains des grandes entreprises américaines et de leurs actionnaires. […] Maintenant, la Chine essaie de développer son propre écosystème économique pour entrer en compétition avec les États-Unis, ce qui crée les tensions que l’on voit», constate Benjamín Lujano López.

À quels pays pourrait profiter le départ des compagnies américaines de l’empire du Milieu? D’après plusieurs hypothèses, des entreprises américaines pourraient être tentées de déménager leur production chinoise au Mexique, ce qui leur permettrait surtout de continuer à employer une main-d’œuvre bon marché. Parmi les pays les plus cités par les experts se trouvent également le Vietnam et l’Inde.

Mexique, Vietnam, Inde: à qui profitera l’exode des compagnies américaines?

Selon Kenneth Rapoza, du magazine Forbes, les premiers pays qui bénéficieront de l’augmentation des tensions entre les États-Unis et la Chine sont «les petits pays d’Asie du Sud-Est», avec le Vietnam en tête de lite. Compte tenu de l’accord de libre-échange nord-américain et de son économie fragile liée à la production de drogue, le Mexique est aussi devenu «un endroit privilégié» pour les entreprises américaines, souligne-t-il dans son article du 7 avril.

«Les importations manufacturières totales du Mexique vers les États-Unis ont augmenté de 10% entre 2017 et 2018, passant de 278 milliards à 307 milliards de dollars, et de 4% supplémentaires entre 2018 et 2019, pour une valeur totale des importations de 320 milliards de dollars», conclut le cabinet de conseil en stratégie Kearney, spécialisée en production manufacturière, dans un rapport publié en avril dernier.

Malgré tous les liens entre l’Oncle Sam et son voisin du Sud, il est plus probable que les entreprises américaines –surtout celles du domaine technologique– se tournent vers l’Inde, estime pourtant Benjamín Lujano López.

«Malheureusement, le Mexique n’a pas encore les infrastructures ni les travailleurs qualifiés nécessaires pour accueillir les entreprises américaines qui auront quitté la Chine. L’Inde représente un plus grand attrait économique, notamment avec tous ses ingénieurs et ses villes comme Bombay. Si le Mexique veut profiter du nouveau contexte, il devra aussi changer la dynamique économique imposée par les grands monopoles privés», conclut-il.

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Tags:
mondialisation, Chine, États-Unis, Xi Jinping, Donald Trump, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19
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