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Reconduit par la Knesset, le Parlement israélien, Benyamin Netanyahou a confirmé sa volonté d’annexer des pans entiers de la Cisjordanie. Face à des pays arabes peu pugnaces sur la question palestinienne et fort du soutien total des États-Unis, Israël jouit d’une situation plus que favorable pour pousser ses pions au Moyen-Orient.

Israël va-t-il profiter de sa nouvelle position de force? Après 500 jours de crise politique, la plus longue de son histoire, le pays dispose enfin d’un gouvernement. Le Parlement israélien a adoubé le 17 mai un nouveau gouvernement d’union avec, négociations difficiles obligent, une configuration inédite.

Deux hommes forts vont en effet se partager le pouvoir, avec tous les risques politiques que cela comporte. Benyamin Netanyahou –du parti du Likoud, très à droite, nationaliste, expansionniste et proche de l’ultra-orthodoxie juive– et Benny Gantz –de la formation Bleu-Blanc, en référence au drapeau israélien, plus centriste– vont devoir s’entendre. Ancien chef d’état-major de l’armée, Benny Gantz sera ministre de la Défense, avant d’occuper le poste de Premier ministre que lui cédera Benyamin Netanyahou dans deux ans. Celui-ci sera alors «Premier ministre remplaçant», une fonction inédite au sommet de l’État.

Pour autant, après cette longue période de pilotage automatique du pays, le nouvel exécutif compte bien reprendre la main, notamment en matière de politique étrangère. Devant la Knesset (le Parlement israélien) ce 17 mai, Benyamin Netanyahou a donné le «la», réaffirmant sa volonté de faire avancer les intérêts géopolitiques d’Israël dans la région. Et d’emblée, c’est de la Cisjordanie («Judéo-Samarie», selon le lexique officiel israélien) et de son annexion qu’il a été question. «La vérité, et tout le monde le sait, c’est que les centaines de milliers de résidents de Judéo-Samarie resteront toujours chez eux, quel que soit l’accord de paix trouvé in fine», a déclaré le Premier ministre. Et de poursuivre, devant les parlementaires de la Knesset:

«Ces territoires sont là où le peuple juif est né et a grandi. Il est temps d’écrire un nouveau chapitre glorieux dans l’histoire du sionisme.»

La politique active d’implantation de colonies dans ce territoire palestinien occupé a conduit à une augmentation de 50% de la population juive, pour atteindre 450.000 colons, selon le comptage de l’AFP. Face à 2,7 millions de Palestiniens, la proportion a ainsi atteint un seuil significatif, mais avec à la clé de vives tensions entre les deux communautés.

La Palestine seule face au «plan du siècle» américano-israélien

Le 28 janvier, le Président américain a dévoilé à Washington, en présence du Premier ministre israélien, un «plan du siècle», dont l’ambition est de mettre un terme au conflit israélo-palestinien. Prévoyant l’annexion par Israël de quelque 87% des colonies juives en Cisjordanie occupée, en particulier dans la vallée du Jourdain, l’accord garantit que Jérusalem resterait «la capitale indivisible d’Israël». Pour faire bonne mesure, il est également proposé de créer une capitale de l’État palestinien, mais qui resterait cantonnée aux faubourgs de Jérusalem-Est.

Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe, doute cependant de la faisabilité du plan, du moins à court terme. «C’est un subtil équilibre entre les mots et des annonces, mais Israël est peut-être moins capable de mettre en œuvre le plan qu’on ne le dit», explique-t-il à Sputnik.

«L’annexion pure et simple des colonies jugées illégales par l’Onu est une annonce qui n’est pas effective. Il y a une sorte de machiavélisme politique de la part de Benyamin Netanyahou, qui consiste à montrer de la cohérence vis-à-vis de son propre électorat, notamment des partis nationalistes dont il avait besoin pour être réélu.»

Mais cette relance, au moins dans les mots, du projet d’annexion n’est pas le seul signal récent du regain de volontarisme israélien, encouragé par les États-Unis. Le soutien de Donald Trump sur le dossier de la Cisjordanie est à rapprocher de celui sur le plateau du Golan, région de la Syrie occupée par Israël après la guerre des Six Jours en 1967, puis annexée en 1981.

Coudées franches au Moyen-Orient?

Depuis la fin de 2017, alors que Damas semblait sur le point de l’emporter sur les forces de l’État islamique* et les autres groupes djihadistes ou «rebelles», Israël est intervenu de plus en plus directement sur le territoire syrien. Dès 2018, le quotidien israélien Haaretz révélait que l’État hébreu soutenait militairement des combattants affiliés à l’Armée syrienne libre et délaissés par la CIA

Sana, l’agence de presse officielle syrienne, relate en outre régulièrement des raids aériens menés par l’armée régulière israélienne, Tsahal. Se refusant la plupart du temps à confirmer à chaud ces actions militaires, Israël a annoncé, dans une déclaration relayée par Reuters en 2018, avoir frappé le territoire syrien à plus de 200 reprises, prenant pour cible des combattants du Hezbollah et de l’Iran. «Israël se sent de plus en plus rassuré par le repositionnement américain à son égard», estime Emmanuel Dupuy. Et de poursuivre:

«Il y a aussi un accord des pays arabes voisins à laisser une partie de la région à Israël. Il n’y aura plus de remise en cause de l’annexion de la Cisjordanie, on le voit avec l’absence de soutien et de solidarité de ces pays arabes vis-à-vis de la Palestine.»

*Organisation terroriste interdite en Russie.

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Cisjordanie, Benjamin Netanyahu, Israël
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