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Depuis plusieurs mois, le torchon brûle entre l’OMS et la Maison-Blanche. Pour Donald Trump, l’organisation servirait tout autant les intérêts de la Chine que ceux de l’opposition nationale. Un conflit qui révèle des fractures profondes entre mondialistes et souverainistes. Analyse.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) se retrouve entre le marteau et l’enclume, entre la Chine et les États-Unis, sur fond de rivalités commerciale et politique. Le 18 mai, dans le cadre d’une réunion virtuelle des 194 pays membres, pandémie oblige, Donald Trump a accusé l’organisation internationale d’être une «marionnette de la Chine».

«Je pense qu’ils [l’OMS, ndlr] ont fait un travail très regrettable et, encore une fois, les États-Unis les paient 450 millions de dollars par an, tandis que la Chine les paient 38 millions», a déclaré le Président américain.

Après avoir décidé mi-avril de suspendre le financement de son pays à l’OMS, Donald Trump a déclaré ce même 18 mai que cette mesure pourrait devenir permanente, mettant en demeure l’agence onusienne de s’«améliorer».

«Si l'OMS ne s'engage pas à des améliorations majeures dans les 30 prochains jours, je rendrai permanent mon gel du financement des États-Unis à l'OMS et reconsidérerai notre adhésion», dit Donald Trump dans une lettre datée du 18 mai adressée au directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qu'il a publiée sur Twitter.

​Rédigée sur quatre pages, la missive, incendiaire, est une longue liste des manquements de l’organisation à sa mission, selon la Maison-Blanche. Elle l’accuse soit d’avoir couvert les explications officielles de la Pékin soit de n’avoir pas mené de contre-enquête.

La méthode Trump, la confrontation

Le dirigeant américain est connu pour ses méthodes de négociations particulièrement musclées. C’est ainsi qu’il a fait pression sur les alliés de Washington en 2018 afin qu’ils augmentent leur contribution au budget de l’Otan. «Les États-Unis dépensent bien plus que n’importe quel pays. Ce n’est ni juste ni acceptable», avait-il alors fait valoir dans un registre très comptable. Une stratégie qui a pour but de bousculer ses partenaires, de rebattre le jeu et de l’accélérer. Un véritable rapport de force. Comme dit le dicton: «Celui qui paie l’orchestre choisit la musique.»

Logo de l'OMS
© Sputnik . Alexey Vitvitsky

Or, d’après Donald Trump, l’OMS joue contre lui et ses options dans la gestion de la pandémie. Retour en arrière. L’ambiance commence à se tendre en février, lorsque le Président américain décide de limiter les entrées de voyageurs, notamment via les vols commerciaux en provenance de Chine, et que l’épidémie reste principalement cantonnée à la région de Wuhan (le Hubei). Selon les recommandations de l’organisation datées du 29 février 2019, l’OMS se prononce contre une limitation des voyages et des restrictions de la circulation des personnes.

«En général, il est démontré que les restrictions de la circulation des personnes et des biens de consommation lors de crises sanitaires sont inefficaces dans la plupart des situations […]. De plus, ces restrictions peuvent impacter le commerce et avoir des effets sociaux et économiques néfastes», expliquait l’agence sur son site.

Trois mois plus tard, la réalité semble donner tort à l’OMS. Si jusqu’en mars les pays ont contemplé la progression de l’épidémie depuis la Chine jusqu’à leurs portes, ils ont ensuite dû se résoudre à un confinement strict.

«Vous vous êtes félicités des restrictions de voyage à l’intérieur de la Chine, mais vous vous êtes de façon inexplicable prononcés contre ma fermeture des frontières des États-Unis», dénonce le document de la Maison-Blanche.

De fait, des commentateurs, l’opposition et de nombreux médias traditionnels se saisissent de cet avis de l’OMS pour brocarder des mesures disproportionnées et liberticides, alors que les États-Unis sont le pays le plus touché du monde (en valeur absolue) par le coronavirus.

Campagne présidentielle américaine

C’est sans doute ce que Donald Trump ne pardonne pas à l’OMS, jugée proche des démocrates. L’AFP rappelle que le créateur de Microsoft, Bill Gates, via sa fondation Bill & Melinda Gates, deviendrait le plus gros contributeur de l’OMS, États et personnes privées confondues, en cas de retrait de Washington. En lien avec la Fondation Clinton, Bill Gates ne fait pas de mystère de ses positions en faveur du Parti démocrate, ainsi que sur sa légitimité à promouvoir la vaccination de la population mondiale.

Ainsi, cette confrontation entre Donald Trump et l’OMS revêt plusieurs dimensions. Avec sa méthode brusque, parfois rustre, le Président américain et homme d’affaires vise sans doute à négocier au mieux les intérêts économiques des États-Unis face à une Chine devenue atelier du monde et superpuissance émergente. Cette mise en cause de l’agence onusienne s’inscrit dans un clivage entre tenants d’une gouvernance mondiale et souverainistes. Mais elle s’inscrit également dans la lutte profonde entre démocrates et républicains partisans de Donald Trump, une lutte acharnée qui aura parcouru tout son mandat. Reste un perdant, l’OMS, qui malgré le soutien total de l’Union européenne —et de la Russie au nom du droit international— voit sa légitimité contestée par le pays le plus contributeur et, à travers elle, l’architecture des relations internationales héritée de l’après Seconde Guerre mondiale, largement dominée par l’Occident.

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Tags:
coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, Chine, OMS, États-Unis
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