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Après avoir essuyé plusieurs revers face au GNA et son allié turc, l’ANL du maréchal Haftar se trouve désormais dans une position délicate en Libye. Au micro de Sputnik, Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe, explique comment, par son rejet d’une solution politique, le maréchal perd peu à peu ses soutiens.

Le vent tourne en Libye. Alors qu’en 2019, l’armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar semblait débouler à toute allure sur Tripoli et potentiellement gagner la bataille sur le gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj, la donne est toute autre aujourd’hui.

Après une accalmie et la stabilisation des fronts fin 2019 et début 2020, c’est désormais le GNA, appuyé par son allié turc et ses supplétifs, qui reprennent du terrain. L’armée du maréchal essuie donc revers sur revers depuis quelques semaines, le plus important étant celui de la base militaire d’al-Watiya, qui a été frappée plus de 64 fois le 18 mai par des drones turcs. Ces drones de nouvelle génération (Bayraktar 2) ont pu percer le parapluie antiaérien de la base, constitué par des systèmes de défense Pantsir 2, fournis par les Émirats arabes unis.

Fort de ses derniers succès, soutenu par son allié turc et les miliciens djihadistes que ce dernier ramène de Syrie, le GNA a récemment annoncé une imminente phase 2 de ses opérations qui visent à repousser l’armée du maréchal Haftar. Et cette phase pourrait bien s’ouvrir ce 27 mai, alors que l’ultimatum du GNA à l’ANL de quitter la ville stratégique de Tarhouna, à 90 km au sud-est de Tripoli, arrive à échéance à cette même date à 22h.

L’ANL prévoit une contre-attaque d’envergure

L’ANL n’a pourtant pas dit son dernier mot. D’une part, elle ne semble pas vouloir quitter la ville de Tarhouna, depuis laquelle elle a déjà repoussé deux fois des assauts du GNA. D’autre part, Sakr el-Jarouchi, le chef de l’armée de l’Air de l’ANL a promis que «l’armée de l’Air effectuera bientôt la plus grande opération militaire aérienne de l’Histoire de la Libye».

Pourtant, selon Emmanuel Dupuy, président de l’IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe), spécialiste dans le dossier libyen, il est peu probable que le maréchal Haftar retrouve de sitôt une position dominante, car «cela fait un an que le maréchal Haftar stagne dans une défaite. Il n’a pas rempli son objectif initial de remonter jusqu’à Tripoli.» Selon cet expert, cela est notamment dû au fait que le maréchal n’a aucune volonté de régler politiquement le conflit, ce qui met ses soutiens dans une fâcheuse position, en particulier l’Égypte:

«Le maréchal Haftar se montre de plus en plus intransigeant dans sa capacité à vouloir négocier. Cela n’arrange absolument pas Le Caire, qui a besoin de clarifier sa position, et qui est dans une logique de coopération sur d’autres sujets, notamment sur la stabilisation régionale.
Il ne fait nul doute que les avancées diplomatiques entre les ministres des Affaires étrangères égyptien et tunisien pour essayer de trouver une solution régionale contredisent totalement la position qu’ils avaient jusqu’à présent.»

Et ce, alors que l’Égypte a pourtant à toutes les raisons de s’inquiéter d’une possible «déstabilisation sécuritaire à ses frontières», selon le chercheur Naji Abu Khalil, co-directeur du programme Libye de Noria Research. Tout cela «nourrit une lutte d’influence idéologique très forte entre l’Égypte et la Turquie, perçue par Le Caire comme le sponsor d’un islam politique» qu’elle combat.

La Turquie soutient effectivement des groupes armés qu’elle en importerait, entre autres, directement depuis la Syrie. Un point sur lequel le maréchal Haftar tente d’appuyer pour conserver le soutien de la communauté internationale, un souhait que sa volonté de ne pas avancer dans les négociations contrecarre.

«Le maréchal Haftar est en train de se faire lâcher par ses deux alliés initiaux, l’Égypte et la Russie. Ces deux puissances sont en train de se repositionner en montrant une plus grande volonté de dialogue avec le GNA. En particulier la Russie, qui ne souhaite pas rentrer dans une conflictualité directe avec la Turquie et qui souhaite le remplacement du maréchal Haftar comme négociateur politique. Les contractuels russes en Libye ont même lâché le maréchal», souligne l’interlocuteur de Sputnik.

Une analyse en contradiction directe avec celles que publient les médias occidentaux, en particulier américains, qui spéculent sur une présence militaire russe accrue ces derniers jours. Des allégations que la Russie dément vigoureusement. Selon Emmanuel Dupuy, «le seul soutien de poids qu’il reste au Maréchal Haftar est aujourd’hui le prince émirati Mohamed Ben Zayed, qui continue de le soutenir militairement.»

Les chancelleries occidentales face à leurs contradictions

Il se trouve même qu’«un certain nombre de milices qui soutiennent traditionnellement Haftar, se détournent de lui pour au mieux prêter allégeance au GNA, et au pire dire que celui-ci n’est plus représentatif du camp de l’Est du pays.» 

Cela place évidemment les chancelleries européennes dans une position des plus inconfortables. La France en particulier. Alors que Paris tente depuis plusieurs années de «jouer sur les deux tableaux» en parlant à toutes les parties, elle se retrouve désormais entre un gouvernement tripolitain qui soutient des groupes armés djihadistes et un maréchal «laïc» va-t’en guerre, privilégiant systématiquement la solution militaire à la solution politique.

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