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Les États-Unis ont renforcé aujourd’hui le régime de sanctions en place contre Damas. Intitulées «loi César», les nouvelles comprennent un volet extraterritorial et pourraient avoir un impact terrible sur une Syrie déjà fragilisée par une décennie de guerre et de crise économique. Analyse.

Les États-Unis ne relâchent pas la pression sur Damas. Voté il y a six mois, le nouveau régime de sanctions, calqué sur le modèle de celles en place en Iran, entre en vigueur ce 17 juin. Washington a indiqué punir 39 personnes et entités, dont le président Bachar el-Assad et sa femme. Élément novateur de ce régime de sanctions:

«Le Président imposera des sanctions aux personnes étrangères qui apportent un soutien important au gouvernement syrien ou à ceux qui agissent au nom de la Syrie, de la Russie ou de l'Iran», indique le document officiel.

Le texte de loi a été baptisé «Caesar Syria Civilian Protection Act», soit d’après le nom d’un photographe de la police militaire syrienne qui a fait défection en 2013 et fait divulguer des milliers de photos montrant la réalité des geôles syriennes.

Régime de sanctions ou blocus économique?

Qu’attend Washington de cette stratégie de «pression maximale»? Selon les mots de Christian Chesnot, journaliste spécialiste de la région, dans une tribune pour France Culture, ces sanctions entendent «asphyxier financièrement le régime syrien pour l’empêcher de reconstruire le pays et lui tordre le bras afin qu’il s’engage dans une transition politique crédible».

Mais quels sont les effets des sanctions déjà en place? Et qu’attendre de celles qui entrent en vigueur aujourd’hui? Sputnik France a interrogé Pierre Le Corf, humanitaire français vivant à Alep depuis plusieurs années et qui réalise actuellement un documentaire sur le poids des sanctions sur la population syrienne. Pour lui, les sanctions ne visent pas uniquement le gouvernement:

«Les aspects humains et politiques sont indissociables. Même si le Président Trump et ses alliés prétendent que ces sanctions ont un but purement politique, l’objectif est humain.»
«Au fond, ce sont les gens qui sont touchés. Ils crèvent la bouche ouverte. Même si ce n’est pas affiché publiquement, l’objectif de ces sanctions est d’affecter les gens. Pourquoi? Car Washington veut pousser les gens contre le gouvernement.»

Sans être aussi radical dans l’analyse, le journal Le Monde partage cet avis dans son éditorial du jour: «Il est temps de reconnaître les dégâts que peuvent causer ces dispositifs bien intentionnés au sein d’une population déjà très durement éprouvée. La remarque vaut principalement pour les États-Unis. Portée à son paroxysme, la loi César risque de placer la Syrie sous un blocus économique potentiellement tragique».

«Il y a des gens ici qui n’ont pas vu la couleur de la viande depuis plusieurs mois.»

La Syrie, qui sort doucement de près de 10 ans d’une guerre atroce et intense, est aujourd’hui prise dans une spirale économique infernale. En effet, au-delà de la destruction d’une immense partie de ses infrastructures, le pays a récemment connu une inflation monstre: la monnaie syrienne qui a été à 45 livres pour un dollar, a atteint 3.000 livres pour un dollar la semaine dernière.

«Il y a des gens ici qui n’ont pas vu la couleur de la viande depuis plusieurs mois. Ils achètent des têtes de poulet pour les bouillir juste pour avoir des protéines animales. Je ne saurais expliquer avec des mots la souffrance et la fatigue à laquelle je suis confronté au quotidien», déplore Pierre Le Corf.
«Les gens ont tendance à penser que la guerre, ce sont quand les bombes nous tombent dessus. Mais non. La guerre, c’est aussi maintenant, et on en vient presque à regretter les bombes», ajoute-t-il.

Comme le précise dans les colonnes du Monde Sinan Hatahet, analyste proche de l’opposition syrienne, «c’est l’homme de la rue qui sera le plus affecté, car les affairistes pro-pouvoir trouveront toujours le moyen de se jouer de ces mesures».

4 Syriens sur 5 en dessous du seuil de pauvreté

Un avis partagé par de nombreux observateurs qui ont du mal à voir comment une population fatiguée par 10 ans de guerre et une situation économique catastrophique peut trouver l’énergie de renverser son gouvernement par la rue, si autoritaire soit-il.

«Regardons l’exemple de l’Iran ou du Venezuela. Une population qui a faim ne fait pas une révolution. Elle ne peut pas produire quelque chose d’organisé. Accroître la pression sur le pays, c’est prendre le risque du chaos total», souligne l’économiste syrien Samir Ait.

Effectivement, avec un peu recul, récemment seules les sanctions infligées à l’Afrique du Sud durant l’apartheid ont fonctionné. Et c’est parce que les membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu étaient unis sur la question, ce qui n’est pas le cas concernant les dossiers syriens, iraniens et vénézuéliens.

D’autant que, si ces sanctions prétendent ne pas cibler les biens humanitaires (médicaments, nourriture, matériel de santé), elles ont un effet psychologique sur les personnes ou entités qui voudraient en envoyer en Syrie. «Aucune entreprise et aucune banque ne s’avise d’exporter médicaments ou équipements hospitaliers vers la Syrie de peur de subir les foudres de Washington», souligne Christian Chesnot. Autant dire que pour la population syrienne, celle qui a choisi de rester, le calvaire est loin d’être terminé.

 

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