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La décision du gouvernement iranien d’interdire la visite de deux sites nucléaires aux inspecteurs de l’AIEA a poussé la diplomatie européenne à agir. Pour Sputnik France, Hervé Ghannad, spécialiste de l’Iran, décrypte un jeu diplomatique délicat pour des Européens volontaires, mais qui «n’ont pas les armes» face aux décisions unilatérales des USA.

Sur invitation de Heiko Maas, ministre des Affaires étrangères allemand, ses homologues français et anglais se sont rendus à Berlin pour discuter du nucléaire iranien. Alors que l’accord de Vienne sur le nucléaire (JCPoA) est plus menacé que jamais, l’E3 (Allemagne, France, Angleterre), tente, tant bien que mal, de sauver les meubles.

Après que l’Iran ait refusé à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) la visite de deux de ses sites nucléaires, les Européens ont «haussé le ton». Ces derniers ont publié un communiqué dans lequel ils critiquent le retrait américain de l’accord et le non-respect iranien des conditions de celui-ci. Le tout, en essayant de maintenir une position équilibrée entre Téhéran et Washington.

​D’une part, ceux-ci ont indiqué qu’ils ne soutiendraient «aucune tentative unilatérale de rétablir les sanctions» et d’autre part, qu’ils attendaient fortement des Iraniens qu’ils respectent les clauses de l’accord de Vienne.

Les Européens pieds et poings liés face à Donald Trump?

Pour Hervé Ghannad, directeur académique et auteur de la thèse «Identité et politique extérieure de l’Iran», cette prise de position européenne s’inscrit sur le long terme.

«Les Européens misent sur la chute de Donald Trump. Ils avancent doucement leurs pions, car ils veulent récupérer la main dans ces négociations. Ils envoient des signaux de bonne foi aux Iraniens en vue d’une future négociation.»

Selon lui, «il y aura un après-Trump. Donc, de toute façon, il faudra revenir à la table des négociations un jour ou l’autre.» Reste, tout de même, le fait que les Iraniens, dans leurs prises de position publiques, sont de plus en plus hostiles à l’égard des Européens, qu’ils considèrent comme étant à la solde aux États-Unis.

La réaction de Javad Zarif, chef de la diplomatie iranienne, au communiqué de la diplomatie européenne va exactement dans ce sens:

​«L’E3 doit cesser de sauver la face en public et avoir le courage de déclarer publiquement ce qu’il admet en privé: son incapacité à remplir ses propres devoirs envers le JCPoA en raison de son impuissance totale à résister à l’intimidation des États-Unis.

Derrière la façade, l’E3 est l’accessoire de Trump & Netanyahu, qui n’est pas en mesure de conseiller l’Iran.»

Surtout que, concrètement, à part des communiqués et des prises de parole, les Iraniens ne voient pas bien quels gages de bonne foi fournissent les Européens. Des projets bilatéraux comme le mécanisme Instex n’ont pas eu les résultats attendus. Ils subissent tout autant les décisions géostratégiques américaines, souvent dictées par la politique intérieure, précise Hervé Ghannad:

«Les Européens ne peuvent pas faire pression sur Washington, ils n’ont pas les armes. Tant que Trump sera là, les Américains ne relâcheront pas la pression sur l’Iran. La base électorale de Trump est trop hostile à l’Iran et il a trop besoin de cette base, surtout en ce moment, pour relâcher la pression.»

D’autant qu’en gage de bonne foi vis-à-vis des États-Unis, l’E3 a indiqué que la simple levée de l’embargo sur les armes conventionnelles, qui arrive à expiration en octobre, est inacceptable. En effet, cela «pourrait avoir des implications majeures pour la sécurité et la stabilité régionales», indique le communiqué. Un geste qui ne va certainement pas plaire aux dirigeants iraniens. Un de plus.

«Plus il y a de sanctions, plus le sentiment d’agression grandit» 

Pour la diplomatie européenne, l’heure tourne et tous les jours, l’Iran souffre un peu plus des sanctions. Le sentiment d’hostilité vis-à-vis des chancelleries occidentales augmente en proportion.

«Plus il y a de sanctions, plus le sentiment d’agression grandit. Cela pousse les dirigeants iraniens à sanctuariser le régime. Il y a une fuite en avant de ce régime sur la question du nucléaire, car l’Iran veut prouver qu’il peut être autonome», souligne Hervé Ghannad.  

Selon lui, le lancement du satellite militaire Nour et le dépassement du taux d’enrichissement de l’uranium de 3,67% permis par l’accord de Vienne s’inscrivent dans cette logique. Ces deux actes veulent dire au monde: «on peut survivre à la pression maximale américaine.»

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Tags:
Jean-Yves Le Drian, JCPOA, Iran
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