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Europol, la police européenne, a récemment publié son rapport annuel sur le terrorisme dans l’Union européenne. L’organisation s’inquiète notamment du terrorisme d’extrême droite. À celui-ci, se mêlerait une vision misogyne de la société qui représenterait également un danger.

Le terrorisme d’extrême droite est-il la prochaine sérieuse menace qui pèsera sur l’Union européenne? C’est ce qu’affirme le dernier rapport d’Europol, la police européenne. Ce dernier s’intéresse aux dangers terroristes qui planent sur l’UE. Comme le note la RTBF, la mouvance de la droite dure inquiète particulièrement Europol:

«Plusieurs pays membres, dont la Belgique, la France et la Slovénie ont rapporté l’émergence de groupes paramilitaires qui considèrent que les États sont impuissants à protéger la population contre ce qu’ils perçoivent comme étant une menace, à savoir l’immigration et l’islam.»

Le rapport note que les idéologies d’extrême droite font un lien avec les théories antiféministes et misogynes. «Plusieurs tentatives ou attaques violentes ont été perpétrées par des groupes ou des criminels d’extrême droite comme cela a été le cas lors de l’attaque raciste à Hanau en Allemagne. Neuf personnes y sont décédées. L’auteur, Tobias R. avait laissé un manifeste xénophobe et… antiféministe», rappelle la RTBF.

«La rébellion des Incels a déjà commencé»

Si les idéologies d’extrême droite diffèrent d’un pays à l’autre, certaines n’étant pas antiféministes, le rapport d’Europol souligne qu’elles «sont unies dans le rejet de la diversité et du droit des minorités.»

Michaël Dantinne, professeur de criminologie à l’Université de Liège et cité par la RTBF, explique que ce type d’idéologie s’oppose «au féminisme qui ferait la promotion d’une société mondialisée, multiculturelle et métissée dont la victime serait la race blanche en danger, “en péril grave et imminent”».

L’étude d’Europol note que cet antiféminisme a rapport avec les «théories du grand remplacement»:

«Le féminisme aurait été inventé pour distraire les femmes de leur rôle “naturel” de mère, et est par conséquent blâmé pour la chute des taux de natalité dans les pays de l’Europe occidentale, ce qui a finalement permis l’immigration.»

Plusieurs attentats visant des femmes ont eu lieu ces dernières années. Le 23 avril 2018, Alek Minassian menait une attaque à la voiture-bélier qui faisait dix morts, dont huit femmes, à Toronto, au Canada. Quelques heures avant de passer à l’acte, ce dernier postait la phrase suivante sur son compte Facebook:

«La rébellion des Incels a déjà commencé. On va renverser tous les “Chads” et “Stacys”.» 

«Le terme “incel” est en fait un mot-valise sur la base des termes anglais “involuntary” et “celibate”, entendez “célibataire involontaire”. Ce néologisme a fait son apparition sur le site Web communautaire Reddit, une plateforme permettant aux internautes de discuter, à la manière d’un forum, particulièrement utilisé par des initiés et des connaisseurs du Web», explique le quotidien belge La Libre Belgique.

Quant au terme «Chads», il définit les hommes censés correspondre aux critères des «Stacys» qui ne seraient attirées que par eux, au grand dam des incels, rejetés par la gent féminine.

Comme le note la RTBF, le célèbre terroriste norvégien Anders Breivik, auteur des tueries d’Oslo et d’Utøya en 2011, attentats responsables de 77 morts et 151 blessés, avait publié un manifeste. Dans ce dernier, il lançait:

«Il faut parfois tuer des femmes, même si elles peuvent être attirantes.»

Dans son rapport, Europol analyse que «la communauté misogyne, principalement composée de jeunes hommes, se rencontrent sur le Web, dans des espaces semblables à ceux fréquentés par les suprémacistes blancs et ils blâment les féministes, pour leur incapacité à trouver une partenaire sexuelle».

​«Le principal danger pour la démocratie»

Le jeudi 12 mars 2020, le patron du Renseignement intérieur allemand désignait le terrorisme d’extrême droite comme «le principal danger pour la démocratie». Thomas Haldenwang ajoutait ceci:

«Nous savons aujourd’hui que les démocraties peuvent échouer quand elles sont détruites par leurs ennemis de l’intérieur, c’est l’avertissement que nous lance notre histoire.»

Quelques semaines auparavant, le 19 février, un homme ouvrait le feu sur des bars à chicha de la ville d’Hanau près de Francfort. Un acte terroriste qui avait coûté la vie à neuf personnes.

Le patron du Renseignement, lors de sa conférence de presse du 12 mars 2020, déclarait que la mouvance de droite la plus radicale comptait environ 32.000 sympathisants en Allemagne, dont 13.000 étaient prêts à mener des actes violents. Les chiffres étaient en forte augmentation.

De nombreux Allemands se sont montrés très critiques envers la politique migratoire d’Angela Merkel, qui a ouvert les vannes de l’immigration le 31 août 2015. «Wir schaffen das!» («Nous allons y arriver!») lançait la chancelière alors que son pays s’apprêtait à accueillir des centaines de milliers de demandeurs d’asile. Force est de constater que tout ne s’est pas si bien déroulé.

De nombreux faits divers violents dont les auteurs étaient des demandeurs d’asile ont eu lieu en Allemagne ces dernières années. L’affaire du Nouvel An 2016 avait particulièrement choqué une partie de l’opinion publique. Dans la nuit de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2015, de très nombreuses agressions sexuelles ont eu lieu dans plusieurs villes allemandes. Une très grande partie des agresseurs étaient des migrants.

Ce contexte a permis au parti Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne) de remporter des victoires électorales d’importance. La formation politique classée à droite de la droite a notamment réalisé de bons scores lors des élections régionales du 1er septembre 2019 dans les länder de Brandebourg et de la Saxe. Ces terres sont situées dans l’ex-République communiste est-allemande.

La terre de Goethe ne serait pas la seule concernée par un danger venue de la droite de la droite, à en croire une note du Service central du renseignement territorial (SCRT), les ex Renseignements généraux. France Télévisions avait pu la consulter en mai dernier. Si la note pointait la colère des Gilets jaunes ainsi que des mouvances d’ultra gauche, elle notait également une activité des groupes d’extrême droite. Le SCRT parlait ainsi de «mouvements d’inspiration national-révolutionnaire» préparant «une action coordonnée pour pointer du doigt les carences supposées de l’État dans la gestion de la crise».

Une peur récurrente en France, puisqu’un rapport parlementaire la pointait déjà du doigt en 2019 et que le directeur de la DGSI en faisait de même dès 2016, sans que des vagues d’attentats d’extrême droite ne soient venues jusqu’à présent étayer ces craintes.

«Selon le Global Terrorism Index 2019 (GTI) de l’Institute for Economics and Peace, le nombre d’actions terroristes d’extrême droite perpétrées en Occident a triplé en l’espace de cinq ans», relate Slate.

Le même rapport montre cependant que le nombre des victimes du terrorisme d’extrême droite reste très inférieur à celui du terrorisme islamique. En 2018, les quatre groupes terroristes les plus meurtriers de la planète étaient l’État islamique d’Irak et de la province du Levant– Khorasan*, Boko Haram*, Le Groupe État islamique* et les talibans*.

*Organisation terroriste interdite en Russie.

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Tags:
islamistes, extrême-gauche, extrême-droite, attentat, terrorisme, Europe
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