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Secteur stratégique s’il en est, l’aéronautique reste un domaine majeur d’affrontement technologique entre l’Est et l’Ouest. Qui a l’avantage dans cette course à la domination du ciel? Jean-François Geneste, ancien vice-président et directeur scientifique d’Airbus S.A.S., décrypte les enjeux de cette rivalité pour le Désordre mondial.

Alors que le monde devient de plus en plus multipolaire, les pays sont en train de revoir leurs alliances traditionnelles et d’en forger de nouvelles. Ils diversifient leurs intérêts et leurs investissements en fonction de ce que les dirigeants jugent préférable pour leur économie nationale et, finalement, leur peuple.

Mais certains secteurs sont jugés si importants que toute dérogation au statu quo se heurte au veto de l’État, au nom de la sécurité nationale. Les industries de l’énergie et de la défense entrent dans cette catégorie. L’aéronautique également: missiles, avions, drones, mais aussi tous les écosystèmes qui se constituent autour d’eux, les partenariats de collecte de renseignements et la coopération militaire, par exemple. Dans ce secteur stratégique, comme dans d’autres, la rivalité Est-Ouest fait rage.

Qui domine le secteur aéronautique? Où la France et l’Europe se positionnent-elles dans cette compétition? Quel impact cette concurrence a-t-elle pour le monde? Jean-François Geneste, ancien vice-président et directeur scientifique d’Airbus S.A.S., souligne l’importance du sujet:

«C’est une rivalité pour l’hégémonie mondiale, ou au moins pour avoir sa place à table pour pouvoir discuter d’égal à égal avec les autres. Donc, aujourd’hui, c’est une guerre sans fin. S’il y avait une vraie rupture technologique qui rendait obsolète tout ce qui est engin qui vole, que ce soit spatial, missile, avion, à ce moment-là, on changerait de système et on verrait.
Mais pour l’instant, à vue d’homme, la compétition va être perpétuelle, à coups d’argent, de subventions, de budgets militaires. Et l’Europe est très, très mal placée. On est ridicules en termes de budgets militaires.»

La compétition est rude entre les deux sphères et tous les coups sont permis. Parrot, un fabricant français de drones sous contrat avec le Pentagone, a récemment demandé aux consommateurs de ne pas acheter de drones chinois de la marque DJI, qu’ils jugent exploitables par le pouvoir chinois. L’ancien vice-président d’Airbus réagit:

«Je n’y crois pas trop. Qu’il y ait un canal subliminal de transfert d’informations au gouvernement chinois, c’est la même paranoïa américaine sur la 5G chinoise, où il y aurait des logiciels et matériaux-espions. Je ne dis pas que ce n’est pas possible, mais seulement que ça fait partie du système. Quand la 4G était américaine, les Américains ne se sont pas plaints de pouvoir espionner le reste du monde. Maintenant qu’il va y avoir la 5G chinoise, ils perdent effectivement un peu la main.»

L’ancien directeur scientifique d’Airbus analyse l’état de cette rivalité dans les secteurs de l’aviation civile, de l’aérospatial et des missiles. Sur ce dernier secteur, il souligne une vraie rupture qui vient de l’Est:

«Les missiles hypersoniques russes, c’est important, parce qu’il n’y a aujourd’hui pas d’armes contre ces missiles. Ce sont des missiles qui vont traverser les défenses adverses sans être arrêtés et donc qui iront au but. Vladimir Poutine a déclaré assez récemment qu’ils étaient en train de concevoir une arme antimissile hypersonique. Il montre bien là potentiellement un réel ascendant stratégique, militaire et technologique sur l’Occident.»

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Tags:
aéronautique, Boeing, Airbus
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