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Une confrontation entre l’armée syrienne et Daech a fait plus de 50 morts ces 3 et 4 juillet. Alors que le groupe terroriste était donné comme «vaincu» en mars 2019, ce bilan particulièrement lourd interroge sur ses capacités militaires et financières encore à sa disposition. Analyse.

«Le contexte actuel de déliquescence des États en Syrie et en l’Irak, de crise du coronavirus, de retrait de forces étrangères, crée des failles qui sont stratégiquement exploitées par Daech*», expliquait au micro de Sputnik France Myriam Benraad, spécialiste du Moyen-Orient. Les troupes gouvernementales syriennes et irakiennes en savent quelque chose.

Drapeau de Daech*
© Sputnik . Andreï Stenine

Depuis la chute en mars 2019 de Baghouz, le dernier bastion territorial de Daech*, ces armées subissent un harcèlement constant de la part du groupe terroriste. Rien qu’en Syrie, selon le Washington Institute for Near East Policy, un think thank américain, l’État islamique* a mené 1.000 attaques depuis cette bataille. Et en Irak, le compteur s’élève à 566 coups de force pour les seuls trois premiers mois de l’année 2020.

Dernier accrochage en date: ces 3 et 4 juillet, au nord-est de Palmyre. Les combats, qui ont duré près de 48 h entre l’armée syrienne et Daech*, ont fait plus de 50 morts, indique l’AFP. Dans la province de Homs, au centre du pays, les combats ont fait 20 morts côté syrien, malgré l’appui de l’aviation russe, et 31 du côté des djihadistes. Au-delà du lourd bilan de cette attaque, c’est le caractère régulier de ces offensives du groupe terroriste qui inquiète au Levant, mais aussi au-delà.

​Et si Daech* peut se permettre une telle régularité dans son harcèlement, c’est parce que groupe a mis sur pied une infrastructure matérielle pour préparer son insurrection, explique Michael Knights, analyste au Washington Institute. Il utilise des grottes pour stocker des centaines –voire des milliers– d’armes, des munitions, des explosifs et d’autres équipements.

Des moyens financiers toujours très importants

Un constat partagé au micro de Sputnik par Kamal Redouani, journaliste, réalisateur, auteur de Inside Daech, dix ans d’enquête au cœur du djihad (Éd. Arthaud). Selon lui, l’EI* a toujours des capacités importantes et se porte même mieux dans la clandestinité:

«L’insurrection clandestine est largement plus facile pour eux. Leur capacité militaire ne leur permettait pas de tenir tête face à des armées régulières épaulées par les Occidentaux ou la Russie. De ce point de vue, ce n’est pas anodin que la clandestinité ait toujours été le choix d’Al-Qaïda*.»

En effet, les deux leaders mondiaux du djihadisme ont eu jusqu’en 2019 des stratégies insurrectionnelles diamétralement opposées. Al-Qaïda* a toujours eu une approche clandestine, qui consiste à multiplier les foyers d’insurrection pour lui permettre de faire face à un ennemi comme les États-Unis, dont les troupes sont dispersées à travers le monde. Un mode opératoire asymétrique, utilisé aussi bien en Tchétchénie qu’au Kosovo, mais aussi en Irak, en Arabie saoudite et au Maghreb.

Daech* a eu quant à lui, sous l’impulsion d’Abou Bakr al-Baghdadi, une doctrine consistant à tenir un territoire. Une option présentant un certain nombre d’avantages, leur permettant d’abord de faire venir un grand nombre d’hommes et de femmes souhaitant vivre un «vrai islam» dans leur califat. Cette stratégie leur a de surcroît donné la possibilité de contrôler des banques, de vendre du pétrole et du gaz, d’imposer des droits de douane, de prélever des impôts religieux et commerciaux, d’extorquer et de voler des actifs économiques… Ainsi ont-ils pu récolter des sommes faramineuses. En 2015, le proto-État déclarait un budget de deux milliards de dollars, avec un excédent de 250 millions, géré par leur ministère des Finances.

Mais cinq ans plus tard, le rêve du califat a disparu dans les sables. Daech* en est réduit à suivre la voie de la clandestinité, comme Al-Qaïda*. Pourtant, l’État islamique* conserve des moyens de financement. En atteste la saisie record de 14 tonnes d’amphétamines, effectuée au sud de Naples, en Italie, le 1er juillet. Sous forme de comprimés, la prise a une valeur marchande d’un milliard de dollars.

Capacité de projection au-delà du Levant?

Mais l’économie souterraine n’est pas la seule source de revenus des djihadistes de Daech*. Ils bénéficient encore des rentes du califat territorial, dont les revenus étaient diversifiés et nombreux dans l’économie dite «réelle». Ainsi, parviennent-ils encore à blanchir de l’argent via des fermes piscicoles, des compagnies de taxis, des sociétés d’import-export ou encore des bureaux de change.

«Financièrement, ils ont encore les moyens de financer des combattants, des armes, des déplacements… De plus, la clandestinité, ça coûte cher! Il faut par exemple payer les villageois et de nombreux autres frais liés à cette clandestinité. Ça veut dire qu’ils ont de l’argent», indique Kamal Redouani.

Une manne financière qui peut leur permettre de frapper au-delà du Levant? pas si sûr indique Kamal Redouani:

«Je ne crois pas que Daech* est encore capable de frapper loin de ses bases, comme ça a été le cas en 2015 en France. Il se peut qu’il ait des relais fanatisés sur place, mais pas d’attentats organisés depuis la Syrie ou l’Irak.»

Une prédiction à prendre avec précaution tout de même, car l’EI* n’a pas renoncé à cet effort. En atteste le démantèlement d’une cellule pro-Daech* au Maroc ce 7 juillet, alors que ceux-ci prévoyaient de frapper plusieurs sites sensibles.

De plus, l’EI* dispose toujours de bombes à retardement dans de nombreux pays occidentaux, à savoir des «loups solitaires» fanatisés, qui agissent sans prendre d’ordres du commandement djihadiste, comme l’auteur de l’attentat de Romans-sur-Isère, qui a fait deux morts. S’ajoute à ces terroristes «low cost» le danger des djihadistes français qui ont bientôt fini de purger leurs peines. «Chez eux, il y en a peut-être qui ont gardé leur âme de djihadiste», avertit Kamal Redouani.

*Organisations terroristes interdites en Russie

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Tags:
Irak, Syrie, Daech
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